Rêve éveillé avec Thomas Hellman

Ces Rêves se prolongent jusqu'à samedi au studio du CNA.... (Etienne Ranger, LeDroit)

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Ces Rêves se prolongent jusqu'à samedi au studio du CNA. Puis ils feront leur lit à La Basoche, en février 2017.

Etienne Ranger, LeDroit

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CRITIQUE / Thomas Hellman et ses complices ne nous ont pas seulement conviés à un grand voyage à travers les visages de l'Amérique», ils nous ont fait vivre un véritable rêve éveillé, mercredi soir, au Centre national des arts, où ils présentaient Rêves américains: de la ruée vers l'or à la Grande Crise.

Un spectacle minimaliste, intime, acoustique, qui emprunte au conte et au théâtre. Un conte à grand déploiement, tout à la fois musical, historique et poétique, mis en scène par la directrice artistique du CNA, Brigitte Haentjens.

Entre deux mélodies folk «traditionnel», Hellman creuse le passé pour mieux aborder les crises du présent. Le public est pendu à ses lèvres. À sa voix veloutée. À son érudition aussi éclatante que subtilement poétique.

Ces Rêves se prolongent jusqu'à samedi au studio du CNA. Puis ils feront leur lit à La Basoche, en février 2017.

Sur scène, ils ne sont que trois, mais les rêveurs occupent tout l'espace. L'Oneiros en chef passe de la guitare à l'harmonica, endossant parfois le costume d'un personnage de chanson (sobrement, sauf pour dessiner ce rigolo John Henry, pousseur d'acier), tandis que l'épaulent vocalement ses deux complices, Sage Reynolds (à la contrebasse) et Olaf Gundel (banjo, piano bastringue, percussions).

Cherchant à mettre le doigt sur cette Américanité forcément plurielle, le trio arpente les États-Unis d'un océan à l'autre. De campements miniers en paysages industriels, traversant plaines, déserts et marasmes boursiers, leur train nous entraîne, sur les rails de la folie de l'homme - ses rêves de grandeur, richesse et pouvoir, sa fascination pour ce qui brille ou ce qu'il peut dresser vers le ciel - mais aussi sa soif de sérénité et ses besoins plus contemplatifs. 

Le périple est dense, zig-zagant, mais plein de sens et d'humanité. C'est le trajet bourdonnant de la civilisation, mais c'est aussi le chemin menant à une liberté plus intérieure. La conquête des frontières, violente et frénétique, et la touchante quête des territoires de la sagesse épousent ici la même courbe... Un tour de force...

Le premier acte nous plonge en 1849, à la suite des prospecteurs attirés par le filon de James Marshall. On y évoque la myriade de bagarreurs et cul-terreux «rescapés des années d'or», avant de rendre visite à un prospecteur de palourdes, de saluer le peuple Hidatsa ou de documenter les massacres de bisons - destinés à se débarrasser du problème autochtone, explique Hellman en se faisant l'écho des paroles d'un authentique chasseur de bison au bon sens moralement pervers, Frank H. Mayer.

Soulevant un peu de la poussière de la Crise de 1929, la seconde partie évoque, en «fragments d'histoires», la Ford T et la mécanisation du travail, la puissance de la Bourse et son cortèges de paradoxes - chômeurs sur la paille et vagues de suicides à Wall Street.

Puisqu'il visite la terre de ses ancêtres (ses grands-parents sont originaires du Texas et du Wisconsin, rappellera-t-il en partageant quelques anecdotes personnelles), il en profite pour raviver la mémoire de quelques grands compositeurs (Woodie Guthrie, Merle Travis, etc.) qui ont humecté ses racines musicales. Il en profite aussi pour partager furtivement quelques éclairs littéraires : un passage de Walden de Henry David Thoreau, un extrait des Raisins de la colère de John Steinbeck.

Et le public, les yeux plein d'étoiles, se laisse bercer par le tangage paisible de ce freight train pour HoBos mélomanes...

Pour y aller

Centre national des arts

Jusqu'au 29 octobre, 20h

Cabaret la basoche

10 février 2017, 20h

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