L'humour fonceur de Philippe Laprise

L'humoriste Philippe Laprise s'installe tout l'été au Cégep... (Catherine Trudeau, Archives La Voix de l'Est)

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L'humoriste Philippe Laprise s'installe tout l'été au Cégep de l'Outaouais.

Catherine Trudeau, Archives La Voix de l'Est

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Sa jambe. Gauche. Sans arrêt, elle tapera du pied pendant 75 minutes, le temps de l'entrevue. Elle martèle le sol, frénétiquement, branchée sur du 220 watts - son TDAH. Branchée aussi sur son courage, sa persévérance et son humilité. Et son talent. Entretien avec le «sexy» Philippe Laprise qui s'installe tout l'été au Cégep de l'Outaouais.

Sa jambe s'active aussi sur le vélo, deux à quatre heures par jour. «Lors de ma dernière tournée, je pesais 320 livres, explique l'humoriste, rencontré dans un restaurant le 2 juin. J'étais constamment épuisé. J'avais peur de mourir à 50 ans, donc j'ai décidé de me mettre en forme. Mon taux de sucre était alarmant, j'ai dû changer mon alimentation, moi qui mangeais constamment du fast-food. Pour la première fois en 12 ans, je suis sous les 270 livres.»

Le colosse de «6 pieds 2 pouces et demi» soupçonnait aussi que les prochaines années seraient fort bien remplies, tournée oblige. Impossible, donc, de donner 150 spectacles par an dans l'état où il se trouvait. Ses espoirs se sont concrétisés: il a vendu 25000 billets en un mois et obtenu un billet d'or (50000 entrées) en mai dernier, des spectacles étant inscrits au calendrier jusqu'en 2016.

Pas en rodage

«C'est la première fois que je connais un tel succès. Ça démontre que j'ai fait les bons choix. Le bouche-à-oreille fonctionne beaucoup. Quand on annonce une représentation supplémentaire, elle affiche complet aussitôt. On arrive ici avec un spectacle fin prêt, et non en rodage, comme le veut la tradition au Cégep», précise-t-il.

Miser sur son talent de conteur et d'improvisateur fait partie de ces choix judicieux. L'animateur qui a fait pendant six ans les beaux jours de la série culte VRAK la vie utilise d'ailleurs une méthode de travail bien spéciale. «Avant la première de Plus sexy que jamais, j'ai donné 22 spectacles où j'improvisais. J'enregistre mes prestations et, ensuite, je transcris le matériel sur papier. Tout part de l'impro, je suis une copie conforme de Jean-Marc Parent. Puis, je fais appel à des auteurs qui viennent peaufiner les phrases pour les rendre plus punchées

Et que raconte-t-il? Des anecdotes, sa vie. McDonald's, le camping, sa vasectomie, son TDAH (trouble de l'attention avec hyperactivité), et une chute quelconque, cinq sujets qui sont liés par le thème de l'acceptation de soi. Et ça, il en parle en connaissance de cause.

Le «cabochon» persévère

À 33 ans, le diagnostic tombe: Philippe Laprise découvre qu'il souffre d'un TDAH. Après avoir appris que l'un de ses trois enfants était atteint, lui et sa conjointe ont dû passer des tests, le trouble étant héréditaire. «Ça été difficile de l'accepter, je suis tombé dans le déni total. Mais ça expliquait tout. J'ai compris pourquoi mes profs ne m'aimaient pas. J'étais un vrai cabochon, j'ai doublé trois fois.»

Son passage à l'école primaire et secondaire ne fut donc pas de tout repos. À l'époque, il s'est retrouvé dans des groupes de jeunes considérés comme «délinquants» ou atteints d'un trouble grave de comportement.

«Quand on fait partie d'une classe comme celle-là, on est tout de suite étiqueté et ostracisé. Cela dit, on n'était que douze élèves pour un professeur régulier et un autre en adaptation scolaire. Cet encadrement étroit a sauvé ma vie. Tu comprends pourquoi je suis scandalisé quand je vois les coupes en éducation?»

À force de persévérer, il a obtenu son diplôme d'études secondaires, un «exploit» qu'il doit à sa mère. «Elle lisait mes livres et me faisait des résumés à haute voix que j'apprenais par coeur. J'étais incapable de rester assis et de lire. Même aujourd'hui, c'est encore très difficile pour moi d'apprendre mes textes», souligne celui qui n'est toujours pas médicamenté, un arrêt de travail de trois à quatre mois étant nécessaire pour trouver la bonne molécule.

Fraîchement sorti de l'École nationale de l'humour en 2002, il tentera sa chance dans les bars en campant des personnages. «Je me suis planté royalement, j'étais pitoyable ; personne n'aurait pu se douter que j'allais un jour réussir.» De 2003 à 2006, il gagnera donc sa vie comme éducateur spécialisé jusqu'à ce qu'il ait une révélation.

«Le 12 mai 2006, je venais d'avoir 30 ans. Je n'arrêtais pas de m'apitoyer sur mon sort. Je me suis rendu à l'hôpital Sainte-Justine voir un jeune garçon très malade qui refusait ses traitements, il n'en pouvait plus. Il est mort le 16 au matin. Ça m'a détruit. J'ai compris que je me plaignais le ventre plein. Ça été fini, drette-là, je suis retourné à l'humour, j'ai foncé et je n'ai plus jamais regardé en arrière.»

L'année suivante, Philippe Laprise était couronné révélation de l'année au Festival Juste pour rire. On connaît la suite: une enfilade de succès. «J'ai essuyé tellement de refus, de rejet et de moquerie durant ma jeunesse, se souvient-il, un brin de tristesse dans la voix. Aujourd'hui, j'ai une carapace à toute épreuve. L'avenir ne me fait plus peur.»

Pour y aller

OÙ? Cégep de l'Outaouais

QUAND? 9 juillet au 29 août

RENSEIGNEMENTS: www.ticketmaster.ca ; 1-855-222-4855

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