Raconter la violence en trois temps

Les personnages de Bernard, Valérie et Arthur se... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Les personnages de Bernard, Valérie et Arthur se partagent la scène dans la pièce Pour l'hiver.

Etienne Ranger, LeDroit

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Trois personnages en trois temps. En filigrane, Rimbaud, sa poésie et sa vie, aussi. À l'avant-plan, la violence, celle qui se transmet de génération en génération. Au-dessus de la mêlée, l'auteure et metteure en scène Lisa L'Heureux qui présente jusqu'à samedi sa toute nouvelle pièce, Pour l'hiver, une production du Théâtre Rouge Écarlate avec l'appui du Théâtre du Trillium.

L'idée de ce texte germait en elle depuis quelques années déjà. Durant ses études de maîtrise en théâtre à l'Université de la Colombie-Britannique, elle a fait la lecture d'Une saison dans la vie d'Emmanuel, un roman Marie-Claire Blais qui fait notamment écho à Arthur Rimbaud et François Rabelais.

« Ce livre m'a profondément marquée et j'ai eu comme premier réflexe de vouloir l'adapter, se souvient-elle. Puis, j'ai pensé prendre les mêmes sources et créer une nouvelle matière. En cours de route, j'ai laissé tomber Rabelais et je me suis plongée dans l'univers de Rimbaud. Ce qui est fascinant, c'est que l'on associe uniquement son nom à la poésie. Après qu'il ait abandonné l'écriture, il a voyagé le monde, il a été trafiqueur d'armes, géologue et explorateur. »

C'est ainsi qu'est née l'idée de fouiller plusieurs personnages à divers moments de leur existence, l'idée se précisant en 2011 alors qu'elle revenait de Montréal après avoir assisté au Festival TransAmériques, un événement annuel de théâtre et de danse qui accueille des artistes de partout dans le monde.

« Il a été question là-bas, entre autres, des tabous d'hier et d'aujourd'hui, la violence faisant partie de ces interdits qu'on cherche encore à taire, explique-t-elle. Selon les statistiques, 25 % des femmes seront victimes d'abus sexuels ou physiques au cours d'une vie et on continue de stigmatiser ces agressions. J'ai voulu creuser à ma manière ce sujet. »

Les trois protagonistes sont donc nés sur la route, entre Montréal et Gatineau, leur tracé se dessinant au fil des ans, des rencontres et de nombreuses ratures. Une trentaine de versions sont passées sous l'oeil - et par le coeur - de Lisa L'Heureux qui se dit choyée d'avoir pu compter sur la participation du metteur en scène Pierre Antoine Lafon Simard et les précieux conseils dramaturgiques de l'écrivain Michel Ouellette. En 2013, une première mouture a été présentée au Festival du Jamais lu et, en 2014, le texte a fait partie des Feuilles vives : paysages de la dramaturgie franco-ontarienne où il a été sélectionné comme coup de coeur du jury.

Sur scène, le public découvrira Bernard, âgé de 15 ans, écorché, qui fait la retenue dans une bibliothèque en 1955. Il y a aussi Valérie, 16 ans, révoltée, dans une salle d'interrogatoire au poste de police en 1982. Et puis, Arthur, 30 ans, désespéré, dans une chambre d'hôpital, au pied du lit de mort de sa mère. Une écriture polyphonique qui appelle une mise en scène éclairante et très certainement une collaboration étroite avec des comédiens de confiance.

« En 2013, John Doucet et Anie Richer ont participé à mon premier laboratoire, renchérit-elle. J'ai fait plusieurs auditions mais quand je les ai revus, j'ai su rapidement qu'il était mon Bertrand et qu'elle était ma Valérie. Tous les deux ont le texte dans le sang et connaissent ma démarche. Et puis s'est ajouté le talentueux Guillaume Saindon qu'on voit beaucoup à la télé (Motel Monstre, Toi et moi).

Celle qui vit ses personnages de l'intérieur lorsqu'elle écrit, lisant toujours à haute voix les dialogues pour mieux vivre leurs émotions et entendre la musicalité des mots, n'hésite pas à se mettre dans la peau du spectateur.

« Lorsque je vois une pièce, j'aime être touchée et, surtout, je ne veux pas avoir toutes les réponses. J'espère que chaque spectateur repartira avec sa propre version, les zones grises laissant place à une interprétation personnelle du récit, conclue-t-elle, le sourire dans la voix.

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