L'Angleterre s'invite au Mariage de Figaro

Le directeur artistique par intérim d'Opéra Lyra, Kevin... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

Le directeur artistique par intérim d'Opéra Lyra, Kevin Mallon, entouré de la mezzo-soprano Wallis Giunta et de la soprano Sasha Djihanian, essayant sa robe de mariée.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

En modifiant radicalement le décor du Mariage de Figaro - qui sera présenté du 21 au 28 mars au Centre national des arts -, le directeur artistique par intérim d'Opéra Lyra (OL), Kevin Mallon ne cache pas sa volonté de dépoussiérer les productions de l'organisme par une approche plus expérimentale.

Il veut dynamiser cette vénérable compagnie qui fête ses 30 ans cette année, la garder «vibrante» et sur le qui-vive. Pour qu'elle embrasse la «modernité» qui lui faisait un peu défaut jusque-là. Surtout à l'heure où, dans le milieu des arts, «le courant actuel pousse à ce que les choses soient sexy, amusantes, vivantes», estime M. Mallon, entré en fonction l'an dernier.

C'est donc dans cette optique, avec un zeste d'«ironie», que Figaro et Susanna (John Brancy et Sasha Dijanian) tenteront de convoler en justes noces... non plus en Espagne, mais en Angleterre, dans cette mise en scène de Tom Diamond.

M. Mallon a décidé que la farce aurait lieu «à l'époque édouardienne» - celle-là même que le grand public a appris à apprécier à travers la populaire télésérie Downtown Abbey.

«On essaie d'arriver avec des idées qui puissent faire pétiller l'imagination des gens», indique-t-il. «De nos jours, nous ne pouvons plus prendre pour acquis que les gens vont venir nous voir. Nous nous devons d'attirer le public.»

Le choix de la période édouardienne sert de produit d'appel aux nombreux amateurs de la série britannique.

Mais pas seulement.

Artistiquement, ce décor se justifie par le fait que cette période fut marquée par le bouleversement des rapports entre les classes sociales, rappelle M. Mallon. Or, les relations entre les maîtres et leurs serviteurs - thématique fondamentale de la série - sont au coeur des enjeux des Noces de Figaro, Figaro et Susanna étant, comme beaucoup d'autres personnages, au service du comte et de la comtesse Almaviva.

La comédie de Mozart «comporte beaucoup de rebondissements et d'intrigues sexuelles, présentées dans un environnement plutôt extravagant où chacun semble vouloir un morceau de Susanna», bien qu'elle soit destinée à épouser Figaro, résume M. Mallon.

L'intrigue était assez foldingue (on y trouve même un page campé par une femme, Cherubino; au Centre national des arts, c'est la mezzo-soprano ottavienne Wallis Giunta qui se travestira) pour qu'on puisse accueillir avec le sourire tout ce qui pourrait relever a priori de l'outrage.

L'audace se poursuit

Au regard de ce qu'a produit OL jusqu'ici, «nous préparons des choses audacieuses», prévient le directeur artistique.

Pour sa prochaine saison, l'organisme s'attaquera en septembre au Barbier de Séville de Rossini puis à l'unique opéra de Beethoven, Fidelio, en mars 2016. Il s'agira toutefois de versions passablement dépoussiérées. La première production aura bien pour cadre Séville, mais dans les années 1940, pendant le tournage d'un film sur Carmen.

Fidelio, qui bénéficiera quant à lui d'une approche multimédia, son cadre risque de faire jaser davantage, car l'action sera située dans une prison d'Irak, en 2003, plutôt que dans l'Espagne de la fin du xviiie siècle.

«On ne changera pas la moindre note, mais le public risque de se dire 'Mon Dieu! Quel lien [contemporain] intéressant!'», indique M. Mallon, dont l'intention n'est pas d'attiser une polémique, mais de rendre la dimension politique de l'oeuvre plus en phase avec le xxie siècle.

«Et c'est ce qui, j'espère, nous permettra de nous rajeunir», dit-il.

Ce changement, il ne l'impose pas sans quelques inquiétudes liées au risque de s'aliéner la frange plus conservatrice parmi les abonnés d'Opéra Lyra. Mais il s'appuie aussi sur les résultats d'un grand sondage en ligne mené par OL auprès de sa clientèle, qui l'encouragent à explorer dans cette voix. Les réponses l'incitent aussi à engager davantage de «chanteurs plus jeunes et plus cools» («freshs»), parmi les figures montantes de la scène lyrique au Canada.

«Je crois que le public veut simplement voir quelque chose de différent», insufflé d'une «nouvelle flamme».

M. Mallon est convaincu qu'il faut aussi sortir des murs des CNA et «se rapprocher» de la communauté.

À l'approche de la première du Mariage de Figaro, Opéra Lyra a multiplié ces dernières semaines les initiatives pour amener l'opéra au coeur de la ville. Lors d'un happening, le couturier d'Ottawa David McCaffrey a dévoilé la robe de mariée qu'il a spécialement confectionnée pour l'occasion. Des choristes d'Opéra Lyra se sont ensuite donné rendez-vous dans un supermarché Loblaw de la capitale pour surprendre les clients avec quelques arias de Mariage, servis façon flash mob. Quant aux comédiens-chanteurs, ils ont participé à une soirée karaoké dans un pub d'Ottawa, où ils ont offert leurs voix et leurs services aux enchères, pour entonner des chansons populaires en duo avec le public, ou pour leur chanter la sérénade.

Les 21, 25 et 28 mars, s'ensuivront les traditionnelles causeries préconcert, organisées gratuitement par la Guilde d'Opera Lyra au CNA.

«Il s'agit presque d'aller bousculer le public, mais c'est aussi une marque de respect que d'aller à la rencontre des gens pour leur montrer ce qu'on propose et leur dire: 'Venez nous accompagner à l'occasion de ce grand voyage! Prenez une chance!'»

Pour y aller

OÙ? Centre national des arts

QUAND? Les 21, 23, 25 et 28 mars, 20h

RENSEIGNEMENTS: 1-888-991-2787; www.operalyra.ca

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer