Un spectacle qui hante

Un combant déchirant entre la reine Marguerite (Sylvie... (Courtoisie)

Agrandir

Un combant déchirant entre la reine Marguerite (Sylvie Drapeau) et Richard III (Sébastien Ricard).

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Au sortir du théâtre, il sera là. Dans la voiture, au retour, il nous accompagnera. Dans notre sommeil et au réveil, Richard III trônera, puissant, sanglant, toute sa fureur se cramponnant à notre petite tête pour nous rappeler que longtemps encore il nous hantera. Quelle sorcière cette Brigitte Haentjens, nous assaillant sublimement à coup de théâtre de toute l'ordure du monde.

Richard, duc de Gloucester, s'avance seul sur scène. Sous le soleil de York, il accueille le spectateur en lui servant un monologue, ruminant sur sa difformité et étalant sans gêne sa soif de pouvoir. Dès lors, Sébastien Ricard annonce ses couleurs, celles d'un comédien magistralement aux commandes de son personnage, un séducteur, menteur et manipulateur que rien n'arrêtera pour accéder au trône. Il lève le voile sur les multiples visages du tyran avec une gestuelle frustre et une rare intensité qui frappent l'imaginaire.

À l'origine, il y a ce texte de Shakespeare sur lequel tout repose. Magouilles politiques, trahison, meurtres, guerres de clan, déchirements de l'âme et du coeur traversent cette histoire épique que le traducteur Jean Marc Dalpé a su adapter et moderniser avec finesse. Il donne au récit un souffle brûlant où chaque ligne pousse la suivante vers le tragique, où chaque réplique force l'admiration devant la beauté de la langue et, surtout, le pouvoir des mots. Pour faire écho à la tradition shakespearienne, il s'amusera aussi avec les registres de langue en ponctuant quelques dialogues de la musicalité québécoise. Ces échanges provoqueront d'ailleurs bien des éclats de rire.

Toute la distribution s'empare du texte avec une précision millimétrique, les syllabes se déposant - une à une - dans nos oreilles, rien n'étant échappé malgré le flot quasi incessant de parole pendant près de trois heures. Au-delà de cette maîtrise technique, les comédiens insufflent à leurs personnages (certains en jouent plus d'un) toute la passion nécessaire pour nous faire croire à la catastrophe annoncée. Encore une fois, la metteure en scène Brigitte Haentjens dirige sa troupe avec une justesse impeccable, sublimant le verbe et singularisant le mouvement qui, comme toujours, porte sa signature bien unique.

Les scènes les plus bouleversantes arrivent par les femmes, celles qui tout au long de la pièce contraignent Richard à des envolées lyriques mémorables, l'obligeant à répondre de ses actes monstrueux. Après l'entracte, lui et la reine Élisabeth (excellente Sylvie Drapeau) s'affrontent dans un saisissant combat où les mots font autant saigner que les épées. Autre moment fort, la rencontre entre la reine Élisabeth, la duchesse d'York (Louise Laprade, quel plaisir de la retrouver) et la reine Marguerite (impériale Monique Miller), les trois pleurant leurs fils et leur maris perdus aux mains de Richard, maudissant le despote avec grand panache. «Du chenil de tes entrailles est sorti un chien des enfers qui nous a tous pris en proie», déclame avec rage la reine Marguerite.

La scénographie épurée d'Anick la Bissonnière et les somptueux costumes d'Yso s'ajoutent à une production qui frôle la perfection.

Pour y aller

QUAND? Jusqu'au samedi 25 avril

OÙ? Centre national des arts

RENSEIGNEMENTS: Billetterie du CNA; TicketMaster.ca, 1-888-991-2787

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer