Pas sage vers l'âge adulte

Derrière le personnage d'Aïcha se cache une adolescente furax contre... (Courtoisie, Joé Pelletier)

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Derrière le personnage d'Aïcha se cache une adolescente furax contre tout. Une tornade, un bélier, une nature révoltée.

Courtoisie, Joé Pelletier

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Hasard du calendrier culturel. Quelques jours après le retrait dans une exposition de photojournalisme, à Gatineau, du portrait d'une militante Femen manifestant seins nus sous prétexte de ne pas choquer le jeune public, une pièce autrement plus hardie prend l'affiche à l'Université d'Ottawa: Et au pire on se mariera.

Dans une langue directe et crue, pour un contenu sexuel explicite, ce solo présenté par la Catapulte s'adresse pourtant aux mineurs.

La belle maturité du théâtre pour adolescents qui ose leur faire éprouver par eux-mêmes les résistances, les forces d'inertie ou d'énergie, les facultés de cet outil scénique qui peut tout exprimer! Même le pire: les abus sexuels.

Derrière le personnage d'Aïcha se cache une adolescente furax contre tout. Une tornade, un bélier, une nature révoltée. La jeune fille au préfixe évocateur ne supporte plus sa mère, déteste le jus d'orange avec pulpe, pique des crises de nerfs et nous raconte sa vie d'ado issue d'un milieu défavorisé.

Elle s'adresse directement au public dans un monologue oscillant entre réquisitoire et déposition. Que s'est-il passé pour qu'elle se retrouve enfermée dans une salle austère, poussée à la confession?

On apprend qu'elle a été victime d'attouchements sexuels de la part de son beau-père, qu'elle aime désormais un certain «Baz», au moins deux fois plus âgé qu'elle, mais que la raison de cet interrogatoire se trouve ailleurs...

Inspirée d'un roman de Sophie Bienvenu, cette première pièce de la compagnie ExLibris est d'autant plus forte qu'elle s'adresse sans tabou et sans pincettes à l'adolescent tel qu'il est, non à un adolescent fictif stéréotypé. La pièce tente de saisir cela, ce débordement sonore, cette frénésie de vocabulaire et d'émotions qui font l'ordinaire de certaines conversations adolescentes. Il y a quelque chose de sportif dans cette façon de s'exprimer où insultes, apostrophes et sacres fusent comme des balles. Le monologue permet de restituer la dimension ordinaire et quotidienne d'une certaine oralité sans pour autant tomber dans le one-woman-show.

C'est la limite où la mise en scène de Nicolas Gendron pourrait virer de bord, transformant chaque réplique interprétée par l'actrice Kim Despatis en performance langagière. Mais non. Celle-ci est plutôt reléguée en second plan par les sentiments inscrits sur le visage de la comédienne: défi, peur, colère, inquiétude. Car c'est d'une autre parole qu'il est question ici, et qui affleure miraculeusement entre les répliques alors qu'Aïcha témoigne de son mal-être: un discours amoureux ou d'amitié tapi sous un déluge de vocables trashs et blessants. Était-il vraiment nécessaire, toutefois, de surligner chaque emportement romantique par une musique de circonstance?

Émancipation, mais aussi découverte de l'amour, jalousie, solitude amoureuse, sexualité, troubles du comportement, recherche d'absolu, révolte...

Kim Despatis parvient à inscrire tout un spectre d'émotions dans les vibrations d'un seul corps: son personnage a expérimenté précocement le passage à l'âge adulte et apprend à apprivoiser ses émotions...ou pas.

À découvrir jusqu'à ce soir au studio Léonard-Beaune de l'Université d'Ottawa. Conseillé par la production aux 16 ans et plus.

Pour y aller

Quand? Samedi 3 octobre, 19h30

Où? Studio Léonard-Beaune de l'Université d'Ottawa

Renseignements: 613-241-2727 ou www.nouvellescene.com

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