Les chants des bums

Safia Nolin, lors de l'enregistrement de la chanson... (Courtoisie, Christian Leduc)

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Safia Nolin, lors de l'enregistrement de la chanson Va-t-en pas, qui se retrouve sur le disque Desjardins, hommage collectif à Richard Desjardins. De gauche à droite: le réalisateur du disque Philippe B, le musicien Joseph Marchand (Forêt), le producteur et patron de 117 Records Steve Jolin et l'ingénieur du son Pierre Girard.

Courtoisie, Christian Leduc

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Sous le nom d'Anodajay, son avatar de rappeur, le patron de l'étiquette de disques 7ième Ciel Steve Jolin, avait, pour sa chanson L'Homme de bois, échantillonné Les Yankees de Richard Desjardins. Un premier clin d'oeil destiné à témoigner de son immense considération pour l'oeuvre de son quasi-voisin, Steve Jolin étant, à l'instar du grand poète abitibien, un fier résident de Rouyn-Noranda.

Sur le même album, Anodajay signait aussi Le beat à Ti-Bi... hommage à l'autre gloire locale de la poésie, Raôul Duguay. Plus récemment (en 2011), le rappeur faisait découvrir Diane Tell à une nouvelle génération, à travers la chanson Jamais su, échantillonnant Souvent, longtemps, énormément, de Mme Tell. 

Tout ça pour dire que Steve Jolin est depuis longtemps mû par cette volonté d'ancrer sa musique dans celle de ses aînés. Par ce souci de tisser des liens intergénérationels. À l'heure où paraît Desjardins, disque hommage réunissant 14 personnalités vocales marquantes de la scène musicale québécoise, et projet dont il est l'initiateur et le producteur, cette fois via l'étiquette 117 Records, on s'interdit de douter de ses louables intentions.

L'idée de cet hommage collectif lui est venue à l'été 2015, dans la foulée du 25e anniversaire de l'album Tu m'aimes-tu. « Les gens savent que c'est un de nos plus grands poètes, un artiste libre, très intègre, qui [demeure] en marge de ce qu'on nous offre à la radio et à la télé », évalue Steve Jolin... selon qui le grand public ne connaît toutefois pas l'oeuvre, dense et touffue, de Desjardins aussi bien qu'elle le mérite. 

« Je me suis dit que ça pouvait être intéressant de le faire découvrir à la jeune génération. » 

Pour ce faire, le passeur était convaincu qu'il devait réunir non pas les coqueluches commerciales de la pop, mais bien le gratin de cette « jeune génération d'artistes qui sont, disons, un peu la descendance de Richard Desjardins [car] l'écriture est au centre de leurs oeuvres. On reste dans le même esprit ». 

Moins un exercice d'« admiration », que de filiation, donc. Même si les vagabonds choisis pour se réaproprier les tounes vouaient tous - sans surprise - un « immense respect » à l'auteur du Chant du bum. Ainsi, se relaient au micro les Soeurs Boulay, Klô Pelgag et Safia Nolin, autour de Philppe B. à la réalisation. On passe aussi de Fred Fortin à Yann Perreau, de Bernard Adamus à Philippe Brach, d'avec Pas d'casque à Keith Kouna. Ou encore Koriass, qui ose transformer en rap M'a mettre un homme là-dessus... 

Le disque est « un peu [notre] façon de lui dire 'Merci !' ». Les interprètes ont eu carte blanche, ou presque. Ils ont librement pu apporter leurs idées, eu leur mot à dire sur le choix des instrumentations et des arrangements. « C'était important qu'ils refassent les chansons à leur manière », fait valoir Steve Jolin. Il n'était évidemment pas question de trahir le poète, mais des relectures tièdes, scolaires, n'auraient eu aucun sens à ses yeux. 

Sauf qu'il voulait offrir l'échantillon le plus représentatif possible de la vaste discographie de Desjardins. C'est donc lui qui, par souci d'« équilibre », a choisi les chansons, s'assurant de « varier les styles », entre rock et chansons d'amour, entre « celles qui ont un peu plus de punch, et celles qui ont plus de vibe ».

Il a ensuite laissé à son acolyte Philippe B. le soin de jumeler les pièces avec chacun des artisans qu'ils avaient dans leur mire. « Il a très bien su imaginer le genre de chanson que chacun pouvait rendre. Ce sont des des fits vraiment très naturels », même si certaines versions sembleront « surprenantes », voire « destabilisantes », au premier abord.

« Enracinés » 

L'autre capitaine de ce « paquebot géant » n'a pas été choisi au hasard : Philippe B., comme Steve Jolin, a le coeur « enraciné » à Rouyn. Comme toute l'équipe de production, du reste : que ce soit le photographe (Christian Leduc), l'illustratrice de la pochette (Karine Berthiaume), ou le vidéaste Éric Morin qui a signé le clip du premier extrait (l'emblématique Tu m'aimes-tu, repris par Fred Fortin). Et tous partagent ce même « sentiment d'appartenance très fort avec l'oeuvre de Richard Desjardins ».

« C'était un gros défi. [...] Son oeuvre est intimidante. » Tout au long du processus, « j'avais un peu la chienne - comme tous les artistes qui ont participé, parce que c'est un géant, pour nous, un intouchable, presque... et qu'une [simple] imitation n'aurait pas été bien perçue. » 

La première étape aura toutefois été d'avoir l'approbation du poète. 

Le fait que le projet naisse sous les auspices de l'unique étiquette de disques abitibienne, 117 Records, fondée par M. Jolin en 2014, n'aurait pas déplu a M. Desjardins, qui lui a rapidement donné sa bénédiction. Et lui a accordé sa confiance, puisqu'il n'a jamais demandé à écouter les chansons à l'avance, avance le producteur.

Les premiers échos sont pourtant « très favorables », et l'album connaîtra même une version scénique : Desjardins, on l'aime tu ! sera présenté sur les Plaines d'Abraham, le 6 juillet, en ouverture du Festival d'été de Québec. « C'est une grosse production, ça ne sera pas facile de partir en tournée ! », reconnaît Steve Jolin, en laissant toutefois entendre qu'il n'a pas abandonné l'idée.




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