Pionnière de l'ombre

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

C'est en toute simplicité que Marie King retrace, dans le livre De l'autre côté de la montagne, émaillé de nombreuses photos d'archives son périple musical.

Mais si l'on y suit pas à pas la carrière d'une pionnière de la musique western en français, ce «récit biographique» dresse avant tout le portrait de Marie-Jeanne Farley, jeune fille timide et réservée, qui fit ses premiers pas artistiques dans l'ombre d'un mari musicien anglophone très connu, Bobby King (celui des Happy Wanderers), lequel l'aurait préférée derrière les fourneaux que derrière la guitare. 

Celui d'une artiste tout à la fois fière et fonceuse - elle s'est obstinée à chanter en français et a géré elle-même sa carrière - et très naïve, puisqu'elle dit n'avoir réalisé l'ampleur de son succès que très tardivement. Elle explique ainsi n'avoir jamais empoché de redevances sur Quand le soleil dit bonjour aux montagnes (mégasuccès dont la paternité revient aux frères Myers, mais qu'elle a écoulé à 300 000 exemplaires) ni perçu le moindre sou sur les ventes de plusieurs de ses albums... y compris certains devenus disques d'or. 

Au fil des pages, on découvre la mère de famille attentive, l'amie attentionnée, mais aussi la «petite Marie» anxieuse qu'elle n'a jamais cessé d'être. 

Même si le trac ne la tenaille plus comme auparavant, elle reconnaît avoir récemment succombé à de violentes crises de panique qui ont fini par inquiéter ses proches en ce qu'elles commencent à brimer son autonomie, confiait-elle au Droit cette semaine. Mme King préparait, avec énergie, mais un peu à contrecoeur, son déménagement dans une résidence pour aînés - ou plutôt son «entrée au couvent», imageait la chanteuse en pesant chacun de ses mots.

Mis en ordre par sa fille, la chanteuse Carole Ann King - avec la complicité de l'auteure montréalaise Rosette Pipar - les souvenirs de Mme King entraînent le lecteur au bout du rang 10, sur la fermette sans électricité de Navan où, à 7 ans, elle reçut sa première guitare, offerte par son père, un cultivateur qui aimait couvrir le son de la radio en chantant à tue-tête.

S'il est abondamment question de Bobby King, de leur mariage, leurs enfants, des tournées en famille, des partys dans les loges, la chanteuse partage aussi dans ce livre de plus «douloureux» secrets. 

Elle aborde pour la toute première fois les gestes du «vieux cochon qui se prétendait médecin de famille» ; puis sa grossesse «honteuse», au cours de laquelle elle a dû se cacher parmi une congrégation de soeurs grises qui l'avaient réduite à un numéro; et, enfin, la mise à l'adoption du premier de ses cinq enfants, Richard, qu'elle n'aura revu que 50 ans plus tard.

La chanteuse y décrit en filigrane la précarité financière de sa vie d'artiste. «On vivait peut-être pas de jour en jour, mais de semaine en semaine. On n'a rien eu, mais on a eu une belle vie, on a beaucoup voyagé», opine sa fille.

Préfacé par Julie Daraîche, pour qui Marie King constitue non seulement une «amie», mais aussi une «idole», tant pour son cran que pour ses tourtières et sa façon de tenir sa maison, l'ouvrage est aussi ponctué de témoignages de reconnaissance de ses ami(e)s de l'industrie.

Sa Majesté Marie King

À 82 ans, celle qu'on a surnommée «la reine du country western», Marie King, gratte encore régulièrement sa guitare, confortablement installée dans son salon, niché dans un petit quartier résidentiel de Gatineau. Pas question de se départir de l'instrument, d'autant plus chéri qu'il a appartenu à son mari, feu le chanteur Bobby King... 

Ses accords, la chanteuse originaire de Navan, dans l'Est ontarien, les accompagne volontiers en fredonnant le refrain de l'un ou l'autre de ses grands succès - elle n'en manque pas: sa carrière, qui s'est étalée sur 60 ans, compte plusieurs disques d'or - poussant parfois même le plaisir jusqu'à yodler. Sa mémoire rouillée, avoue-t-elle, lui joue parfois des tours, et elle fatigue plus vite qu'avant: mais sitôt entamée  cette petite gymnastique  vocale, la «Petite Marie» retrouve sa jeunesse, alors que son visage octogénaire s'illumine de sourires d'enfant. 

C'est en effet sous le nom de Marie - sans King - que cette pionnière du country francophone a signé en 1957 son tout premier disque (sous l'étiquette Caprice de Capitol Records), Quand le soleil dit bonjour aux montagnes, puis de nombreux autres par la suite. 

«Je vais la prendre dimanche, pour une chanson», glisse l'autodidacte en désignant la guitare. «Je joue, mais pas très bien. Et pas beaucoup. Elle m'a donné la permission», poursuit-elle, mi-blagueuse, en apostrophant du coin de l'oeil sa fille, Carole Ann King. Cette dernière a consigné dans un livre les souvenirs et anecdotes de cette maman avec qui elle a partagé la scène durant près de 40 ans. Cette biographie réalisée avec l'aide de l'auteure Rosette Pipar à paraître la semaine prochaine sera disponible dimanche sous le chapiteau du Festival country du grand Gatineau. Pour sa soirée de clôture, le festival réserve un hommage musical des plus chaleureux à Marie King.

Au fil de sa trajectoire musicale, la «reine» a cimenté de solides amitiés dans le milieu country. Guylaine Tangay, Renée Martel et Julie Daraîche (qui signe la préface du livre Marie King, De l'autre côté de la montagne), entre autres, se sont précipitées pour participer à cet hommage, tout comme Réjean et Chantal Massé, Denis Côté et Régis Gagné. La Franco-Ontarienne se dit particulièrement ravie de retrouver SylDan, duo avec lequel Mme King a écumé le Québec.

Carol Ann King a délaissé la scène il y a trois ans, et son nom ne figure pas sur l'affiche... mais l'ex-chanteuse ne résistera à l'envie de s'intégrer aux «surprises» de la soirée, en entamant un petit duo mère-fille, avec sa Majesté Marie.

Pour y aller

Quand ? Dimanche 6 août, 19h

Où ? Stationnement du Casino du Lac-Leamy

Renseignements : countrygatineau.com




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer