La troisième solitude

C'est à guichets fermés que Matt Holubowski montera... (Archives, La Presse)

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C'est à guichets fermés que Matt Holubowski montera sur la scène de la salle Jean-Despréz, vendredi. Par contre, une supplémentaire est déjà programmée au printemps prochain.

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Le deuxième disque de Matt Holuboski, Solitudes, qu'il présente à la Salle Jean-Despréz jeudi 3 novembre (à guichets fermés ; en rappel le 20 mai) trône au sommet des ventes d'albums francophones au Québec depuis sa sortie, fin septembre.

Solitudes, au pluriel, précise l'auteur-compositeur-interprète révélé en 2015 par l'émission La Voix, où, coaché par Pierre Lapointe, il s'est rendu en finale. (Il avait toutefois pondu un premier disque sous le nom de plume de Ogen, un an plus tôt.)

Car le titre n'est pas un indicateur des états d'âme, passagers ou récurrents du chanteur, même s'il avoue volontiers avoir « toujours un peu recherché » la solitude. 

« J'aime beaucoup les gens, j'aime être très bien entouré, mais j'ai comme une obsession personnelle avec la solitude et avoir des moments pour réfléchir, juste être avec moi-même. Surtout dans les moments de création », reconnaît Matt Holubowski, d'ailleurs musicalement très bien entouré - entre autres par le guitariste Simon Angell, du duo Thus Owls, un proche collaborateur de Patrick Watson, et par Marianne Houle au violoncelle.

Biculturalité

Solitudes renvoie plutôt au roman de Hugh MacLennan Two Solitudes, traitant de « la dichotomie entre Anglais et Français au Canada, particulièrement à Montréal, pendant les années 30-40 ».

« Ayant grandi en tant que personne bilingue, avec un père immigrant [d'origine polonaise], qui a été un peu assimilé dans le système anglophone, parce que le système francophone n'acceptait pas aussi facilement les immigrants », et une mère Québécoise, j'ai toujours constaté ces deux solitudes. Et même une troisième solitude, celle du 'parfait bilingue'. C'est celle que j'ai vécue. En tant que bilingue, on a à la fois le sentiment d'appartenir aux deux camps, et, pourtant on ne se retrouve dans ni l'un ni l'autre. »

Mais comme c'est « un sujet assez 'contentieux', un sujet polémique... » se corrige-t-il aussitôt, avant d'expliquer qu'il est traduit ses pensées, lesquelles lui viennent en anglais, « ...je ne voulais pas mettre trop d'emphase là-dessus. Je suis donc parti en quête du sentiment de solitude en général. » 

Cette quête trouve son origine dans « un petit moment épiphanique » qui s'est produit lors d'un voyage en Serbie, en parlant avec « des jeunes et des gens des plus vieilles générations qui comparaient ce que signifiait pour eux le fait d'être Serbe au sein de l'ex-Yougoslavie, puis en dehors de ce bloc qui pendant près d'un siècle a réuni plusieurs États aujourd'hui distinct. «Je constatais leur sentiment de solitude face à la cassure de ce regroupement de pays. » 

D'où l'envie initiale d'explorer cette «solitude nationale» qui trouvait écho dans son propre vécu. 

À la même époque, le chanteur «lisait le bouquin Papillon, qui parle d'incarcération et de l'effet psychologique de la prison : une autre forme de solitude. Et, un an plus tard, je me suis retrouvé dans un camp de chasse où j'étais allé me ressourcer. C'est là que j'ai commencé à remarquer l'aspect positif de la solitude [et sa] beauté. Ce n'est pas obligatoirement un sujet lourd», même s'il est parfois question de choses «douloureuses».

Une fois dénué de tout «nombrilisme», ce thème à la fois «personnel» et « rassembleur », qui peut refléter tant un état physique qu'un territoire intérieur, lui est apparu tout aussi «puissant» que des sujets comme l'amour ou la peine, que Matt Holubowski a absolument voulu éviter, lui qui aime les sentiers moins balisés. Qui préfère le silence, le matin, histoire de «nettoyer la palette» avant de se pencher sur ses instruments. Et qui refusera toujours «la facilité de s'asseoir sur ses lauriers».

Son disque ne comporte que deux chansons en français. «Je me sens encore beaucoup plus fort en anglais, surtout à l'écrit, même si depuis deux ans [depuis l'aventure LaVoix], ma vie de tous les jours est plus 'immersée' dans la culture francophone», constate Matt Holubowski, dont la scolarité, amorcée en français jusqu'au secondaire, s'est ensuite poursuivie en anglais. «Je m'améliore de jour en jour, [mais] je n'ai jamais pu épanouir ma langue aussi bien que je l'ai fait en anglais. »

«Du coup, j'invente parfois des mots en français», s'excuse-t-il en riant. Dans la chanson «La mer/mon père», le chanteur biculturel s'était par exemple permis d'évoquer des «doigts pétalins», afin de renforcer l'image florale que dessinent deux mains réunies. Ce n'est qu'après-coup, avoue-t-il, qu'il s'est aperçu que le mot «pétalin», quoique archaïque, existe véritablement.

Pour y aller

Salle Jean-Despréz 

3 novembre, à 20h (complet)

20 mai 2017, à 20h

819 243-8000 ; ovation.qc.ca

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