Une pièce distincte

Robert Lepage... (Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé)

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Robert Lepage

Photothèque Le Soleil, Pascal Ratthé

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«Faire du réchauffé ne m'intéresse pas, affirme catégoriquement Robert Lepage. Je suis toujours à la recherche du prochain défi. Avec Les aiguilles et l'opium, il était hors de question de reprendre tel quel le spectacle créé en 1991. Il s'agit ici d'une nouvelle mouture dans laquelle Marc Labrèche est un créateur à part entière.»

L'histoire, le «coeur» de cette pièce emblématique, reste toutefois la même, et nous ramène en 1949. Au-dessus de l'Atlantique, Jean Cocteau (1889 - 1963) et Miles Davis (1926 - 1991) se croisent, le premier revenant de New York et l'autre de Paris.

Quarante ans plus tard, Robert, un jeune comédien québécois qui tente de se guérir d'une rupture amoureuse se retrouve à l'hôtel La Louisiane, lieu mythique où Juliette Gréco et Davis, jadis, brûlèrent de passion. 

Sa déchirure fera écho à la douleur du jazzman, qui souffre de sa séparation avec la chanteuse française, et au chagrin du poète qui pleure le décès de Jean Radiguet, l'un sombrant dans l'héroïne et l'autre dans l'opium.

Les époques se chevauchent avec comme fil conducteur le désespoir amoureux des trois protagonistes.

«Mes spectacles solo sont des accidents de parcours»

Dans La face cachée de la lune, je voulais parler des cosmonautes et, durant la période de création, ma mère est morte. Cette tragédie est venue nourrir le spectacle de façon complètement inattendue.»

« Le même phénomène s'est produit avec Les aiguilles; au départ, le sujet portait sur Cocteau et Davis, j'avais un vague idée de la direction à prendre. Du jour au lendemain, mon chum m'a laissé, j'ai souffert l'enfer, d'où cet éclairage nouveau - plus personnel - sur les deux artistes. C'est fou, il surgit toujours dans ma vie un événement qui m'oblige à suivre une autre tangente.»

Robert Lepage et Marc Labrèche, heureux de se retrouver après un long hiatus, se sont donc mis à la tâche de faire une relecture du texte, laquelle ne pouvait qu'être teintée de leur vécu d'hommes dans la cinquantaine avancée. Le metteur en scène y reconnaîtra certaines maladresses de jeunesse et une naïveté certaine dans la façon d'aborder des thèmes comme l'amour, la mort ou, encore, la perception qu'il avait à l'époque des Français et des Américains.

«Le monde a énormément évolué en 20 ans et le spectacle ne pouvait qu'aller dans cette même mouvance, explique-t-il. On est partis de zéro en tenant compte de la réalité d'aujourd'hui pour redéfinir le propos de la pièce. C'est devenu une collaboration, on a apporté beaucoup de changements et ajouté de nouvelles scènes.»

Imposante mécanique

Ces «ajustements» prennent forme notamment dans un décor amplifié, à la mesure - ou démesure - du génie créatif du metteur en scène. L'écran plat d'origine a été troqué pour un imposant et complexe dispositif scénique: un cube à trois faces munis de trappes multiples qui tourne sur lui-même et sur lequel sont projetées de magnifiques images.

«Marc a dû apprendre à se mouvoir dans un espace totalement réinventé, rigole-t-il. Mais c'est surtout sur le plan de l'interprétation, du jeu, qu'une plus grande transformation s'est opérée. En 1993, il a repris le rôle là où je l'avais laissé. Vous le savez, c'est un imitateur hors pair, il copiait ma gestuelle et ma livraison avec un naturel désarmant, c'était hallucinant. 

«Aujourd'hui, c'est son show, il s'est complètement approprié le texte. L'ambiance n'est plus la même, elle est teintée de l'immense talent de Marc, à la fois comme interprète et créateur.»

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