Symon Henry, l'art de dessiner les sons

Symon Henry a composée Debout, un respir grand... (Courtoisie, Jonathan Goulet)

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Symon Henry a composée Debout, un respir grand comme dans le cadre de Génération2016.

Courtoisie, Jonathan Goulet

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« En musique contemporaine, on se considère déjà chanceux quand l'une de nos pièces est interprétée une ou deux fois. Lorsqu'elle l'est trois fois, on est très heureux. Avoir été sélectionné par l'Ensemble contemporain de Montréal (ECM+) pour la tournée Génération2016, c'est donc multiplier par trois le meilleur de ces scénarios ! » clame gaiement le compositeur Symon Henry.

Le Québécois fait en effet partie des quatre créateurs (Taylor Brook, Sabrina Schroeder et Adam Scime) sélectionnés pour prendre part à la neuvième tournée pancanadienne de l'ECM+ qui s'arrêtera au Centre national des arts, le 1er novembre. Au cours des 18 mois de Génération2016, chacun a entre autres pu écrire une nouvelle oeuvre (et en obtenir un enregistrement de qualité), en plus d'avoir la possibilité de se faire entendre aux quatre coins du pays, de Vancouver à Québec, en passant par Banff et Toronto.

« C'est une expérience exceptionnelle, non seulement parce qu'il s'agit de la plus grosse tournée du genre, mais parce que c'est l'occasion de se faire voir d'un plus grand nombre de gens, incluant des diffuseurs et directeurs de festivals de musique contemporaine », renchérit Symon Henry.

Mû par un désir de liberté, ce dernier a délaissé le piano classique qu'il pratiquait quand il a découvert le tango nuevo de Piazzolla. « J'ai alors découvert un univers où tout est permis, y compris s'éloigner des codes et déconstruire les structures pour mieux exprimer ce que j'ai envie d'entendre », raconte celui qui se qualifie d'artiste sonore.

Or, le trentenaire s'avère plus visuel qu'auditif, « ce qui est une belle contradiction, pour un compositeur », reconnaît-il en riant. 

Résultat ? Il dessine les sons. Si bien qu'au final, ses partitions graphiques deviennent des genres de tableaux (qui seront d'ailleurs exposés au CNA, mardi), où un trait plus foncé signifie un son plus fort, où un son plus aigu est évoqué par un trait positionné en haut de la feuille, etc.

« Quand je travaille, je dispose de grandes feuilles de papier un peu partout dans la pièce, afin d'englober d'un seul regard l'univers que je suis en train de créer. »

Debout, un respir grand comme, l'oeuvre qu'il a composée dans le cadre de Génération2016, cherche à mettre en valeur la lumière de l'hiver, l'agitation en sourdine du fleuve Saint-Laurent emprisonné par la glace. 

« J'ai commencé à écrire en février, alors que j'étais à Kamouraska. Je me suis rendu au bord de l'eau, à observer et écouter le bruit des grands morceaux de glace en mouvement sur le fleuve... »

Sans surprise, cette image de la force tranquille de l'eau a été le déclic de son projet. « Ça m'a ramené à mon enfance, à ces moments où, assis sur le bord de la rivière des Prairies, j'écoutais l'eau, avec le bruit de la circulation sur l'autoroute 15 en arrière-fond, mais aussi  celui du vent dans les feuilles des arbres... Dans ma musique, il y a souvent juste ça : une organisation de ce que j'entends au gré de ce à quoi je choisis de tendre l'oreille », précise Symon Henry.

Ainsi, Debout, un respir grand comme s'écoute comme des petits solos, « comme si les gens passaient à côté d'un petit gars assis au bord de l'eau ». Pour ce faire, il avait accès aux 10 musiciens de l'Ensemble contemporain de Montréal (flûte, clarinette, basson, cor, piano, percussion, deux violons, alto et violoncelle) pour rendre les mouvances du vent, les frictions des blocs de glace...

Ottawa s'avère l'avant-dernière destination de Génération2016. Et le compositeur ne peut que s'émerveiller de l'évolution de sa pièce au fil des représentations de l'ensemble, sous la direction de Véronique Lacroix. « C'est magnifique de suivre ça, de la fébrilité de la première au raffinement des détails qui est rendu possible par la durée de cette aventure ! » lance Symon Henry.

La tournée se termine à Québec le 3 novembre. Ce n'est qu'après la comptabilisation des votes de ces derniers spectateurs que les quatre compositeurs participants à l'édition de cette année connaîtront qui d'entre eux recevra le Prix du jury Génération (5000 $) et le Prix du public (1500 $).

Pour y aller

Le 1er novembre, 20 h

Centre national des arts

1-888-991-2787 ; ticketmaster.ca

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