La parole choc de Cinéma

La pièce de théâtre Cinéma, avec Andrée Rainville... (Etienne Ranger, LeDroit)

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La pièce de théâtre Cinéma, avec Andrée Rainville et Nicolas Desfossés

Etienne Ranger, LeDroit

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Avec sa nouvelle création, Cinéma - coproduite par le Théâtre la Catapulte et le Théâtre Belvédère, dont elle est la directrice artistique -, la metteure en scène Caroline Yergeau s'aventure sur le terrain du septième art pour mieux servir la parole dramaturgique.

Et quelle parole!

Très dense, le texte signé Mishka Lavigne, servi par un duo de choc - Andrée Rainville et Nicolas Desfossés - nous entraîne dans le tourbillon des émotions reconstruites, fantasmées et scriptées d'une jeune femme se croyant insensible au monde qui l'entoure. Elle a tout essayé, Lara: les nourritures, les religions, les partenaires. Elle reste pourtant «inchangée», blasée, et Andrée Rainville fait preuve de tout l'aplomb, la fragilité, et, paradoxalement, l'intensité, nécessaires au personnage.

Se jugeant anormale, Lara décide de s'inventer une vie affective, quitte à oublier que les émotions qu'elle est en train de vivre sont artificielles. Elle se fait son cinéma. Va jusqu'à mettre en scène des saynètes que lui ont inspiré quelques moments charnières grappillés dans ses souvenirs cinématographiques.

Et elle va happer dans son délire un jeune comédien dont la carrière piétine, et qui a mis ses services à louer.

Il va embarquer dans le jeu de Lara, un peu par curiosité, un peu par nécessité financière.

De rencontres fortuites en adieux déchirant en passant par les moments de complicité et les soupers romantiques au resto, tantôt dans le rôle du voisin enthousiaste, tantôt dans celui du conjoint pathétique, du masseur blagueur ou de l'artiste égocentré, Xavier va répondre à chaque commande de sa cliente.

Il faut souligner la difficulté d'un tel rôle, qui multiplie les personnalités en même temps qu'il change de prénom - et Nicolas Desfossés s'en tire très bien, surtout dans ses d'intonations vocales. Le travail sur les postures et la gestuelle est moins flagrant mais, eût-il travaillé davantage l'aspect physique de ses personnages, le risque aurait été grand de susciter les rires (peu adaptés à l'essence dramatique de cette pièce) ou, pire, de capter toute l'attention du public (alors qu'on a besoin de toute notre concentration pour décrypter Lara).

Mais Xavier, de plus en plus convaincu du danger que représente pour Lara cet exercice thérapeutique qui vire à l'obsession, va quelquefois «décrocher» de son rôle. Ce qui a pour effet de provoquer l'ire de sa partenaire de «jeu». Le spectateur, comme Xavier, se demande quel objectif Lara cherche à atteindre à travers cette expérimentation, sans que jamais ce flou n'empêche de savourer le texte.

Un écran panoramique surplombe la scène parsemée de cubes blancs qui, habillés par les faisceaux des projecteurs, deviennent partie intégrante du décor, en laissant apparaître une valise ou un aquarium, au gré de chaque nouvelle «scène». Une scénographie sobre, légère et versatile... idéale pour la tournée ontarienne qui se profile. Pour l'atmosphère, l'écran sert aussi à imprimer les teintes des émotions qui ressurgissent lorsque, entre deux saynètes, Lara soliloque en replongeant dans ses souvenirs. La musique de Fred Levac, du groupe Pandaléon, étoffe subtilement les ambiance sonores.

Les échanges entre les deux personnages sont parfois filmés par un vidéaste discret, Benoît Brunet-Poirier, qui peut projeter ses images à l'écran (pas de caméra épaule: on privilégie la stabilité) afin d'en construire d'autres. Ce qui autorise Caroline Yergeau à casser certains codes du théâtre, en laissant par exemple ses comédiens faire dos au public, leur visage apparaît quand même en gros plan.

Mercredi, à la première de Cinéma, au-delà de la prestation impeccable du duo, on a surtout découvert une plume brillante (quoique dense, on le répète), jouant avec les références, maîtrisant le rythme et les envolées. Mieux, encore: on a découvert en Mishka Lavigne une véritable voix dramaturgique.

Les compagnies de La Nouvelle Scène étant toujours contraintes à l'itinérance, Cinéma est présenté le samedi 2 mai, à 19h30, au 2242, croissant Gladwin, dans un vieux hangar désaffecté. Pour plus de renseignements, visitez le www.catapulte.ca ou téléphonez au 613-562-0851.

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