Septembre, côté cour... de récréation

Septembre scrute la cour de récré, «ce lieu dédié... (Courtoisie, Marlène Gélineau-Payette)

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Septembre scrute la cour de récré, «ce lieu dédié au jeu et à la détente mais régi par des forces archaïques de pouvoirs et d'alliances», note Evelyne de la Chenelière, auteure et interprète de la pièce.

Courtoisie, Marlène Gélineau-Payette

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Qui ne connaît la cour de récréation pour l'avoir fréquentée étant petit? Ses jeux d'enfants, son brouhaha, mais aussi son fonctionnement de microsociété où les élèves mettent en place des règles de vie qui dépassent largement celles qu'impose le jeu commun. C'est même, pour certains, un lieu qui favorise l'exclusion, qui génère de la violence et peut devenir un cauchemar pour les plus faibles.

Dans la pièce Septembre, au Studio du CNA du 14 au 17 octobre, le tandem (à la vie comme à la scène) Evelyne de la Chenelière/Daniel Brière scrute théâtralement la cour de récré, «ce lieu dédié au jeu et à la détente mais régi par des forces archaïques de pouvoirs et d'alliances», note Evelyne de la Chenelière, auteure et interprète de la pièce. Son compagnon Daniel Brière en signe la mise en scène et la scénographie.

L'histoire de ce solo déjà présenté à Montréal prend appui sur une scène de la vie quotidienne: une mère de famille a été appelée en urgence pour venir chercher sa fille qui a mal au ventre. La cloche a sonné. De l'autre côté de la clôture, elle observe les histoires qui se jouent entre les élèves. Et commence à décortiquer les formes de sociabilité enfantine, émet des suppositions sur les tensions qui les animent, superpose les scénarios, imagine le pire... et si un tueur faisait irruption dans l'arène, transformant cette journée paisible d'été indien en un terrible carnage?

La pièce se déroule un 12 septembre, à un jour près d'une autre date fatidique, «cette date qui va aliéner l'imaginaire de la mère tout comme elle transformera l'imaginaire collectif», explique Evelyne de la Chenelière.

Ce n'est pas la première fois que l'auteure et comédienne se penche sur l'irruption de la mort dans un univers familier. Dans Bashir Lazhar (dont est tiré le film Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau), une institutrice se suicidait dans sa salle de classe. Dans l'adaptation théâtrale du roman Une vie pour deux de Marie Cardinal (présentée au CNA l'an dernier), un couple trouvait le cadavre d'une femme sur une plage, macabre découverte qui bouleversera leurs relations amoureuses. «Evelyne a une pensée encline au tragique», reconnaît son partenaire.

La mort, ce champ de tous les possibles

L'horizon tragique qu'elle met en scène dans ses écrits se pose souvent en élément déclencheur de l'histoire, s'inscrivant dans le champ de la déraison et de tous les possibles. Dans Septembre, il est porté par l'imaginaire débridé de cette mère de famille appelée en urgence à l'école.

«On observe, sur scène, une femme en plein exercice d'invention, de création et on découvre le regard qu'elle pose sur ce qu'elle voit», extrapole l'auteure et comédienne, inspirée par sa propre expérience de «femme qui crée» et qui a observé ses propres enfants jouer dans leur cour d'école.

Au fil du récit, la ligne s'amenuise entre fantasmagorie et réalité. «Un glissement s'opère entre le moment où l'imaginaire est contrôlé et celui où il est subi, remarque Evelyne de la Chenelière. Le discours finit par entraîner la pensée».

Alors que le temps de la récréation révèle l'établissement par les enfants de règles et valeurs qu'ils reprennent inconsciemment des adultes et s'approprient pour structurer leurs relations, ce temps-là, dans Septembre, est aussi celui de la re-création pour cette observatrice appelée à la rescousse, et qui finira par projeter ses propres peurs et fantasmes sur ce qu'elle voit.

Comme pour mieux brouiller les pistes, l'auteure du texte incarne elle-même la mère de famille qu'elle a conçue. «Ce n'était pas prévu au départ, raconte Daniel Brière. J'ai insisté pour qu'Evelyne interprète elle-même ce rôle, ça le magnifiait en ajoutant du sens.»

Septembre ausculte de loin ce soi-disant «âge de l'innocence». Et nous proposera peut-être de transcender cette violence - dureté et cruauté - des mots et des images dont notre monde est fait, en passant par le plateau de théâtre.

Pour y aller

Où? Studio du Centre national des arts

Quand? Du 14 au 17 octobre, 20 h

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

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