Isabelle Blais, entre candeur et ironie

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Pierre-Luc Brillant et Isabelle Blais

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Isabelle Blais est d'abord connue comme comédienne, appréciée autant au théâtre qu'à la télé ou au cinéma. Son travail a d'ailleurs été récompensé dans chaque cas. La musique n'est pourtant jamais loin de ses préoccupations. Elle est même de plus en plus centrale. À preuve, elle présente un tout nouvel album, Comme dans un film, conçu à deux avec Pierre-Luc Brillant, son amoureux.

Sans patauger dans le potinage, il est légitime de parler d'un album de connivence dont témoigne, avec une ironie qui caractérise le couple, le titre de la tournée de spectacles qui va suivre le lancement de l'opus: Complicité volontaire.

Le processus qui a mené à cet album remonte au printemps 2015 quand les deux complices ont mis un terme à la tournée de la pièce Midsummer dont ils partageaient la vedette et qui se déclinait autant en dialogues qu'en chansons.

«Quand la tournée s'est terminée, on était à Vancouver et on s'est demandé quelle allait être la suite, se remémore la comédienne chanteuse. On aime la musique, on travaille bien ensemble et on avait tous les deux envie de création. Midsummer a été une expérience formidable mais les chansons n'étaient pas de nous. On a ressorti chacun de nos tiroirs des chansons déjà écrites, d'autres en chantier et ç'a été notre point de départ.»

La chimie singulière qui unit les deux artistes donne naissance à un folk profond, très assumé, très country, versant même volontiers dans le western, à certains moments.

«Le style s'est développé naturellement, sans qu'on ait vraiment à y penser. Avec le groupe Caïman Fu dont je faisais partie, on avait mis de l'avant des chansons plus rock, plus électrique parce que c'est ce qu'on nous demandait davantage mais on en avait d'autres plus folk et planantes, probablement celles que je préférais. J'aurais aimé les pousser plus. J'ai toujours aimé le country; c'est un peu à la mode depuis quelques années d'aimer le country mais moi, je l'avoue, j'ai toujours aimé le country; pour vrai! Pierre-Luc, lui, avec son groupe des Batteux Slacks, il faisait dans le folk rock. On s'est rejoint quelque part au milieu.»

«On voulait pas trop de guitare électrique, sachant que sur scène, on opterait pour une formule très simple avec une guitare sèche. On s'est souvent obstiné sur les arrangements mais on a toujours fini par tomber d'accord. On a mis des orchestrations plus lourdes au début du processus pour ensuite épurer en enlevant graduellement des instruments. Encore là, ç'a été un processus naturel: on était sur la même longueur d'onde. Il n'y a rien sur cet album qu'on n'assume pas totalement tous les deux.»

Le coeur qui balance

Le duo présente une musique intimiste, plutôt légère, qui tangue constamment entre candeur et ironie. On peut même parler d'un certain cynisme par moments. N'est-ce pas un peu le revers de la candeur, justement? Comment négocier avec un monde dur, injuste et carrément abject quand on est prompt à l'émerveillement? Comment conserver une propension au bonheur simple quand la lucidité s'évertue à le torpiller?

L'ironie est une avenue. «J'ai horreur de ce qui est trop sérieux, avoue l'actrice chanteuse. En spectacle, les gens vont le voir, on ne se prend pas au sérieux mais on fait les choses sérieusement. Oui, nous sommes amoureux mais nous évitons de jouer la carte du couple mignon. Au contraire, on passe notre temps à se picosser, à susciter de faux malaises entre nous. On a pu le tester l'été dernier lors d'une série de huit spectacles dans le Bas Saint-Laurent et la Gaspésie: le public saisit très bien l'ironie et nous suit volontiers là-dedans.»

