Catherine Leduc à coeur ouvert

Avec son nouvel album Un bras de distance... (Archives, La Presse)

Agrandir

Avec son nouvel album Un bras de distance avec le soleil, la Bécancouroise d'origine Catherine Leduc poursuit, en la poussant plus loin que jamais, l'introspection créatrice amorcée dans son premier album solo.

Archives, La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François Houde
Le Nouvelliste

Trois-Rivières - Catherine Leduc lançait récemment Un bras de distance avec le soleil son second album solo après Rookie en 2014. Quand on lui demande quand elle a commencé à travailler sur ce nouvel opus, elle répond : « Probablement le lendemain de la sortie du précédent », avant d'éclater de rire. Voilà qui en dit beaucoup sur sa candeur, sur la place de la création dans sa vie, sur la lucidité qui l'anime sous des dehors badins et sur son processus de création inextricablement lié à sa vie même.

C'est vrai qu'elle s'y est mise aussitôt Rookie lancé. « Un lancement d'album, c'est beaucoup d'émotions intenses et j'ai appris ces dernières années à me nourrir de ces émotions-là, au moment où elles surviennent. C'est au moment où on les vit que je les trouve intéressantes et que j'arrive à en faire quelque chose de créatif. »

« Je suis devenue plus sensible à ma sensibilité. » Encore là, elle rigole de la formule, pourtant bien jolie. « Je n'attends pas l'inspiration : je suis toujours à l'affût. Si je vais voir un spectacle, bien souvent, je vais écrire au retour pour bien cerner l'émotion que la musique m'a donnée. L'idée, c'est d'attaquer l'émotion tout de suite. C'est un filon qui fonctionne bien pour moi. Si je laisse le temps passer, l'émotion se perd et je ne peux rien en tirer d'intéressant. »

Un bras de distance avec le soleil est donc un album introspectif puisant sa matière dans le coeur même de sa créatrice, paroles et musiques. « C'est vrai que c'est une démarche qui concerne autant l'individu que je suis que l'artiste. Dans cet album, je suis dans l'analyse de ce que je fais dans ce milieu de la musique, de ce que ça m'apporte, comment ça me confronte, etc. Je parle aussi de ce que c'est que d'exposer ses émotions au public comme je le fais. »

Très lucide, elle est pleinement consciente du paradoxe inhérent au métier qu'elle a choisi. « Je suis très sensible et la réaction des gens à mes chansons peut être aussi douloureuse que satisfaisante. Ça peut être très dur quand les commentaires sont négatifs et pourtant, c'est un processus que je souhaite et que je répète. Qu'est-ce que ça révèle de moi ? Je cherche à être aimée, sans doute, mais en même temps, être aimée par du monde que je ne connais pas, ça n'a pas tellement de sens. J'ai plusieurs bons amis autour de moi qui me donnent un amour vraiment nourrissant et sur lequel  je peux compter contrairement au public qui peut t'aimer un jour et plus du tout un mois plus tard. »

« Une part de moi voudrait que tout le monde m'aime mais en même temps, si les réactions étaient unanimement positives, ce serait une très mauvaise nouvelle parce que si on est vraie, on ne peut pas plaire à tout le monde. »

Derrière ces mots se dessine le sens du titre même de son album qui réfère à la relation à la gloire. « Le soleil est un astre qui attire mais il faut comprendre à quelle distance de lui on doit rester pour ne pas se brûler. »

La jeune interprète candide de Tricot Machine paraît loin. Le succès a été exceptionnel mais certaines critiques ont été inexplicablement cruelles, particulièrement à son égard. « Les dix dernières années ont été tout un parcours, convient la femme aujourd'hui âgée de 37 ans. J'ai vécu de grosses émotions, autant de bonnes que de mauvaises. Je pensais que je deviendrais moins sensible à la critique avec le temps mais ça me fait encore quelque chose. C'est bon signe : je suis forte mais pas blindée. Je ne veux pas devenir cynique, j'aime que mon coeur soit mou. Je veux sentir les choses parce que la force créatrice, c'est là qu'elle se trouve. »

Ces dix années ont été bénéfiques à l'artiste dont l'écriture a évolué, comme en témoigne intensément Un bras de distance avec le soleil. « Depuis que j'ai ma démarche solo, j'écris beaucoup plus qu'avant. C'est comme un entraînement : à force d'écrire, tu deviens plus habile. J'ai fait toutes sortes de petites découvertes en jouant avec les mots, les rimes, les images. Il me fallait développer ça parce que mon écriture fonctionne beaucoup à l'intuition, aussi bien pour les paroles que la musique. Il faut une certaine technique pour donner forme aux idées. »

« Je constate que je vais plus loin dans mes images. Mes premières chansons, je les écrivais dans un premier jet et je refusais de les modifier. Maintenant, je peux les travailler longtemps. Quand une tournure me semble un peu bancale, je vais la retravailler jusqu'à ce qu'elle soit d'aplomb. Je retire une plus grande satisfaction de mes textes et avec ce nouvel album, je peux dire que c'est la première fois que je ressens une aussi grande impression d'aboutissement. »

Rookie était déjà très intime mais elle a fait un pas supplémentaire. « Les chansons sont très liées les unes avec les autres. Les sujets et les images se recoupent d'une à l'autre. Je pense à l'image de la mer qui revient et à plusieurs métaphores puisées dans des éléments géographiques. À travers eux, je parle de mes peurs, de mes doutes, de mes contradictions, de mes incertitudes. J'y exprime comment je me perçois dans ce drôle de monde de la musique. Je m'y sens encore maladroite avec mon style un peu marginal dans une industrie où il n'y a pas tant d'ouverture à ce qui n'est pas conventionnel. Je suis encore en train d'apprendre à aimer ma position, à m'aimer moi, dans mon obstination à présenter quelque chose d'aussi vrai et sincère que possible. »




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer