Dylan, sans compromis

Bob Dylan a offert un spectacle de deux... (Archives, Agence France-Presse)

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Bob Dylan a offert un spectacle de deux heures à ses fans, jeudi soir, au Centre Canadian Tire.

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CRITIQUE / De la sécurité drastique pour pénétrer au Centre Canadian Tire aux furtifs saluts finaux, tout fut question de distance savamment calculée au concert de Bob Dylan, jeudi soir.

Distance non négociable avec les journalistes dont les accréditations furent refusées pour critiquer le spectacle ; distance préventive avec les spectateurs qui, pour entrer dans l'aréna, étaient sommés de laisser appareils photo, ordinateurs et sac-à-dos dans leur voiture. Mais aussi équidistance hygiénique entre les cinq musiciens, brillantissimes sans bouger d'un iota de leur poste ni interagir pendant les deux heures - pile ! - du concert. Enfin, et c'est peut-être le plus éloquent, retrait complet de Bob Dylan sur scène, tantôt terré derrière son piano tantôt préférant raser le fond du plateau. 

Légende peut-être farouche, mais légende tout de même... Son effacement timide n'était, en définitive, qu'un leurre : sa voix caverneuse à souhait et sa musique volcanique n'ont eu aucune peine à emplir l'aréna devant un public à l'écoute médusée.  

Sans compromis, sans aucun merci ni salamalecs, le nobélisé a réservé ses génuflexions à son piano, qu'il honorait assis ou à moitié debout avant de promener sa crinière bouclée à l'arrière-scène. 

Concert à l'os qui ne garda que l'essentiel : 20 chansons tout rond, deux rappels expédiés après trois minutes d'applaudissements, le tout ficelé en deux heures de prestation montre en main. Voilà une mécanique de montre suisse que rien n'enraye, un procédé répété de concert en concert où l'ordre des chansons ne varie guère : ouverture debout au piano sur Things have changed, puis enchaînement, assis, avec Don't think twice, it's all right et vrai démarrage vocal sur Highway 61

Sans temps mort

Bob Dylan y dégaine toute la puissance de sa voix de ferraille, bagarreuse mais capable aussi de se faire caoutchouteuse. Preuve de son adoucissement (relatif) avec Why try to change me now, une reprise de Cy Coleman où Dylan crooner ne lésine pas sur les postures de circonstance : micro penché, jambes écartées, mais toujours doté de cette voix reconnaissable entre mille. 

Deux heures pour déployer tout le savoir-faire d'un groupe en matière de musique populaire américaine : sans temps mort ni adresse au public, le répertoire a déroulé grands classiques (Blowin' in the wind), titres des plus récents albums (l'excellent Duquesne Whistle tiré de Tempest, ou encore Stormy Weather et Once upon a time du tout dernier album Triplicate) mais aussi reprises d'autres légendes (Autumn Leaves d'Yves Montand clôt magnifiquement le concert). 

S'il ne fallait retenir qu'une image de la soirée ? Cet unique briquet allumé pendant le concert, flamme vacillante et solitaire accompagnant furtivement Stormy weather

Les temps ont changé : plus personne ne fume et les écrans des cellulaires, qui ont remplacé les briquets, étaient bannis. Cette distance voulue par Bob Dylan ne serait-elle pas finalement un hors temps nécessaire pour préserver sa propre légende ?




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