Le grand cri de La Corneille au Théâtre de l'Île

Les comédiennes Nathaly Charrette, Lyette Goyette et Anie... (Simon Séguin-Bertrand, LeDroit)

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Les comédiennes Nathaly Charrette, Lyette Goyette et Anie Richer

Simon Séguin-Bertrand, LeDroit

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L'ambiance est studieuse, au Théâtre de l'Île, dans le hall bien rangé, très ensoleillé ce jour-là, où travaille Jean Bard. «J'arrive tout juste de Montréal, on a beaucoup de travail.» Et pour cause, il n'en manque jamais. On l'a vu oeuvrer au côté des plus grands: Claude Poissant, Lorraine Pintal, Denise Filiatrault, Normand Chouinard, Robert Bellefeuille...

Pas de quoi, pour autant, croire que tout est arrivé dans sa carrière. Jean Bard n'est pas dupe. Il connaît la fragilité des choses, leur caractère futile et éphémère. Normal, il en dessine. «Pour qu'un décor soit réussi, il faut qu'il s'efface et laisse place aux acteurs, comme un canevas vide.» Jean Bard est scénographe, au théâtre surtout, mais aussi à l'opéra, en variété, en chanson populaire. Connu mais pas vedette. À l'affiche dans la région, il a notamment signé les scénographies de Silence en coulisses! en 2007, Mademoiselle de Paris, en 2011, et La Chatte et le Hibou en 2013.

L'an dernier, Sylvie Dufour le prend au sérieux quand il lui soumet La Corneille, une pièce écrite par Lise Vaillancourt pour laquelle il a réalisé les décors au Théâtre du Rideau Vert, à Montréal, en 2012.

«Ce texte sur les rapports mère/enfant m'a interpellé différemment après la disparition de ma propre mère... Je l'ai proposé à Sylvie qui a toujours voulu que je fasse de la mise en scène». Elle lui ouvre les portes de son théâtre, dans un cadre plus rassurant, juge ce novice de la mise en scène. «Ici, j'ai l'impression d'être moins exposé au regard parfois sardonique et ironique que l'on peut subir à Montréal.» Les représentations se dérouleront du 28 janvier au 28 février au Théâtre de l'Île.

De l'autre côté

À force de côtoyer les plateaux de théâtre - «mais jamais en répétitions quand le pain commence à lever» - la scénographe s'est dit qu'il passerait bien de l'autre côté de la rampe. «Être enfin le boss et avoir le dernier mot!» s'esclaffe-t-il en jurant tout de même qu'il y a un fond de vérité à cela.

L'artiste au physique charismatique et à la dérision facile fourmille d'anecdotes à propos de tous ceux qu'il a croisés sur sa route théâtrale. Il mentionne Claude Poissant, «généreux, à l'écoute, un chercheur avant d'être un ego et un modèle pour moi», tout autant que Robert Gravel, grand homme de théâtre disparu il y a vingt ans. Sa devise? «Si le bonheur n'est pas au rendez-vous, on arrête tout!»

À voir le sourire radieux de la comédienne Nathaly Charrette, présente durant l'entrevue, et l'accolade chaleureuse de Lyette Goyette, arrivée vers la fin, on se doute que Jean Bard ne tyrannise pas ses acteurs. «Personne n'a remarqué qu'il débutait en mise en scène. Il savait ce qu'il voulait, dès le début», raconte Nathaly Charrette. Le nouveau décor, dessiné l'été dernier déjà, a permis de mettre en selle (et en salle) les répétitions rapidement.

Attentif au détail, Jean Bard travaille à ce que la forme réponde à une exigence de simplicité, de lisibilité, de compréhension immédiate. Rien ne sert de charger, de décorer. La scénographie doit être claire et limpide, qui ne garde et ne dit que l'essentiel. Mais réserve tout de même quelques surprises...

«Être scénographe et metteur en scène à la fois, cela signifie que l'on ne se demande pas seulement quel look le décor aura mais comment les acteurs font bouger et vivre sur scène.»

Attaché à mettre en avant les personnages, Jean Bard a privilégié l'épure, la sobriété. Au diapason du spectacle qu'il présente comme un rendez-vous important entre une mère et sa fille. «Le père vient de mourir. La fille invite sa mère à souper alors qu'en 25 ans, elle n'a jamais accepté ses invitations», dit-il d'une voix étranglée. On n'en saura guère plus. Excepté que le supplément d'âme que défend cette nouvelle mise en scène vient peut-être de ce silence.

Vous voulez y aller?

OÙ? Théâtre de l'Île

QUAND? Du 28 janvier au 28 février

RENSEIGNEMENTS? 819-243-8000 ; www.ovation.qc.ca

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