Un Phèdre tristement bancal

Quatre artistes montent sur les planches pour défendre... (Courtoisie)

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Quatre artistes montent sur les planches pour défendre cette relecture du mythe de Phèdre.

Courtoisie

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Isabelle Brisebois

collaboration spéciale

Le Droit

Tant de talent sur scène et, pourtant, le vide. Un vide abyssal dans lequel nous plonge le metteur en scène Jérémie Niel avec une proposition artistique hermétique, celle de son adaptation bancale du mythe de Phèdre, présentée jusqu'à demain au Théâtre français du Centre national des arts.

Voici en bref le résumé de la tragédie en cinq actes de Racine: Phèdre, seconde femme de Thésée, roi d'Athènes, est amoureuse du jeune Hippolyte, fils de son époux. Thésée, que l'on croyait mort, revient. Phèdre, accablée de remords, mettra fin à sa vie. Jérémie Niel revisite ce grand classique en y ajoutant les mots d'Ovide, de Sénèque et de Dante.

Quatre artistes chevronnés montent sur les planches pour défendre cette relecture: Marie Brassard (Phèdre), le danseur et chorégraphe Benoît Lachambre (Thésée), ainsi que Mani Soleymanlou (le Coryphée) et Emmanuel Schwartz (Hippolyte). Est-ce un gage de succès? Nenni.

La beauté des vers de Racine sera notamment portée par Marie Brassard, particulièrement dans un monologue où pèse lourd le poids de la culpabilité et du désespoir de Phèdre. «J'ai conçu pour mon crime une juste terreur; j'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur», murmure-t-elle, le corps transi de douleur. On se plaira aussi à entendre cette scène célèbre où, comme dans un songe, elle avouera son amour et sa passion dévorante à Hippolyte, qui s'est substitué à Thésée.

Pour livrer le texte, les comédiens sont munis de micros, un outil qui permet de réciter sans déclamer et d'offrir une interprétation toute en nuance, en intériorité.

Ici, le metteur en scène semble avoir surexploité la technique, les acteurs parlant à la limite du chuchotement, sur un ton souvent monocorde, parfois inaudible, le tout ponctué d'un trop-plein de souffles, de bruits gutturaux ou, encore, de quelques cris hystériques sortis de nulle part, frôlant la caricature, qui en ont fait sourire plus d'un, mercredi, le soir de la première. Ainsi, aux respirations de la troupe se sont mêlés les soupirs d'exaspération des spectateurs qui peinaient à réprimer leur impatience, l'incompréhension s'intensifiant au fil des tableaux qui s'enchaînaient.

Grâce aux éclairages, ces tableaux nous offriront quelques images magnifiques. De longs noirs viennent entrecouper les scènes, les personnages - trop souvent immobiles - revenant à la lumière comme dans une série de photos que l'on fait défiler devant soi. De la distribution, on questionnera le rôle (et non le talent) de Mani Soleymanlou qui, en digne représentant du peuple, observe, quasi silencieux, l'action, tournant sans raison autour de Phèdre, Hippolyte et Thésée pour ensuite nous lancer: «Et pourquoi tout ça?» On se pose la même question...

Faites-vous plaisir. (Re)lisez Phèdre de Racine et (re)découvrez la beauté et la richesse de cette tragédie. Même la version en format poche, avec les alexandrins couchés sur papier en microscopiques caractères bien tassés, sera une expérience moins ardue qu'un passage au Théâtre français où le Phèdre de Jérémie Niel est, malheureusement, d'un ennui mortel.

Pour y aller >

  • OÙ? Centre national des arts
  • QUAND? Jusqu'au 12 décembre, 20h
  • RENSEIGNEMENTS: Billetterie du CNA, 613-947-7000 ; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787
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