Mylène à la rencontre d'Anne

La parole d'Anne Frank est défendue sur scène... (Courtoisie)

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La parole d'Anne Frank est défendue sur scène par Mylène St-Sauveur.

Courtoisie

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Traduit dans plus de 70 langues, Le journal d'Anne Frank témoigne du quotidien et de l'imaginaire de l'adolescente juive de 13 ans, réfugiée avec sa famille et des amis dans des pièces secrètes de l'entreprise de son père Otto, à Amsterdam, après avoir fui l'Allemagne nazie. La parole d'Anne Frank est maintenant défendue sur scène par Mylène St-Sauveur. Pour la comédienne vue dans les films 5150, rue des Ormes et Sur le rythme, ou dans les séries télévisées Les jeunes loups, Le Chalet ou encore Mon ex à moi, il s'agit d'un premier rôle au théâtre. Un rôle «marquant», pour plusieurs bonnes raisons.

«J'avais déjà lu Le journal d'Anne Frank au secondaire, mais c'est vraiment au cours de la dernière année que j'ai vraiment "rencontré" Anne», soutient Mylène St-Sauveur, qui foulera les planches à Ottawa et Gatineau, la semaine prochaine.

La femme de 25 ans confie sans gêne qu'au moment de sa première lecture, elle n'avait «pas tout capté de son message», étant elle-même adolescente. «Maintenant, je reconnais plus son humour, la dérision de certains de ses propos. Car s'il y a des dates et des faits, dans son journal, il y a aussi ses petites fictions, ses élans d'aspirante écrivaine», souligne-t-elle.

Dans la pièce d'Éric-Emmanuel Schmitt, mise en scène par Lorraine Pintal, Anne se révèle dans le regard de son père Otto (Paul Doucet), seul survivant de la famille, à qui l'on doit la publication du journal de sa deuxième fille. Et par les mots qu'elle a écrits pour évoquer sa réalité.

«Anne était capable de prendre du recul par rapport à elle-même pour analyser les événements et ce qu'elle vivait. La beauté de sa parole passe aussi par cette capacité qu'elle avait de s'inscrire dans le moment présent, tout en en étant détachée, en quelque sorte», mentionne Mylène St-Sauveur.

Incarner un symbole

Anne s'avère peut-être un symbole, «elle est aussi une fille avec ses défauts et ses sautes d'humeur», rappelle la comédienne.

«On ne la glorifie pas, dans la pièce, précise-t-elle. Et on la voit également vivre et vibrer de ses premiers émois amoureux, auprès de Peter, malgré les bombes et la peur de voir les siens découverts par les nazis. Car c'est aussi ça, l'adolescence! Passer des larmes au rire, sans qu'on ne comprenne toujours pourquoi, poser des questions sur la sexualité parce qu'on s'y éveille, etc.»

Pour la personnifier sur les planches, Mylène St-Sauveur, déjà passionnée par la Deuxième Guerre, s'est documentée sur diverses facettes et enjeux de cette période.

Elle a de plus suivi des cours de perfectionnement pour apprendre à projeter sa voix et, surtout, fait preuve d'une discipline de fer entre les répétitions et ses tournages pour la télévision et le cinéma (Chasse-galerie).

«J'ai dû mener une vie exemplaire!» clame-t-elle en riant.

Si elle a a priori craint les trous de mémoire et les imprévus, qu'il est toujours possible de reprendre devant une caméra, l'actrice avoue prendre aujourd'hui plaisir à improviser autour d'un verre d'eau échappé ou d'un accessoire perdu en coulisses.

«Ce sont des moments qui peuvent devenir franchement enivrants quand on est entouré d'une aussi belle troupe!»

Or, la comédienne était bien consciente qu'elle ne pourrait plaire à tous en se glissant ainsi dans la peau d'un personnage aussi connu.

«Tout le monde a sa propre Anne en tête, que les gens aient lu ou non son journal.»

Elle assume donc pleinement le fait qu'elle prête son corps à l'adolescente de 13 ans. «Je lui donne ma jeunesse, mon esprit vif, mon dynamisme, pour extérioriser ses mots, les faire résonner.»

De l'avis de Mylène St-Sauveur, son message d'espoir et de tolérance s'avère d'ailleurs toujours aussi pertinent aujourd'hui, 70 ans plus tard.

«En fait, il est encore plus important à faire entendre aux jeunes», soutient celle qui a vécu la première montréalaise de la pièce dans la foulée des attentats contre les artisans du magazine Charlie Hebdo et à l'épicerie Hyper Cacher en janvier dernier.

«Des fois, je me dis que plutôt que de se positionner contre le racisme et l'intolérance, on devrait se dire pour la tolérance, pour le dialogue, pour l'ouverture à l'autre. Il me semble que ça serait déjà plus positif, comme discours!» lance Mylène St-Sauveur avec ferveur.

Du moins, conclut-elle, cela ferait-il écho à l'esprit du fameux journal de cette Anne qu'elle incarne aujourd'hui sur scène.

La comédienne replonge dans son journal

Au secondaire, Mylène St-Sauveur et ses amies avaient commencé à tenir elles aussi un journal, après avoir lu celui d'Anne Frank en classe.

Une dizaine d'années plus tard, c'est d'ailleurs à l'adolescente juive que la comédienne a eu le réflexe d'écrire quand elle a obtenu le rôle dans la production du Théâtre du Nouveau Monde, qui s'arrêtera en tournée au Centre des arts Shenkman (complet) et à la Maison de la culture de Gatineau (il reste une poignée de billets), la semaine prochaine.

«Comme je n'arrivais pas à joindre ma famille, ni mon copain, lorsque j'ai appris la nouvelle, j'ai écrit à Anne pour la remercier de cette incroyable opportunité de l'interpréter pour mon tout premier rôle au théâtre et la rassurer que je ferais tout pour être à sa hauteur. J'ai continué à prendre des notes, par la suite, en prévision des répétitions. Je voulais de cette manière me replonger dans mes souvenirs d'adolescence afin de retrouver ce bouillonnement propre à cette période de nos vies pour rendre son énergie sur scène.»

Mylène St-Sauveur a ainsi renoué avec une autre façon, plus intime, de «vivre le moment présent, mais autrement qu'en l'inscrivant dans l'instantanéité d'un gazouillis ou d'une publication de statut sur Facebook, justement».

«Le geste d'écrire reste dans la tête et le coeur», soutient la comédienne.

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