Thomas Fersen, plein champ

Un coup de queue de vache, Les petits sabots, Un lièvre, La cabane de mon... (Courtoisie)

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Courtoisie

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Un coup de queue de vache, Les petits sabots, Un lièvre, La cabane de mon cochon, Dans les rochers de Beg-an-Fry... Thomas Fersen n'a pas d'équivalent pour donner à ses chansons des titres puisant dans ces odeurs champêtres, ce bestiaire rural et ces noms de lieux qui lui sont proches.

Après trois ans et demi d'absence discographique, on ne se surprendra pas de le voir revenir survolant une ville à dos de vache. C'est bien au premier degré qu'il convient d'appréhender la pochette de ce dixième album. Thomas Fersen, dandy rêveur, façonneur d'univers à dimensions ludique et humoristique, n'en finit pas d'être l'artiste ami des bêtes. De toiser les modes. D'opposer au cynisme ambiant cet alliage de désinvolture et d'intelligence littéraire qui, au fil des dernières décennies, a forgé sa musique. 

Thomas Fersen est chanteur mais il aurait très bien pu être conteur, la voix réglée sur un murmure envoûtant. Écoute.

«Le disque s'est fait autour d'une chanson, Les petits sabots, raconte l'artiste français joint à Paris. C'est l'histoire d'une petite fille qui s'en va dans les bois plutôt que de jouer avec ses camarades. Elle part se cacher dans un buisson et  imagine recevoir, dans un salon, des animaux - tels le lièvre, le hérisson - dont elle sert des feuilles à manger». Les saisons passent.

«On la retrouve plus tard : elle a grandi, on la voit dans les bras de son amoureux dont elle reçoit des baisers, son amoureux au cou de chevreuil, et dans ces baisers, elle retrouve son buisson et son paradis perdu», poursuit l'artiste.

ostéopathie et pachanga 

Romantisme bucolique de petite fille en fleur un peu gnangnan ? Que nenni ! Autour de cette fillette sauvage, apparaît son frère, «benjamin de la famille aux portes de l'adolescence», émoustillé à la vue du moindre pis. Et Thomas Fersen de filer la métaphore ardente de circonstance dans la chanson Tu n'as pas les oreillons

Quant à la soeur aînée, elle est partie en ville faire du striptease dans un cabaret (Big Bang). «Le père, lui, est affligé d'un mal de dos dû à la pénibilité des travaux des champs...», précise son auteur. Qui d'autre que Thomas Fersen aurait imaginé, pour soigner le mâle, une séance d'ostéopathie en caleçon fantaisie, sur fond de pachanga ?

L'auteur-compositeur-interprète n'en fait qu'à sa tête, avec cette avec manière unique de jouer de la langue pour raconter des fables quotidiennes décalées.

Il convoque aussi bien un coq qu'un homard, qui finiront tous deux en cocotte. Et nous rétorque : «Quand on est animal comestible, il faut se résigner avec une certaine bonhomie, à son destin...»

Tous les aficionados de Thomas Fersen vous le diront : cet album renoue avec la trame musicale des fastes années, celles du Jour du Poisson et de Qu4tre

Fred Fortin et les copains

Pas étonnant, donc, que la réalisation d'Un coup de queue de vache ait été confiée à Joseph Racaille, un complice de longue date et arrangeur des disques de Fersen dans les années 1990.

«Je me suis entouré de personnes qui ont compté dans ma trajectoire. Il y a chez eux une curiosité enfantine, une vivacité d'esprit et une envie de faire des blagues qui est le dénominateur commun aux gens que je fréquente».

Parmi eux, on retrouvera le Québécois Fred Fortin, réalisateur de son album Trois petits tours (2008), arrangeur de quelques chansons sur Je suis au paradis (2011) et batteur à l'occasion d'une tournée en France.

«Fred a un sens du sacré que je partage avec lui, cette mystique de la nature et un goût pour les chansons narratives.» Témoignage de son amitié, la reprise de la mélancolique Testament, de Fred Fortin, se fraie un chemin à contre-courant des autres chansons.

«Elle met en scène un paysan qui trouve sa place parmi mes personnages de campagne, précise Thomas Fersen. Acculé par la misère, il met le feu à sa famille et à sa maison puis cherche une explication à l'absurdité de la vie en interrogeant la forêt». 

Un cousin germain de ses personnages, «toujours au bord de la folie», «un peu illuminés», en somme.

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