Ce n'est pas que sur scène, du reste. Isabelle Blais avoue volontiers qu'elle et Pierre-Luc Brillant cultivent une petite tendance à l'ironie cynique, petit rempart contre la rouille du quotidien. «Pourtant, on aime partager avec de nombreux amis les plaisirs simples de la vie. On s'émeut facilement. On a une candeur tout à fait sincère qui teinte forcément nos chansons. J'espère que ça transparaît bien en spectacle. Une jolie chanson, on l'interprète pour faire simplement ressortir sa beauté et on la savoure vraiment.»

Déjà, dans l'état actuel d'une industrie qui cherche son public, il faut posséder beaucoup d'optimisme ou peut-être une certaine naïveté pour lancer un album. Plus encore quand il prend la forme physique d'un CD, format à la limite de l'obsolescence.

«Ce sont nos éditeurs qui ont insisté pour qu'on ait des disques compacts, confie l'interprète chanteuse. C'est surtout en spectacle que ça se vend. Il y a d'ailleurs bien des aspects de l'industrie de la musique qui sont décourageants et c'est vrai que ça nous influence un peu quand arrive le moment de créer. Est-ce que ça vaut la peine? Je réponds que j'aime faire de la musique, et encore plus la partager, Ça m'épanouit. Ma récompense, dans ce métier, c'est la rencontre avec le public alors, ce n'est certainement pas parce que l'industrie vit des temps difficiles qu'on va s'en priver.»

À la recherche de la rencontre

Travailler sur une base régulière est un cadeau du ciel pour n'importe quel comédien québécois. Le faire autant à la télévision, au théâtre, au cinéma qu'en musique au point d'être contraint de refuser des contrats intéressants faute de disponibilité est une chance rarissime. Isabelle Blais est choyée et en est parfaitement consciente.

«Je dirais qu'il y a toujours un projet sur lequel plancher mais comme ce sont toujours des contrats, comme n'importe quelle comédienne, je suis toujours à un contrat de ne rien faire. Je profite donc au maximum de chaque opportunité.»

Elle a aussi, luxe ultime, des offres visant les différents volets de son art. L'été dernier, elle a joué au théâtre à Joliette dans une production de la pièce d'Évelyne De La Chenelière Des fraises en janvier. Joli programme rehaussé par le fait qu'il s'agissait d'une version très musicale dans laquelle elle a mis à contribution sa fibre de chanteuse.

«Ça été un super beau trip de gang. L'hiver dernier, dans Le miel est plus doux que le sang au Théâtre Denise-Pelletier, je jouais le rôle d'une chanteuse de cabaret donc je baignais encore dans la musique. C'est une année comme ça... Comme quoi la musique prend présentement beaucoup de place dans ma carrière puisqu'avant tout ça, il y avait eu la pièce Midsummer dans laquelle je chantais aussi.»

On ne peut attribuer cela qu'au hasard. «Je n'ai pas poussé dans ce sens-là mais j'imagine que le mot s'est passé dans le milieu et qu'on m'associe aussi à la chanson désormais. Le monde de la musique est différent de celui du théâtre mais pour moi, la scène, que ce soit en musique ou au théâtre, c'est proche: ça reste une prestation. En musique, tu as un peu plus de latitude. Tu ne peux pas vraiment improviser avec un texte de Shakespeare: il y a une machine assez lourde qui est attachée au texte. Alors qu'en chanson, on a du jeu.»

«Il reste que pour moi, en chanson comme au théâtre, la scène, c'est une rencontre avec le public. J'y déploie la même énergie de fond.»

L'expérience aidant elle se dit aujourd'hui aussi à l'aise dans un mode que dans l'autre. «L'avantage des chansons, c'est que ce sont mes propres créations; ça vient de moi. L'oeuvre est née d'une nécessité intérieure alors que quand tu interprètes le texte de quelqu'un d'autre, il y tout un processus pour se l'approprier.»

En parallèle du lancement de son album et de la tournée de spectacle qui y est rattachée, la comédienne est présentement en tournage dans deux projets de films indépendants mais, rareté, on ne la verra pas à la télé cet automne. Elle sera sur les planches du Théâtre du Nouveau Monde dans La bonne âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht au tout début de 2017.

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