Yao, de regrets en célébration

Fini, les jeux de façades, pour Yao. Sur son nouvel album, Lapsus, tous... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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Fini, les jeux de façades, pour Yao. Sur son nouvel album, Lapsus, tous les textes ont été rédigés d'une traite, sur le coup du premier jet.

Si Yaovi Hoyi s'est imposé ce processus proche de l'écriture automatique, c'était pour s'obliger à se livrer davantage, le plus honnêtement possible. Pour retrouver une certaine vérité, puisée à même l'inconscient, en s'interdisant les retouches pouvant permettre à l'artiste de lisser ou reprendre le contrôle de l'image de soi qu'on a projetée sur le papier. Pour creuser « l'envers de la médaille », cette facette brillante de joyeux philosophe qu'il a défendue sur scène pendant trois ans, avec la tournée de Perles et paraboles

Et pour se libérer, aussi.

Car son précédent disque a rencontré un indéniable « petit succès », donnant à l'Ottavien d'origine togolaise une « belle visibilité ». Il lui aura notamment permis de traverser la francophonie canadienne « d'Edmonton à Charlottetown et Halifax, en passant par Montréal » et de se faire découvrir en France - où il a été signé par une maison de disques, en janvier dernier. 

Yao s'en réjouit, bien sûr, mais il n'a pu s'empêcher d'être un peu tétanisé par la « pression » liée aux éventuelles attentes du public. « J'ai le sentiment que cette fois les gens vont [...] vraiment prêter attention aux paroles. » 

L'artiste et producteur s'avoue anxieux à l'idée de découvrir si ce nouveau matériel parfois «déroutant» saura consolider sa réputation, ou si Perles et paraboles n'était finalement qu'« un heureux hasard » accidentel. Il sera fixé à partir du 9 novembre, jour du lancement de Lapsus - lors d'un cocktail en 5 à 7 à La Nouvelle Scène.

Pour Lapsus, il s'est remis en question. 

« Un lapsus est généralement inconscient. Mais qu'arrive-t-il lorsque celui-ci est conscient ? » 

Pour répondre à cette interrogation, il s'est «volontairement » laissé aller aux aveux. Lesquels ont servi de fil conducteur à sa démarche. « Erreurs et lapsus / Obtus et confus / de cette peur préconçue / Mes lapsus me consument », confie-t-il par exemple dans le refrain de la chanson titre, où, ne réussissant pas à soutenir le regard de l'amoureuse qui vient de le quitter parce qu'il lui a menti, Yao slame son « amertume» et ses « remords ». 

Il a longtemps « hésité » à biffer ce refrain, avant de décider de s'en tenir au jet d'origine. Et c'est à ce moment-là qu'il a su que cette immédiateté allait être la voie à suivre, de façon impérieuse, pour témoigner de son parcours de façon la plus transparente possible. « Je l'ai pensé ? Bon, alors je le dis... » résume-t-il. Il a donc conservé « tout ce qui était sorti [de lui] comme un lapsus », peu importe le nombre de « Oups ! » qu'il aura lâché en se relisant, en cours d'écriture. 

S'il a jusqu'ici privilégié des chansons à message, l'ancien rappeur reconverti dans la musique pop semble cette fois reléguer les messages à l'arrière-plan. 

Émotions refoulées

En marge d'Étrange absurdité - chanson évoquant les tensions raciales, écrite en l'espace d'une nuit, dans un trop-plein d'émotions « régurgitées » sur le papier, lors de la série de bavures policières et d'émeutes secouait les États-Unis récemment - et de deux autres morceaux laissant deviner un autoportrait, plusieurs chansons font référence à des histoires d'amour conflictuelles ou avortées. Autre signe que Yao n'a pas cherché à camoufler son vécu.

Les regrets pèsent d'ailleurs sensiblement sur la thématique générale des chansons. « J'ai pu sortir des émotions que je refoulais depuis trois ans » parce qu'elles ne s'harmonisaient pas du tout avec l'essence paisible du spectacle Perles et paraboles.

Plus denses, et  poétiquement plus aguerris, les textes ont perdu de leur clarté d'antan. « Immédiatement après un lapsus, le réflexe, c'est de se demander 'pourquoi ? Qu'est-ce que ça signifie ?' Autant je me livre plus, autant je  voulais de la substance. »

Alors que l'industrie - surtout en Europe, note-t-il - l'incitait à écrire « en mode KISS » (pour Keep It Simple & Stupid), Yao a fait le pari inverse. « Je ne veux pas prendre les gens 'en bas'. Je préfère aller les chercher... dans leur hauteur. »

Le musicien ne cache pas avoir « voulu faire quelque chose de très commercial ». «Je me suis demandé comment marier les deux, c'est-à-dire être fidèle à moi-même et à mes textes, tout en répondant aux attentes de l'industrie, en ce qui concerne les ventes. »

Il pense avoir résolu ce paradoxe en contrebalançant l'apparente complexité des textes par l'apport de mélodies et d'arrangements expressément soignés pour les ondes.

À la réalisation, il s'est entouré de Sonny Black (Corneille, K-Maro, Yvon Krevé), déjà aux consoles sur Perles et paraboles. M. Black s'est assuré de donner aux chansons leur fini « léché », susceptible de séduire le plus grand public qui soit.

De nombreux autres collaborateurs, dont plusieurs d'Ottawa-Gatineau, ont gravité autour de l'album en posant leur voix sur une chanson. C'est le cas de  Julie-Kim, des Chiclettes, et Cathy Vallières, de Règlement 17. Yao retrouve aussi le rappeur FLO, avec lequel il avait lancé en 2005 le disque Renessance. « Je ne me voyais pas tout seul sur cet album. Et puis la musique, c'est un partage, il y a le désir d'échanger et le plaisir de célébrer. Alors j'en profite pour célébrer aussi le talent des autres », sourit-il.

Pour y aller

mercredi 9 novembre, 17h

La Nouvelle Scène: (613) 241-2727; nouvellescene.com

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