L'histoire d'une disparition

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«Mais Hand. Cannot. Erase. traite de pleins d'autres choses: de la nostalgie de l'enfance, du deuil et des regrets. Et aussi de technologie, de peurs, de confusion, et de terrorisme», précise Steven Wilson.

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Figure incontournable du rock progressif, le Britannique Steven Wilson s'arrête pour la toute première fois à Gatineau, dans le cadre de sa tournée Hand. Cannot. Erase., présentée ce soir au Théâtre du Casino du Lac-Leamy.

L'ex-leader de Porcupine Tree, formation rock psychédélique avec laquelle il a sorti une dizaine d'albums, n'a jamais renié ses influences Floydiennes. Hand. Cannot. Erase., son quatrième album solo, est, comme ses précédents, un album-concept dont les chansons se prêtent mal au mode aléatoire, car elles développent une histoire.

Le disque raconte la lente déchéance d'une femme qui va lentement couper ses liens sociaux et perdre tout ancrage «au point de disparaître sous nos yeux».

Ce protagoniste a d'ailleurs été inspiré par un fait-divers qui a marqué l'Angleterre, quand le corps d'une jeune femme fut retrouvée à son domicile, en pleine ville, plus de trois ans après sa mort. Comme elle s'était progressivement isolée de ses amis, collègues et famille, personne ne s'était alarmé de sa disparition.

«Je voulais aborder l'aliénation et l'isolement, plus spécifiquement à l'époque d'Internet. L'album explore le fait qu'il soit possible de devenir complètement invisible, à l'ère des réseaux sociaux, lorsque l'on vit dans une grande ville, entouré de millions de personnes. Bien qu'elle ait été entourée d'une famille aimante et d'amis, Joyce Vincent [la véritable victime] avait entrepris un processus graduel pour s'effacer complètement de la conscience global des autres êtres humains. Ce phénomène est tout à fait fascinant - et, je crois, propre au xxiesiècle», explique le musicien et réalisateur, lauréat de quatre prix Grammy.

«Théâtre musical»

«Mais Hand. Cannot. Erase. traite de plein d'autres choses: de la nostalgie de l'enfance, du deuil et des regrets. Et aussi de technologie, de peurs, de confusion, et de terrorisme», précise-t-il.

Pour transposer sur scène cette histoire, Steven Wilson n'a pas lésiné sur les moyens techniques. Afin d'assurer une assise visuelle au récit, «on a plusieurs grands écrans, beaucoup de projections de films vidéos, un quadriphonique, et on se sert du multimédia. C'est vraiment conçu comme du 'théâtre musical'».

Trois cinéastes différents, dont un animateur qui a travaillé en stop-motion, à l'ancienne, ont soigné cette trame visuelle aux atmosphères multiples, qui permet par exemple de plonger dans l'enfance du personnage. «Ce sont en soi des petits mondes à explorer, qui reflètent ou complètent les chansons.»

Quelques morceaux extirpés de son «vieux catalogue» complèteront ce spectacle servi par cinq musiciens.

L'aspect mortifère de l'album nous renvoie à son précédent disque - le tout aussi sombre The Raven That Refused To Sing, collage de chansons fantomatiques trempées dans l'univers d'Edgar Allan Poe. On ose donc demander à Steven Wilson s'il est de nature dépressive.

«C'est difficile de ne pas observer le monde moderne sans être passablement déprimé.» Puis il se ressaisit. «Je suis une personne plutôt enjouée; j'aime mon existence. Mais je crois que c'est justement parce que je mets toutes les facettes négatives de ma psyché dans ma musique. Écrire sur les choses qui me désespèrent, m'angoissent, me mettent hors de moi, ou me rendent mélancolique, c'est pour moi un genre d'exorcisme, une expérience cathartique.»

C'est aussi une expérience artistique plus intéressante «du point de vue des fans», poursuit-il. «Quand on parle de choses moins agréables, les gens qui écoutent réalisent qu'ils ne sont pas seuls à ressentir ces choses.» Le rockeur apprécie particulièrement cette «expérience humaine partagée» de façon universelle. «J'ai toujours trouvé que la musique qui semble en apparence triste ou sombre est souvent la plus magnifique et la plus réconfortante [uplifiting].»

Exterminateur d'iPods

À l'heure des mp3 vendus à l'unité, Steven Wilson refuse de se plier aux nouvelles habitudes des consommateurs, et continue de percevoir ses disques comme des oeuvres globales. À l'époque de son premier album solo (Insurgente, paru en 2008), il s'amusait même à poster des vidéos explorant divers moyens efficaces - et radicaux - pour exploser un iPod, symbole de cette écoute fragmentée.

«Demande-t-on à un cinéaste pourquoi il continue de faire des longs-métrages au lieu de faire des vidéoclips? Personne ne songe à questionner un romancier sur le fait qu'il publie des romans plutôt que des nouvelles. J'ai le sentiment de vouloir faire très naturellement la même chose qu'eux: raconter de longues histoires. [...] C'est sans doute parce que, jeune, j'ai grandi en étant aussi intéressé par les livres et les films que je l'étais par la musique. Les trois étaient pour moi inséparables. C'est même presque un hasard que j'ai choisi la musique, parce que j'aurais tout aussi bien pu me lancer dans l'écriture ou la réalisation.»

POUR Y ALLER :

Quand : ce soir, 20 h

Où : Théâtre du Casino du Lac-Leamy

Informations : 1- 877-977-7970 ; www.ticketmaster.ca

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