Voyages en deux faces

Geoffroy... (Martin Roy, Le Droit)

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Geoffroy

Martin Roy, Le Droit

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Entre journal intime et road movie musical, Geoffroy déploie les 11 titres de son premier «long jeu» comme autant de reflets de ses périples en terres étrangères et des séjours au coeur - et au corps - du quasi-trentenaire qu'il est. Ainsi, l'auteur, compositeur et interprète de 29 ans a développé Coastline en effets miroirs teintés d'une sensualité à fleur de mots assumée, dans le plus pur esprit des deux faces d'un vinyle.

Geoffroy savait d'entrée de jeu que Thirsty serait le point d'orgue de son album. Tout comme il sentait que Day At The Museum, plus contemplative, marquait une transition.

«Elle est donc devenue la dernière pièce de la face A du vinyle [lancé vendredi, en même temps que la version cédé et numérique de Coastline], raconte le musicien. Elle concluait un cycle, celui des chansons que j'avais créées avec Max-Antoine Gendron, dans la foulée de Soaked In Gold, le EP que j'ai sorti il y a un peu moins de deux ans, tout en permettant de passer de l'autre côté, et aux tounes créées avec Gabriel Gagnon, entre autres, comme Call Of The Wild et Bad Habit

Or, si ces chansons 'rectos' l'ont amené «ailleurs» sur le plan de la créativité, elles s'écoutent en quelque sorte comme les versos de Sleeping On My Own, Trouble Child ou encore la pièce titre par exemple, par les thèmes explorés.

À l'autre bout du fil, quand on lui en fait la remarque, l'artiste marque une pause, soudain étonné de «prendre conscience de quelque chose comme ça», en lien à ce qu'il a lui-même conçu. «Je ne l'avais pas perçu de cette façon, en faisant le pacing du disque, mais c'est vrai que les chansons se font écho, d'une face à l'autre!» lance Geoffroy, à l'autre bout du fil.

La musique d'abord, les mots ensuite

Pour lui, tout part néanmoins de la musique. Qu'il crée en collégialité, pour repousser les limites de la musique électro qu'il a adoptée.

«J'avais envie de [sonorités] organiques, donc, de vrais synthés, de vraies percussions, pour donner de la chaleur. Et puis, on a ajouté des lignes de clarinette basse et de flûte traversière, parce que ça sonnait bien, que ça apportait 'la' touche de plus qui faisait que tout collait.»

Mais si Geoffroy crée en collégialité ses mélodies, il se replie vers lui-même, dans ses quartiers privés, quand vient ensuite le temps de mettre des mots sur les notes.

«Je rentre chez nous avec les maquettes des chansons et je me branche sur ce que la musique évoque et fait remonter comme émotions ou souvenirs à la surface. Je n'ai pas de textes pré-écrits, en tout ou en partie, ni de messages. Ça commence par une idée de paysage qui s'imprime dans ma tête, qui se transforme en chantonnements, qui eux deviennent des mots dont les syllabes tombent à la bonne place», explique-t-il.

Bref, il développe ses chansons comme d'aucuns développaient leurs photos de voyage à l'époque où seule existait la photographie argentique.

«Je ne sais jamais ce que je vais capter, ce qui va apparaître, ressortir du travail d'écriture, mais je me suis mis au défi, émotionnellement parlant, de faire face à ce qui venait, sans nécessairement me censurer», révèle-t-il.

Une relation - «difficile à terminer», avoue-t-il sans fard - et, du même souffle, l'éternel tiraillement entre le désir d'être en couple et celui de profiter du célibat, le besoin d'aimer en opposition à la nécessité de se «sentir totalement libre», le voyage le long des côtes mexicaines comme métaphore d'un choix qu'il savait devoir faire, après avoir longé une mer d'indécision trop longtemps.

«Ensuite, j'essaye évidemment de rendre les choses ambiguës, pour ouvrir aux interprétations. Est-ce que je parle de peine d'amour ou de maladie? Moi, je sais, mais je déguise les mots pour permettre aux gens de s'approprier ce que je raconte, de s'y projeter.»

Déployer tout un musée sur une note d'oiseau

Et puis, capter quelque chose, pour Geoffroy, ça veut parfois aussi dire enregistrer les oiseaux se promenant sur la dizaine de guitares dans l'installation from here to ear de l'artiste visuel et musicien français Céleste Boursier-Mougenot, lors d'une visite au Musée des beaux-arts de Montréal en 2015.

«Day At The Museum a commencé par des échantillonnages de ce que j'avais enregistré sur mon téléphone à ce moment-là, mentionne Geoffroy en rigolant. Max et moi, on est parti d'une note produite par un des oiseaux sur une des guitares pour bâtir toute la pièce, qui est presque une instrumentale, justement.»

Résultat? «C'est probablement mon titre préféré du disque!» clame-t-il fièrement.

Du studio à la scène

Le chanteur et musicien se prépare maintenant à prendre la route, à faire voyager Coastline en spectacle. «Pendant qu'on était en studio, j'avoue que je n'ai pas trop pensé à comment tout ça allait se transposer et vivre sur scène. Je me suis permis de créer ce que je sentais, en me disant que j'allais me démerder avec la prestation live après. Mais là, le après, ben, c'est maintenant!»

En compagnie de ses éternels complices Alex Ouellette et Phil Creamer, avec lesquels il joue de la musique depuis qu'il a 12 ans, Geoffroy peaufine donc le passage de ses chansons du studio à la scène. «Comme on sera juste trois en spectacle, et qu'il y a beaucoup de textures et d'instruments sur l'album, on est en train de déterminer ce qu'on va chacun s'approprier comme lignes mélodiques dans les différentes pièces et ce qui relèvera de samples

Là encore, le côté organique sera de la partie. Ne serait-ce que parce que pour lui, rien ne vaut l'expérience de se retrouver devant le public. «Rien n'égale pour moi cette connexion avec la foule, mais aussi entre nous, musiciens, quand je me retrouve sur une scène à jouer de la musique.»

Il y a aussi, et peut-être surtout, la satisfaction de savoir que si certains l'ont découvert à La Voix, en mode folk épuré, et dans une aventure qui, convient-il, «n'était pas vraiment [s]on créneau», ceux qui le suivent aujourd'hui le font «parce qu'ils sont vraiment intéressés» par ce qu'il compose.




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