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Boogat lancera bientôt un nouvel album, imprégné de ses racines latino-américaines.

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Le mot « particulier » est faible pour décrire le parcours artistique et personnel de Boogat depuis dix ans. Ce fils d'immigrants né à Québec a commencé à connaître le succès lorsqu'il est passé à l'espagnol, sa langue maternelle. Et depuis, sa carrière a pris son envol à l'international. 

Depuis juin, l'artiste s'est produit au Portugal, en Espagne, en Allemagne et en Suisse. Aux États-Unis, il s'est promené à San Francisco, Los Angeles, Santa Cruz, Seattle, Chicago... Sans oublier le Canada anglais, qui s'est ouvert à lui lorsqu'il a remporté en 2016 le Juno du meilleur album de musique du monde grâce à son opus précédent, Néo-Reconquista.

« Le Félix du meilleur album de musique du monde [qu'il a gagné deux fois, en 2013 et en 2016], ça n'a pas fait de grosse différence pour moi ici. Mais le Juno, oui. Le soir même - pas le lendemain ! -, j'avais plein de courriels d'offres de spectacles du côté du Canada anglais. Des diffuseurs me disaient attendre une nouvelle comme ça pour m'inviter. »

« J'ai fini par comprendre, avec mon agent [Valeo Prod, d'Ottawa, le même qu'A Tribe Called Red], que je pourrais difficilement donner plus d'une quarantaine de spectacles au Québec par année (et je compte les premières parties là-dedans). Ce n'est pas une critique : je constate simplement que c'est comme ça. Dès ce moment-là, nous avons commencé à développer à l'international. »

Le succès actuel est un beau retour de balancier pour celui qui, peu après la sortie de Néo-Reconquista, est parti vivre une année complète au Mexique, avec conjointe et enfants. Une façon pour lui d'aller encore plus loin dans son retour aux racines (démarche amorcée quand il a adopté la langue de Cervantès dans ses chansons), mais aussi de se rapprocher du public latino-américain.

Les effets n'ont d'ailleurs pas tardé à se faire sentir. « Pendant cette année-là, j'ai donné des spectacles aux États-Unis tous les mois. Et lorsque je suis revenu pour quatre spectacles au Canada pendant l'hiver, les salles étaient complètes. Mais 80 % de mes revenus, je les ai faits à l'étranger. «

Boogat explique ce qui lui arrive en ce moment par un mélange de planètes bien alignées, de maturité artistique âprement acquise et d'authenticité dans sa démarche. En allant vivre au Mexique et en réalisant son plus récent album (à paraître le 29 septembre) avec des gens de là-bas, le musicien démontre qu'il ne fait pas que se réclamer de la culture mexicaine et latino-américaine : c'est bel et bien la sienne, même s'il a grandi dans les bancs de neige.

«Parce que j'ai fait le move d'aller vivre là-bas, je pense qu'on me prend plus au sérieux, ici comme ailleurs. Du moins, c'est mon interprétation.»

Les premiers albums de Daniel Russo Garrido (Tristes et belles histoires en 2004 et Patte de salamandre en 2006) étaient en français. Contaminé dans son enfance par l'importance de la promotion et de la protection de la langue de Molière, le jeune homme n'avait aucunement hésité à la choisir au moment de signer ses premiers textes.

Avec le recul, Boogat se rend bien compte qu'il n'avait pas les référents culturels francophones nécessaires, même s'il parle français avec l'accent québécois.

«Mes parents n'ont pas écouté Félix Leclerc à la maison quand j'étais petit. C'est très bon, Félix, mais ça ne me fait pas vibrer. Même chose pour une bonne partie de la musique québécoise. Mon séjour au Mexique a confirmé que j'étais plus latino-américain que je le pensais. Ça m'a réconcilié avec ce sentiment que j'ai longtemps eu ici de ne pas faire partie de la gang.»

Rattrapé par ses racines

Bref, ce sont les racines qui ont fini par le rattraper. Le déclic s'est fait lors d'une tournée de spectacle avec le Roberto Lopez Project, groupe de musique latine, avec lequel il tenta ses premières interprétations en espagnol. La réaction du public lui a vite confirmé qu'il était sur la bonne voie.

À Mexico, Boogat n'était pas en terrain inconnu, la famille de sa mère habitant le sud de la ville. «Il a tout de même fallu une adaptation, surtout pour ma conjointe et mes enfants. Là-bas, on ne traite pas les femmes de la même manière. Elles doivent se protéger. Même chose pour les enfants : tu ne les laisses pas s'éloigner à plus de cinq mètres de toi. Il y a malheureusement des lignes qu'on ne dépasse plus ici qui sont encore dépassées là-bas.»

Boogat est aussi parti parce qu'il avait envie de travailler avec un producteur argentin établi à Mexico, Andrés Oddone. Ce dernier a fait éclater toutes les idées préconçues du Québécois.

Son prochain album, San Cristobal Baile Inn, sera donc plus fortement imprégné de la culture latino-américaine, tant dans les textes que la musique. Par exemple, Mezcalero Feliz, le plus récent extrait, parle du mezcal, cette boisson alcoolisée réalisée à partir de l'agave, et dont la tradition de fabrication se transmet de génération en génération. Le son de flûte qui ponctue la chanson fait penser au folklore autochtone du Mexique.

Mais même si styles musicaux du sud du continent seront plus présents, Boogat a toujours le souci de créer quelque chose de moderne et de nouveau, comme il le faisait lorsqu'il habitait Montréal. 

«C'est un disque avec quand même pas mal d'électronique. Et je dis, dans mes textes, des choses qu'on n'entend pas là-bas, qui viennent d'une mentalité plus libérée ici. Les Mexicains me demandent d'où je viens lorsqu'ils m'entendent pour la première fois. Il y aura aussi plus de rap, car ce genre est intégré partout là-bas. «

Voyage, amour et badineries à la mexicaine sur certains travers de la société sont aussi à son menu. Terminé depuis six mois, l'album a déjà laissé transpirer quelques extraits en spectacle. Mais Boogat a aussi beaucoup remanié les chansons de Néo-Reconquista, qu'il promène pour un troisième été.




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