Plongée dans le gouffre

Marc Labrèche...

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Marc Labrèche

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« Je viens du théâtre, c'est là où j'ai commencé ma carrière, rappelle Marc Labrèche au bout du fil, dans un hôtel de Toronto, là où il présente dans la langue de Shakespeare Les aiguilles et l'opium. Ce que je fais à la télé est beaucoup plus loin de moi, de ma vraie nature. »

« J'ai un plaisir fou à m'éclater dans des émissions comme Les Bobos, mais ce n'est pas mon état naturel, quand même ! J'ai une énergie davantage romantique que fantaisiste et je l'assume totalement, ajoute-t-il sur un ton semi-sérieux-sirupeux. Ça vous faire rire, n'est-ce pas ? Finalement, je suis un monstre à deux têtes ! »

Le démon blond du petit écran à qui tous les projets sourient n'a pas hésité trop longtemps avant d'accepter de se frotter de nouveau à une pièce qu'il a jouée près de deux cents fois durant les années 1990.

Tout est parti d'une simple conversation avec la soeur de Robert Lepage, le créateur de la pièce, explique Marc Labrèche.

« Le coeur s'ouvrait, j'évoquais le souvenir merveilleux de l'aventure. Je sentais que je n'étais pas allé au bout de l'expérience. J'avais l'intuition très forte de devoir reprendre le spectacle, maintenant que j'étais davantage chargé de mes histoires personnelles. Et bien sûr, l'envie de recollaborer avec Robert me chatouillait. »

Jonglant avec des horaires ô combien chargés, les deux artistes mettront près de quatre ans pour faire coïncider leur agenda respectif. Une fois le processus de création entamé, le comédien dépoussiérera avec une aisance étonnante les mots qui s'étaient déposés il y a 20 ans quelque part dans un trou de sa mémoire.

« Au début, j'ai eu le vertige devant la tâche à accomplir. Et puis très rapidement, des grands bouts de texte me sont revenus, tant en anglais qu'en français. La langue, c'est comme un vieux réflexe : quand tu la pars sur la bonne note, elle reprend là où tu l'a laissée. »

À l'aube de la soixantaine, se glisser dans la peau de personnages écorchés par des blessures d'amour et la dépendance aux drogues fut pour lui une occasion de puiser à même sa propre existence, savourant ainsi le plaisir de s'abandonner dans l'interprétation, lui qui dans la jeune trentaine - « prosaïque à ses heures » - était davantage préoccupé par le rendu, la forme du spectacle et la diction.

dépendance affective

« J'ai traversé des périodes douloureuses et ma vie devient aujourd'hui mon outil de travail, avoue-t-il paisiblement. La perte des gens qu'on aime, la dépendance affective, les rêves qu'on doit abandonner, lâcher prise, définir nos limites par rapport au monde qui nous entoure, tout ça, comme dans la pièce, résonne en moi. Les Aiguilles, c'est d'abord et avant tout une question d'état. »

Le 17 septembre 2013, lors de la première au Théâtre du Trident à Québec, le comédien est monté sur les planches avec une solide dose de confiance, Robert Lepage lui ayant laissé toute la place nécessaire au fil des répétitions pour se rendre maître de ce qu'il considère, avec Vinci, une pièce phare la dramaturgie québécoise.

La singularité du discours, du ton et de l'imagerie scénique, conjuguée à sa sensibilité personnelle des Aiguilles, ont permis au fondateur d'Ex Machina d'établir sa marque comme metteur en scène et dramaturge.

Ce soir-là, une seule ombre au tableau : le décor, cette « bête » qui accompagne dorénavant toutes les productions de Lepage. Le rire précédant la parole, Marc Labrèche retrouvera son calme et nous confiera qu'il était particulièrement préoccupé - comme toute l'équipe d'ailleurs - par l'outillage.

« Non seulement j'ai dû apprendre à bouger à l'intérieur d'un cube en rotation, mais j'ai dû surtout maîtriser mes angoisses de voir un câble se rompre, de me blesser et de me demander à chaque instant si le dispositif allait bel et bien fonctionner. »

Un grain de sable à 1,29 $

Ainsi, il se fera un malin plaisir de raconter un incident qui démontre l'importance de chaque pièce, si minuscule soit-elle, dans l'engin scénique. « Un ressort qui se vend au prix de 1,29 $ à la quincaillerie du coin s'est brisé, raconte-t-il. Le bidule - dont la fonction est capitale - retient une fenêtre qui doit rester verrouillée afin qu'on puisse marcher dessus lorsque le cube tourne. On n'en avait pas de rechange, alors on a dû annuler une représentation à Québec. Et le maire Labaume était dans la salle ! Évidemment, tout ça est derrière nous ; la machine est bien huilée, maintenant. »

Selon lui, le succès international du spectacle - qui ne se dément pas d'une culture à l'autre - repose sur cet univers onirique et sensuel où les références sont universelles, un monde ouvert dans lequel chaque spectateur peut inventer son histoire, la musique servant de liant à toutes les émotions évoquées.

Marc Labrèche, qui sillonne la planète depuis deux ans, nous rassure néanmoins : il compte bien revenir au petit écran, malgré la troisième année de tournée qui se dessine à l'horizon, des dates en Asie restant à confirmer.

« Mes enfants sont grands maintenant et se débrouillent très bien sans moi, clame-t-il. Bien sûr qu'ils me manquent. Mais pour un temps, c'est bon de s'éloigner, les codes se renouvellent avec mes proches. La distance donne un kick à mes relations personnelles. Cela dit, la maison étant le coeur des gens que j'aime, je rentre toujours chez moi avec un bonheur absolu. »

Pour y aller

QUAND ? Du 19 au 23 mai

OÙ ? Centre national des arts

RENSEIGNEMENTS : Billetterie du CNA ; TicketMaster.ca, 1-888-991-2787

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