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Leif Vollebekk: ressentir la musique plutôt que la réfléchir

La nouvelle philosophie de Leif Vollebeck est de... (Archives, La Presse)

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La nouvelle philosophie de Leif Vollebeck est de faire de la musique plus viscérale, plus ressentie et plus clairvoyante.

Archives, La Presse

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Moins réfléchir à ce qu'il écrivait et composait pour plus ressentir la musique qu'il avait envie, voire besoin, d'exprimer. «Et, surtout, la suivre là où elle me menait, sans craindre ce que les autres pourraient penser de moi en l'écoutant!» clame Leif Vollebekk. Voilà l'esprit de liberté dans lequel Twin Solitude, le troisième album de l'auteur-compositeur-interprète ayant grandi à Ottawa, a vu le jour.

«Quand j'ai atteint mes 30 ans, il s'est passé quelque chose de physique, de presque viscéral: j'ai réalisé que ma musique ne correspondait pas complètement à qui j'étais...» raconte Leif Vollebekk, quelque deux ans après avoir franchi ce cap «important». 

Alors? Alors, il a laissé «tomber les barrières» entre la musique qu'il aime écouter (les Beatles, Ray Charles, The Killers) et celle qu'il créait en se collant plutôt à Joni Mitchell et à Neil Young, entre autres influences et références. 

«Je n'avais encore jamais su concilier ces deux pôles, parce que dans la vingtaine, j'avais établi des paramètres dans lesquels je croyais que je devais créer, produire ma musique», affirme-t-il.

L'interprète et multi-instrumentiste s'est donc permis, dans un premier temps, de reprendre Ray Charles et Townes Van Zandt sur scène. «Ça m'a permis de jouer plus librement, sans avoir à expliquer ma démarche ou ce qui avait inspiré la chanson que je reprenais. J'ai vite réalisé à quel point ça m'avait manqué, cette sensation de juste faire de la musique pour la partager avec le public!»

Comme un pouls

Leif Vollebekk a, dès lors, lâché prise. Pour mieux se donner la possibilité d'écrire et de composer comme il «entend» et «ressent» la musique. Comme un pouls.

«C'est justement ce que j'aime de Ray Charles, de Prince, du Motown: ces mots et notes qui respirent, qui battent, qui rythment ce qui doit se dire», fait-il valoir.

Bref, il a laissé surgir ce qui sourdait en lui. Sans tenter d'endiguer, de diriger, de mesurer outre mesure ce qui se créait.

«J'ai écrit et composé pour moi, sans trop réfléchir, sans rien formater, presque sans but. J'ai d'ailleurs été un peu surpris de ce qui est sorti de manière aussi inconsciente...»

Et pourtant, il assume. Tout.

«Plus jeune, je me demandais si je voulais que les gens pensent telle ou telle chose de moi en fonction de ce que je racontais dans mes chansons. Je réalise aujourd'hui qu'il n'y a rien de gênant à partager des trucs plus intimes, parce que les gens peuvent s'y reconnaître.»

Ainsi, il se dévoile sur Twin Solitude avec une sérénité qui l'étonne presque lui-même.

«Avant, j'aurais hésité à me révéler autant et j'aurais fini par changer certains mots. Cette fois, j'ai laissé les choses telles qu'elles sortaient, sans trop les travailler. Et, surtout, sans trop les psychanalyser!» 

En fait, Leif Vollebekk avoue qu'il a «trop longtemps intellectualisé [s]on processus de création, en favorisant une logique» dans ses chansons. Insatisfait, le trentenaire s'est rendu compte qu'il n'arriverait à rien s'il poursuivait dans cette veine, pour la suite des choses. Avec pour résultat qu'il a accepté de ne pas tout comprendre, ni de tout contrôler, pendant le processus de création de son nouvel album. 

Ainsi, Elegy l'a surpris alors qu'il roulait à vélo dans les rues de la métropole. Les accents méditatifs de Michigan ont jailli d'une guitare mal accordée. Into The Ether a pris son envol alors qu'il s'amusait avec un synthétiseur.

Maturité et patience

Tout ce qu'il souhaitait, au fond, c'était créer une bulle. À l'instar de celle dans laquelle il trouvait lui-même refuge en écoutant Pink Moon de Nick Drake, soir après soir, quand il se retrouvait fin seul dans sa chambre, durant sa précédente tournée.

Il aspirait à toucher à une forme de sérénité.

«J'ai la sensation d'avoir laissé aller quelque chose. Tu me demanderais quoi, précisément, que je ne pourrais pas te répondre... Mais je me suis rendu vulnérable, j'ai arrêté de me poser toutes sortes de questions inutiles et j'ai compris que la musique est l'endroit où je peux me tenir droit et d'où je vois les choses plus clairement», soutient le bachelier en philosophie de l'Université d'Ottawa.

Pour l'enregistrement, qu'il voulait organique, Leif Vollebekk a notamment pu compter sur un autre musicien de la région: Olivier Fairfield (Timber Timbre), présent principalement à la batterie (sur six des 10 pièces), mais aussi au piano sur East Of Eden. La harpiste Sarah Pagé (The Barr Brothers) fait elle aussi entendre les cordes sensibles de son instrument, sur Rest, berceuse de plus de huit minutes qui clôt le disque. 

«Tout le monde était en studio en même temps et chaque prise s'est faite live, raconte Leif Vollebekk. Au final, je n'ai gardé que les prises qui me touchaient le plus.»

D'où une version épurée et alanguie d'Elegy. «Avec le recul, je me suis rendu compte que le tempo de mes deux premiers albums est plus rapide parce que je me disais que ça coûtait cher, le temps en studio, et qu'on devait donc tout jouer plus vite pour maximiser notre temps. Là, j'ai misé sur la patience. Pour permettre aux chansons de respirer. La vie va déjà assez vite comme ça, de toute façon, alors pourquoi ne pas se donner un peu d'espace pour souffler tous ensemble?»

Sans désavouer Inland (2010) ni North Americana (2013), Leif Vollebekk se dit «particulièrement heureux» à l'idée que plusieurs le découvriront peut-être grâce à Twin Solitude. «Ce disque, c'est moi. C'est comment j'entends la musique. Comment j'ai envie de la vivre.»

Et de la faire vivre sur scène. L'Ontarien se rendra d'abord outre-Atlantique pour une série de spectacles qui le mènera d'Oslo à Londres, avant qu'il ne rentre au bercail, à Ottawa, le 14 avril.

Pour y aller

Le 14 avril, 20 h

First Baptist Church

spectrasonic.com




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