Dans la lumière des ancêtres

Thomas Hellman... (Courtoisie, Mathieu Rivard)

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Thomas Hellman

Courtoisie, Mathieu Rivard

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Petit rappel à ceux qui ont eu l'occasion d'écouter l'album, le spectacle Rêves américains a été conçu pour la scène, et non pas pour le studio, rappelle le «rêveur» en chef, Thomas Hellman, qui installe sa tente au Studio du Centre national des arts pour quatre soirs, à partir de mercredi 26 octobre, à 20h.

Sa tente, c'est un peu la roulotte des pilgrims partis à la conquête de l'Ouest ou la cahute des prospecteurs d'or. Mais c'est aussi le tipi traditionnel des Autochtones ou encore la toile de fortune érigée par tous les travailleurs échoués dans les lames de fonds de la crise économique des années 30. Qui furent un peu à l'image des migrants et réfugiés d'aujourd'hui, rappelle-t-il. Car c'est à la lumière de ses ancêtres qu'il a aussi voulu parler de l'ombre de crises plus contemporaines.

Banjo en bandoulière - et entouré de deux compagnons de route, Sage Reynolds à la contrebasse et Olaf Gundel à la guitare et au piano -  Hellman mêle à ses propres compositions de vieilles mélodies blues, folk ou gospel signées Woodie Guthrie, Jimmie Rodgers, Merle Travis, Elizabeth Cotten, etc., et le répertoire que lui a transmis sa grand-mère paternelle, originaire du Wisconsin.

L'histoire, sans la leçon

Sur scène, l'auteur-compositeur-interprète raconte tout autant qu'il chante. Il en profite pour incarner théâtralement plusieurs personnages, ressuscitant la mémoire de quelques figures historiques. Héroïques, mais pas toujours, puisque d'authentiques bandits peuvent se glisser parmi ses histoires de mineurs fourbus, d'esclaves en fuite ou affranchis, de musiciens rebelles et de politiciens mal avisés... dont ce Joseph McCarthy (celui-là même qui donna son nom à la chasse aux communistes), éconduit par la grand-mère de Thomas Hellman, qu'il tenta de courtiser. 

Le chanteur se fait aussi l'écho de quelques grands auteurs tels Henry David Thoreau ou John Steinbeck. Avec le même soin (il a lui-même traduit les textes originaux, ou les a adaptés dans la perspective de leur donner « une plus grande musicalité ») et la même humilité que lorsqu'il s'était vautré dans les mots du poète québécois Roland Giguère, quelques années plus tôt. 

Pour ce projet à la fois musical, théâtral et littéraire (qui a d'abord été monté pour le Festival de la littérature de Montréal, avant d'être présenté en tournée, succès oblige), le chanteur s'est inspiré de la trentaine de chroniques qu'il a signées de 2012 à 2014 pour l'émission radio-canadienne «La tête ailleurs». 

Ce voyage - dont il cosigne la mise en scène, à quatre mains avec Brigitte Haentjens - débute avec la Ruée vers l'or californienne de 1849 et s'achève dans la poussière de la Crise de 1929. Seule cette première partie a été endisquée par le trio ; Hellman et ses complices « commencent tranquillement » à travailler sur le tome 2 de Rêves américains, indique le chanteur.

Mais bien que le spectacle creuse la mémoire, ce n'est « pas du tout une leçon d'histoire ». S'éloignant de l'objectif initial de ses capsules radiophoniques « très didactiques », Thomas Hellman a estimé « intéressant de plonger dans la musique de cette période pour voir ce qu'elle avait à nous dire sur notre propre époque. » Pour la scène, il a soigneusement évacué toute lourdeur pédagogique. « J'ai voulu premièrement explorer le rôle de l'art - donner une certaine lumière à la douleur, créer un sens, finalement - mais aussi plonger dans quelque chose de plus large que l'histoire des États-Unis, dans cette américanité qui est au coeur de notre identité de Québécois et de Canadiens. »

À la conquête des frontières

« C'est le spectacle sur lequel j'ai le plus travaillé », mentionne-t-il en se remémorant la « longue période de gestation » et les périodes de « doute et de désespoir » face à la montagne de documents qu'il avait réunis sans trouver comment condenser l'information ni «exprimer ce qu'[il] ressentait». 

Il était sur le point d'abandonner le projet lorsque « la redécouverte » de The Idea of North - une oeuvre radiophonique de Glenn Gould, dans laquelle le pianiste « réfléchit sur la notion de frontière, à travers les voix de plusieurs personnages dans un train [...], chacun exprimant un vision différente du Nord » - a fourni la clef permettant à Thomas Hellman d'articuler son spectacle.

 « J'ai trouvé fascinante cette structure polyphonique et ç'a été une véritable illumination. Glenn Gould dit 'Un pays n'est grand que lorsqu'il a une frontière à conquérir'. Et je me suis aussi rendu compte que c'était ça qui m'intéressait, moi aussi, la notion de frontières : à l'Ouest, celle de la Ruée vers l'or, à l'Est, celle de la Grande Crise. » Le chanteur a compris qu'il devait jouer avec cette opposition, rêves de conquête et de richesse, « et tout ce que ces deux grands mythes sous-tendent » en terme de « souffrances» et de «victimes», de « massacres » de bisons dans les Plaines, et de « luttes des classes » à Wall Street. 

Parce que « les grandes tragédies humaines sont cycliques », l'artiste dresse en chemin des liens entre les crises du passé et celles du présent. 

Il pondère tout cela avec un autre grand rêve américain: celui du petit lopin de terre, et d'une vie humble en harmonie avec son environnement. Cette «soif de sagesse» et de «contemplation» renvoie Thomas Hellman aux écrits de Thoreau et Steinbeck, ainsi qu'à la mémoire de ses grands-parents, dont il partage plusieurs anecdotes. « La Grande Histoire n'est pas 'une' histoire, mais elle est faite d'une multitude de petites histoires - celles de gens bien souvent oubliés », rappelle-t-il.

Sur les planches, « on commence en explorant la Crise et la noirceur, mais on évolue vers la lumière évoque Thomas Hellman. C'est un spectacle rempli d'espoir». Qui, « éclairé par les arts », va dans « le sens de l'humanité et de sa grandeur. »

Pour y aller

Centre national des arts

Du 26 au 29 octobre, 20h

1 888 991-2787 ; 

ticketmaster.ca

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