Broue, cocktail d'humour et d'amertume

Le comédien Marc Messier... (André Pichette, La Presse)

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Le comédien Marc Messier

André Pichette, La Presse

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Pièce mythique, au succès jamais démenti depuis presque 36 ans, Broue roule quasiment depuis l'ère glaciaire, portée par les trois même hommes des tavernes: Marc Messier, Michel Côté et Marcel Gauthier. À nouveau en tournée générale, le trio pose ses chopines au Théâtre du Casino du Lac-Leamy du 5 au 7 février.

«Ça va faire 36 ans le 21 mars. Il n'y pas eu une année où on n'a pas fait un minimum de 50 représentations, et les salles sont pleines à chaque année, continue de s'étonner Marc Messier. Alors on en profite tant que ça dure!» 

Au lendemain de notre entrevue, le Casino lui donnait raison en annonçant des supplémentaires pour les 18, 19 et 20 février... 2016.

Le trio a envisagé de mettre un point final à l'aventure en décembre 2014, avant de se raviser. «On est en santé. On a du plaisir. Pourquoi s'arrêter?» explique-t-il. 

Le succès perdure, mais la pièce a évolué, note toutefois Marc Messier. En 1979, le second degré de Broue, qui explore certains aspects sordides des tavernes, était flagrant, dit-il. 

«On était jeunes, alors on composait: on se costumait, on se maquillait pour ressembler à de vieux bonshommes de 50 ou 60 ans. Il y avait une grande distance par rapport au sujet. On avait décidé d'en rire, parce qu'on ne trouvait pas ça très drôle. [...] Cette espèce d'aliénation était plus présente, alors qu'aujourd'hui, le public vient davantage voir la comédie.»

Ce qui est presque paradoxal, car «avec le temps, la pièce est devenue plus réaliste». Avec l'âge sont venues les rides. Leurs bières ont gagné en amertume. «On est devenus ces personnages. Et le deuxième degré est moins évident», à présent qu'ils font des économies de maquillage. «La taverne était un prétexte intéressant pour la mécanique du rire. Le fait que ça se passe dans un débit de boisson a donné place au délire», analyse Marc Messier.

Pour tous les goûts

«Broue peut être perçu de bien des façons», estime M. Messier. Plusieurs thèses universitaires se sont amusées à décortiquer le contexte socioculturel de cette succession de saynètes alcoolisées (signées Louis Saïa, Claude Meunier, Francine Ruel et Jean-Pierre Plante; les trois comédiens ont ensuite écrit les entre-scènes), rappelle-t-il. Certains continuent d'apprécier la pièce pour son avant-gardisme - «en 1979, c'était la première fois qu'on voyait un sans-abri sur scène». D'autres reviennent fidèlement «à chaque fois qu'ils changent de blonde, pour lui faire découvrir Broue». 

Ce sont d'ailleurs les femmes qui rient le plus. Broue fait la vie dure aux hommes, présentés comme des petits loosers qui se prennent pour des winners, mais qui font pitié». Et très nombreux sont ceux qui sont âgés dans la vingtaine. Le contexte historique leur échappe sans doute, mais ils ont autant de plaisir à «rire d'un oncle ou d'un parent qu'ils reconnaissent », illustre-t-il.

Marc Messier, le marathonien

Avec ses rôles de premier plan dans Lance et compte, La Petite Vie ou Les Boys, séries québécoises ayant battu des records de longévité, Marc Messier a pris l'habitude de camper des rôles façon marathonien, en leur cherchant un second souffle.

Il est ravi d'avoir pu rempiler dans les chaussures de Marc Gagnon, dans Lance et compte, repartie pour une neuvième saison à TVA. Trouvant son personnage «un peu colérique et unilatéral» dans les premières années, Messier s'est assis avec la production pour le développer. «Il vivait mal son déclin, son couple n'allait pas bien; on lui a trouvé une amertume qui balançait son côté désagréable et ça lui a ouvert des avenues. Avec lui, j'ai pu faire autant des scènes d'amour, que des speeches aux joueurs ou des dialogues père-fils, et c'est un bonheur de tourner ça.»

