Émile Proulx-Cloutier en spectacle à Gatineau

L'audace et l'énergie d'un kid

Émile Proulx-Cloutier s'est installé derrière son piano, jeudi... (François Gervais, archives La Presse)

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Émile Proulx-Cloutier s'est installé derrière son piano, jeudi soir, sur la scène de la salle Jean-Despréz à Gatineau en compagnie de ses trois musiciens.

François Gervais, archives La Presse

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Il a le regard espiègle et le sourire franc, l'espiègle Émile Proulx-Cloutier. La dégaine, l'énergie, l'audace et la théâtralité d'un gamin désinvolte. Le vague à l'âme d'un kid cabossé, parfois, aussi. Ce galopin de 30 ans, comédien-réalisateur-documentariste par habitude ou nécessité, pianiste-poète-raconteur autant par accident que par vocation, on l'a vu jubiler dans son « nouveau » costume d'auteur-compositeur-interprète, sur la scène de la salle Jean-Despréz, où il est venu, jeudi, semer ses tumultueux arpèges et quelques fables-interludes à la fois tendres et cruelles, à l'image de ses chansons.

Un gamin au talent vertigineux. Voire « monstrueux », osera-t-on écrire en hommage à son terrain de jeu, le bouleversant Aimer les monstres, son unique album.

On pourrait dire qu'il a « ça » dans le sang : après tout, n'est-il pas le fils de deux comédiens, Danielle Proulx et Raymond Cloutier ? Mais l'atavisme n'explique qu'une petite partie du génie dont fait preuve l'humble Émile Proulx-Cloutier, qui nous happe instantanément dans son univers de sons, de sensations et de poésie subtile.

Pour ceux qui dormaient, Émile Proulx-Cloutier a récolté pas moins de six nominations en prévision du prochain Gala de l'ADISQ, le 26 octobre. Trois d'entre elles concernent l'artiste (Révélation de l'année ; Auteur ou compositeur de l'année) ou l'album. Les autres viennent honorent précisément ce spectacle magistral, qui se retrouve en lice pour son « script » et sa mise en scène, tous deux signés Émile Proulx-Cloutier, ainsi que pour ses éclairages.

Installé sur son piano, le chanteur a commencé par évoquer son aïeul Émilio, lequel a légué a sa descendance une prière qui commençait par « Bon Yeu dites au Yâb' qu'y' m'mette pus les pieds dans' bouche ». L'anecdote introduisait de belle façon l' impétueuse Votre cochon se couche, idéale pour lancer son bal d'historiettes. Le pianiste et ses musiciens sont partis sillonner les rides des anciens, sans oublier Les mains d'Auguste.

On a eu droit hier à une formule quatuor. Mathieu Désy l'accompagne à la contrebasse, Pascal Racine Venne l'épaule à la batterie, tandis qu'un troisième larron, Benoît Rocheleau, jongle avec les cuivres (trompette, trombone, soubassophone), qu'il troque parfois pour d'autres bidules (vibraphone, mandoline, ocarina). Versatiles et discrets. Des « princes », dira le chanteur, qui a consacré une ode à chacun.

Hier, ils en ont profité pour nous faire découvrir quelques inédites : Propre, poli et ponctuel, gazou-illée ; Big, un rap pianistique fringant et funky ; l'émouvante Joey ; et un vieux classique repiqué à Pauline Julien, Mommy - une histoire d'enfance et de transmission.

Puis on est retourné en territoire « connu », avec une magistrale version d'Aimer les monstres, laquelle évoque les inquiétudes et étrangetés qui habitaient le 'ti-Émile qu'il fut, à 12 ans 1/2. L'enfance est un sujet cher à l'artiste, très impliqué dans la défense des jeunes qui « en arrache », entre autre causes sociales épousées.

Après Nana, une autre inédite (qui semble encore chercher son air d'aller), Émile Proulx-Cloutier a sorti son accordéon afin de mieux participer à l'ambiance cabaret-bastringue qui doit prévaloir chez Madame Alice, la belle aubergiste dont ces « hommes tristes » dégustent le cou et le buste.

Une autre nouveauté, Rendu ça, tranchait par son extrême dépouillement, qui lui conférait un relief très intéressant.

Le spectacle s'est clos presque de la même façon qu'on referme le disque, en respectant soigneusement l'ordre des pièces. Le tambour de la dernière chance a été interprété en solo au piano, par un Proulx-Cloutier altier. Cette terrible évocation de l'obsolescence du corps et de la mémoire a été suivie par Le grillon et la luciole, fabulette qui clignota dans son verre de rhumba, puis par Race de monde, elle aussi chaloupée, mais plus haletante, pour que Tout le monde danse au gré de sa révolte et de sa démence.

Le spectacle s'est achevé en douceur, dans la poussière des Cités grises et les larmes de Mayday. Sur un hommage senti à L'Atlantide, écrite par papa Raymond Cloutier à l'époque de L'Opéra des pauvres. Et sur deux ovations debout, plutôt qu'une.

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