Memet Bilgin, en équilibre au bout de son souffle

Memet Bilgin... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve)

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Memet Bilgin

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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Empire de Spiegelworld mélange les genres, du burlesque à l'acrobatie aérienne, de l'esprit cabaret aux prouesses physiques, de l'excentricité à l'audace un brin sulfureuse. Le spectacle circassien, recommandé aux 16 ans et plus, sera présenté sous tente pour les quatre prochaines semaines à Ottawa. Au sein de la troupe, le Québécois Memet Bilgin s'est taillé une place de choix, grâce à des numéros atypiques qui font forte impression.

Sur la scène, 13 branches, des plus longues aux plus petites, sont une à une déposées par les membres de la troupe d'Empire. Sans oublier la plume, que Memet Bilgin reçoit de la chanteuse Tessa Alves, avant d'entreprendre son délicat ballet visant à faire tenir dans les airs ladite plume, en équilibre au bout des branches d'argousier soigneusement agencées en un éventail d'une vingtaine de kilos au final. Éventail (é)mouvant qu'il tient d'une seule main, ou sur sa tête.

Sous la tente, le public (dont certains auront peut-être déjà vu une prestation similaire dans Amaluna du Cirque du Soleil) retient son souffle, au point où il est possible d'entendre les lentes inspirations et expirations de Memet Bilgin, dont la concentration se lit tant sur son visage que ses abdominaux à la fois tendus et souples dans l'effort, et qui fait rapidement perler la sueur sur tous les fronts... ou presque.

«C'est une quête à chaque fois que je monte sur scène pour exécuter ce numéro», explique le principal intéressé.

Le sourire éclatant qui détend ses traits à la fin est révélateur. «Je souris bien sûr de soulagement d'avoir réussi, confie le Montréalais de 36 ans, mais peut-être encore plus du fait que, collectivement, le public et moi, nous avons accompli quelque chose, partagé une histoire, un moment d'une réelle intensité.»

Il apprécie d'ailleurs l'aspect résolument intimiste des prestations d'Empire, où les gens sont assis très près de la petite scène ronde installée au centre de la tente.

«On n'a pas le choix d'être soi-même, car c'est impossible de se mettre sur le pilote automatique quand on est aussi proche du monde. Même maquillé et dans la peau d'un personnage, je ne peux cacher mon vrai visage. Au début, ça me rendait très nerveux, alors que je 'performais' pourtant depuis plus de 10 ans déjà dans le milieu du cirque. Mais travailler aussi près des spectateurs m'a assurément fait évoluer en tant qu'artiste.»

Un autre rapport à l'espace

Turc d'origine et Québécois d'adoption, Memet Bilgin baigne dans le milieu du cirque depuis une quinzaine d'années. Il a fait partie de spectacles corporatifs du Cirque du Soleil et du Cirque Éloize, et a commencé dans le métier par des numéros aériens de tissus en duo.

C'est en Suisse, où il oeuvrait au sein du cirque Rigolo, qu'il a été recruté il y a trois ans pour prendre la relève de celui qui présentait les numéros de toupie sur bois flottant et d'équilibre des branches dans le spectacle de Spiegelworld.

Pour y parvenir, il a dû revoir son rapport à l'espace, histoire de bien s'enraciner sur la scène d'Empire. Il reconnaît que ses études en mime et en danse l'ont aidé à développer sa présence scénique. Tout comme ses nombreuses années de yoga et d'apnée sportive ont grandement contribué à lui permettre de contrôler le sens de l'équilibre et le rythme de respiration nécessaires pour maîtriser ces numéros.

«Tout ça remonte à la surface, car je suis la somme de toutes mes expériences, fait-il valoir. J'ai dû pratiquer souvent pour réussir le numéro des branches et ça fait seulement un an, je dirais, que je suis satisfait de ma performance. Le plus beau, dans tout ça, c'est que je sens qu'il me reste encore beaucoup de place pour grandir en tant qu'artiste, dans un tel numéro !»

Or, les plus légères variations dans l'air (une brise inopportune, par exemple) peuvent avoir une influence sur le succès de l'entreprise.

«Le rituel du début du numéro est essentiel: je note l'endroit où chaque branche est déposée, afin de graver leur disposition dans ma mémoire. Ensuite, je monte sur scène en posant toujours le pied gauche en premier et en faisant exactement six pas pour prendre position.»

Il n'est pas rare de le voir par la suite «ressentir» qu'il n'a pas la bonne branche au bout des doigts et, du coup, «chercher» celle dont il a besoin avec une lente détermination mâtinée d'une indéniable fluidité dans chacun de ses gestes.

«C'est quand je fixe la plume que je suis le plus conscient de tout ce qui bouge autour de moi.»

Memet Bilgin demeure aussi à l'écoute du mobile en construction. «J'entends les branches se déplacer dans l'espace, se cogner les unes les autres. Ça me permet non pas de corriger une erreur que j'aurais faite au début, ce qui est impossible, mais de compenser, au besoin. C'est un numéro qui exige une concentration aiguisée de tous les instants, c'est certain.»

Pour y aller

QUAND? Du 28 juillet au 23 août

OÙ? Cour sud du parc Lansdowne

RENSEIGNEMENTS: evenko.ca

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