One Manu Show à la salle Odyssée

Emmanuel Bilodeau, conteur d'humour

Emmanuel Bilodeau cherche moins à nous assommer de... (Olivier Jean, Archives La Presse)

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Emmanuel Bilodeau cherche moins à nous assommer de punches qu'à nous engloutir dans ses récits. On a moins affaire, se rend-on vite compte, à un gagman qu'à un amoureux du langage, à un conteur habile.

Olivier Jean, Archives La Presse

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À 50 ans, le comédien Emmanuel Bilodeau, venu présenter vendredi à la Maison de la culture de Gatineau son tout premier spectacle d'humour, le One Manu Show, est certainement «le plus vieil humoriste débutant» du Québec. Ce qui n'empêche absolument pas cet Hullois d'origine d'apporter un vent de fraîcheur sur l'industrie du rire.

Car le novice cherche moins à nous assommer de punches qu'à nous engloutir dans ses récits.

On a moins affaire, se rend-on vite compte, à un gagman qu'à un amoureux du langage. De l'émotion, des jeux et de la poésie que contiennent les mots. À un conteur habile, chevronné, qui vient jouer dans la cour des Fred Pellerin, Sol et autres Gilles Vigneault. Le merveilleux en moins, certes. Mais voilà un début ô combien prometteur...

Prenant le temps d'installer ses pénates, l'humoriste Dégingandé, bafouilleur et ricaneur ne se glissera pas avant le second acte dans le costard de Tonino Tomato, son personnage de politicien véreux - et déjà fétiche - qu'on a pu découvrir ces trois dernières années, au fil de ses premiers pas sur les planches de Juste pour rire.

Le premier acte a plutôt été consacré à des portraits de famille amusants. Pas désopilants, ni même très originaux dans leur thématique ­ - on lui pardonne : quand on débute, il n'est pas inutile de se présenter -, mais sincères et croustillants. La vie, chez les Bilodeau-Cochrane (sa conjointe n'est autre que la comédienne Édith Cochrane ; c'est d'ailleurs à elle qu'on doit la mise en scène de ce One Manu Show, qui s'appuie sur deux ou trois effets visuels sobres et une arche de chaises suspendues pour évoquer les absents), s'articule à l'en croire autour de «trois beaux enfants dégueulasses». Une fratrie qui n'a rien à voir avec le portrait de «La mélodie du bonheur», notera-t-il au passage, avant de noyer sa déception dans une séquence «comédie musicale» rigolote.

Le comédien (Un Crabe dans la tête, René Lévesque, Curling) évoque ensuite sa propre enfance tordue, lui qui a grandi en queue de peloton, parmi 12 frères et soeurs adeptes de surnoms cruels, qui lui faisaient croire qu'il était adopté. Joli moment de nostalgie contrôlée, où l'émotion est prégnante. Il parlera de son Ottawin de père, incarnera un spermatozoïde, reproduira l'accident auquel il doit son nez cassé, bivouaquera sur un nid de fourmis, priera, paniquera... et s'amusera au passage à faire fuser les rires «aigus» d'une vieille complice de l'école de théâtre, la comédienne Sasha Dominique, cachée hier parmi le public.

Sympathique et touchant

Bilodeau mitraille à haut débit, bredouille, bafouille (ce qui le rend d'autant plus sympathique, même si ce n'est pas toujours clair), fait se télescoper son apnée du sommeil et son angoisse déraisonnable liée aux invasions de psychopathes.

Dans un numéro punché et touchant, il se glisse dans la peau d'un centenaire résident de foyer pour aînés, «vieux saule chialeur» déblatérant sur la vie, la mort et les iPod.

La deuxième partie se veut plus politique, même s'il réserve de beaux moments d'émotion, par exemple lorsqu'il va confronter sa fille dans un parc.

L'humoriste nous met en bouche avec une intervention consternante de Tonino Tomato, à prendre au douzième degré.

Il sera ensuite largement question d'environnement, sujet qui lui tient particulièrement à coeur. Et qui réveille sa théâtralité. Lorsqu'il pousse son gros panier dans les rayons de Costco, sa fibre environnementaliste le turlupine au point de le transformer en Gollum. On sait que ce n'est pas un masque : Bilodeau, écolo notoire, participera encore lundi, au Club Soda, à Déversement d'humoristes, un spectacle-bénéfice destiné à dénoncer le développement pétrolier.

Dans un monologue final artistiquement osé - mais visiblement galvanisant, car très applaudi -, il offrira son «testament à la nation» : un magnifique discours au bilinguisme délicieusement boiteux («I'm Canadian tired») où s'affiche sa ferveur souverainiste.

Le spectacle est produit par la boîte de Julie Snyder. Oui, la femme du député «Pékapiste». Ne cherchant aucunement à cacher ces liens professionnels, l'humoriste n'a pas épargné au couple, à Vidéotron et au «pouvoir infini du cash», ses flèches gentilles ou plus grinçantes.

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