«En plus, on n'a pas le sentiment de voir une veille série, parce que Frédérick D'Amours [le réalisateur des trois dernières saisons] lui a donné une facture très moderne, et c'est très motivant.» 

Il estime d'ailleurs que si l'aventure des Boys au petit écran ne s'est pas poursuivie, c'est parce que la série n'a pas su se renouveler. «On a arrêté à temps. Le sujet s'est vidé parce qu'on s'est donné l'obligation d'être drôles.» Les films étaient plus intéressants, dit-il.

« Il aurait fallu que la série devienne plus dramatique, comme dans Il était une fois Les Boys. Richard Goudreau [le réalisateur de cette 'préquelle'] avait pris la bonne direction, en cherchant à mélanger la comédie et le drame. Faire rire et pleurer en même temps, c'est ce qu'il y a de plus intéressant. C'est ce que faisait Yvon Deschamps. Je suis étonné que le film n'ait pas mieux marché.»

«La taverne et le vestiaire se ressemblent: ce sont deux endroits où les hommes se retrouvent entre eux, des lieux propices aux amitiés masculines, à l'esprit de gars. Tout peut se dire, dans un vestiaire. Ça peut être humoristique ou dramatique. » En ce sens, l'univers de Broue est parenté à celui des Boys, soutient Marc Messier, tandis que Lance et compte, malgré ses arénas, s'en éloigne de par son côté glamour.

La Petite Vie est quant à elle «figée dans le temps», dit le comédien, qui a pourtant récemment ré-enfilé le costume de Réjean Pinard, afin de participer au nouveau Ti-Mé show de Claude Meunier. «Une apparition ponctuelle», prévient-il. «À cause de mon âge, Réjean devient pathétique, quand je le fais aujourd'hui, et c'est moins drôle... même si je dois avouer que j'étais mort de rire, quand on a fait ce sketch.»

Broue, un succès phénoménal...

21 mars 1979: première de Broue à Montréal, au minuscule Théâtre des Voyagements, devant 80 spectateurs.

1982: après 300 spectacles donnés à guichets fermés, les trois compères fondent la compagnie Productions 3M (pour Marc, Marcel et Michel), et deviennent producteurs de leur création.

1982: le trio original de Broue, devenue Brew, tourne au Canada jusqu'en 1984. 

1986: Le Palais Montcalm, à Québec, accueille le millionième spectateur de Broue.

2006: les Guinness World Records homologue la longévité de Broue, à titre de pièce de théâtre jouée par une même distribution de comédiens.

2009: au moment de souligner le 30e anniversaire de la création de Broue, auteurs et comédiens reçoivent la médaille d'honneur de l'Assemblée nationale du Québec.

2011: 3000e représentation de Broue au Québec.

Janvier 2015: le nombre de spectateurs cumulés frôle 3,3 millions

... et international

Broue, qui met en scène une galerie d'assoiffés venus se désaltérer à La taverne à Willy, a connu un succès international. La pièce a d'abord été adaptée pour le Canada anglais, en 1982. Deux ans plus tard, la demande ne chutant pas, on confie à trois jeunes comédiens - Patrice L'Écuyer, Guy Migneault et Marcel Leboeuf - la tâche de prolonger la tournée de la version anglophone. En 1984, elle traversera brièvement les frontières états-uniennes.

En Belgique, elle a été jouée en français sous le nom Chez Willy pendant 10 ans (1986-1996), mais a aussi été reprise en néerlandais, en 1992 puis en 2003, rebaptisée In't zicht van de statie. Un total de plus de 4000 représentations à travers le monde.

Pour y aller

OÙ? Théâtre du Casino du Lac-Leamy

QUAND? 5, 6 et 7 février, 20h

RENSEIGNEMENTS: 1-877-977-7970 ; www.ticketmaster.ca ; www.theatrecasino.ca

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