Alain Doom: solo d'un survivant

Alain Doom décroche sans conteste la palme de... (Courtoisie)

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Alain Doom décroche sans conteste la palme de l'inventivité résiliente.

Courtoisie

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Il entre sur scène comme si de rien n'était, se frotte le nez, regarde ses pieds, fait mine d'avoir oublié d'enlever ses chaussettes (bariolées), se gratte le cou et fait coucou. Alain Doom - prononcez «dôme» - débute son solo par trois minutes de silence plombées de gestes ordinaires qui, sans en avoir l'air, adoptent d'emblée le ton de la plaisanterie.

Trois minutes de silence qui finiront par en dire long - le personnage (et peut-être le comédien, également auteur de la pièce) étant devenu sourd d'une oreille, apprendra-t-on à la fin. Un neurinome sur une balançoire, présenté aux Zones Théâtrales jusqu'à mercredi soir, fait le récit d'une existence qui bascule le jour où les médecins lui diagnostiquent une tumeur au cerveau.

Pudique, à l'image de l'acteur, ce solo mis en scène par Joël Beddows révèle une intimité sans jamais être voyeur. Sans doute parce que la voix intérieure, séduisante à force d'autodérision et de fausse naïveté, nous laisse naviguer là où notre sensibilité nous mène. Du côté de la maladie qui ­vulnérabilise et isole, des frontières floues entre onirisme et réalité médicale, dérision et désespérance...

Le condamné se réfugie dans un jardin imaginaire, assume certaines envolées fantasmagoriques qui lui font prendre de la distance avec la maladie. Boris Vian écumait bien les jours en compagnie d'un étrange nénuphar, pour Alain Doom, ce sera dialogue avec un coquelicot.

Dans l'urgence de vivre et de se sentir vivant, le personnage voit défiler sa vie, son enfance, ses relations avec ses proches. Le mélange des voix appelle le mélange des registres, comme un pied de nez à ce cancer qui le condamne, qu'il repoussera d'une première opération, puis d'une seconde sur l'île de Rhodes.

Dans un décor (signé Jean Bard) jouant habilement des vides et des pleins, du yin et du yang, le combat médical se double d'un besoin de s'évader par la poésie et les sens; une introspection qui le conduira à ne plus distinguer le «vrai» du «mensonge», au risque de s'y abandonner - et de nous perdre un peu par la même occasion. La première partie fait parfois du surplace, tandis que certaines considérations existentielles nous font carrément tomber de la balançoire («à quoi ça sert de se taire si on crie à l'intérieur», par exemple).

Le monologue trouve un second souffle au moment où il se transforme en éloge du théâtre. Alain Doom décroche sans conteste la palme de l'inventivité résiliente.

Pour y aller

Quand? 16 septembre, 19h

Où? Salle académique de l'Université d'Ottawa

Renseignements: 613-947-7000 ou zonestheatrales.ca

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