Retour sur les vieux insuccès de Plume

À 70 ans, Plume Latraverse s'offre, avec sa nouvelle... (Photothèque Le Soleil, Erick Labbé)

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À 70 ans, Plume Latraverse s'offre, avec sa nouvelle tournée, un retour aux sources qui le ramène au début de sa carrière, lorsqu'il écumait les bars.

Photothèque Le Soleil, Erick Labbé

C'est sur le mode chansonnier-poète que Plume Latraverse viendra poser son «tabouret à trois pattes» au Grand Théâtre de Québec les 2 et 3 décembre, à l'occasion de supplémentaires de Récidives. Avec cette tournée acoustique, Plume, plutôt que de revisiter une énième fois les grands succès de son Lour passé, préfère lever le Rideau sur «les chansons à texte dont [il est] le plus fier».

«Tout roule, et tout rouille», martèle le «grand flanc mou».

À 70 ans bien soufflés (en mai dernier), cet «artisan» des mots s'offre ainsi une sorte de chant du cygne, ou plutôt de «chant du cygne du coq», nous corrige-t-il, dans une sorte de retour aux sources qui le ramène au tout début de sa carrière, lorsqu'il écumait les bars. Le spectacle est toutefois moins nostalgique que poétique, laisse-t-il entendre.

Avec Récidives, Plume extirpe de son volumineux catalogue (rééditée en 2014, la quasi-anthologie Tout Plume [... ou presque] réunit désormais 272 chansons, incluant celles de Plumonymes, paru en 2008) quelques-unes de ces perles tombées dans l'oubli, noyées dans les vapeurs de ce cognac gnac gnac de plus de 40 ans d'âge, ou encore étouffées dans le brouhaha des festivals où il avait pris l'habitude de mettre de l'avant son répertoire plus rock and roll.

Des «chansons tissées serré», choisies pour la qualité des rimes et les tournures ou la force évocatrice des images. Des tounes qui, n'étant «pas rattachées à des modes» ni «affectées par le bruitage» de l'époque, lui sont d'autant plus «chères».

«Depuis les années 60, j'ai toujours eu une veine un peu rock et une veine un peu plus rattachée au texte. Évidemment, la culture étant ce qu'elle est [au Québec], le rock a primé, et le personnage [de Plume] a pris beaucoup de place, mais j'ai quand même commencé dans les boîtes à chansons, où le texte avait sa valeur et sa raison d'être», rappelle l'Oncle Plu-Plu.

«Et en vieillissant, ce sont ces chansons qu'il m'apparaît important de mettre de l'avant, parce que c'est ce qui me ressemble le plus.»

«Ça fait longtemps que j'ai un petit côté clandestin; ma carrière a toujours été un peu "souterraine". Mes chansons ne tournent pas à la radio, mais se transmettent de père en fils, et bravo, parce que c'est ce qui donne un deuxième, voire un troisième souffle à ma carrière. Mais moi, je suis ma trail! Sans raconter ma vie dans les journaux pour vendre une publicité quelconque.»

Malgré la posture iconoclaste du personnage postillonnant un peu en marge de l'industrie, Plume admet volontiers avoir «flotté dans certaines modes, à l'époque». Or, les chansons retenues ici, ces Patineuses, Le lac multicolore et autres Euthanazie, sont justement «celles qui traversent le temps», alors que «le joual et le personnage» n'étaient finalement guère plus que «le cri d'une époque», estime-t-il.

Et les chansons sélectionnées à ses yeux constituent finalement «les sentiers de Latraverse qui ont entrecoupé les grandes autoroutes du succès, mais qui sont toujours là, malgré le temps...»

En formule trio

Ce n'est «pas la première fois» qu'il se livre à cet exercice valorisant l'écriture. Il a d'ailleurs «souvent essayé de mettre l'accent» sur la partie plus poétique de son répertoire - généralement en formule trio, qui s'y prête bien, car «une chanson, c'est une musique pas trop chargée et un texte qui remplit la fonction qu'on attend de lui» -, mais le public aurait réagi plutôt tièdement.

Le poète était pourtant convaincu que «plusieurs sont très attachés» à cette facette plumesque. Et que «tout ça ne doit pas passer dans le vent. Il faut que ça tape où ça doit taper... Et c'est ce qui se produit : des gens de tout âge viennent au spectacle. Ça ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd. Il y a au moins deux ou trois sourds qui viennent chaque soir», blague-t-il.

Cette fois, sa «gang de ciboires» - sobriquet par lequel il désigne affectueusement son public - a très vite et très naturellement «enclenché». Ce que confirme le nombre de représentations supplémentaires qui l'attendent encore d'ici à Noël. De toute façon, il n'avait pas envie de proposer autre chose. «Quand j'ai monté le spectacle, j'ai dit : "C'est ça ou rien!"» avoue-t-il, sans concession.

Deux amis l'aident à déterrer ses vieux trésors : le guitariste Claude Marsan et le contrebassiste Grégoire Morency, qui forment avec lui le Trio laid... jeu de mots sur triolet... évoquant non pas le signe musical, mais le poème à la forme imposée, nous corrige-t-il.

«J'ai toujours aimé la contrebasse; ça n'avait jamais adonné. Ça donne un petit côté ragtime à la chose.»

Un album «dans les bacs des quincailleries»

Plume et ses complices ont profité de cette tournée «laboratoire» entamée à l'automne dernier pour tester et semer quelques nouvelles compositions, telles Le monde fatalLe noctambule égaré, ou encore Vieux os, «une chanson profondément ressentie en moi, et tout à fait d'actualité à l'heure où on s'acharne à étirer la vie des gens, alors qu'on ne sait pas trop quoi faire de leurs vieilles carcasses [ni où] les parquer. C'est un peu une histoire d'amour en CHSLD», dit-il d'un ton malicieux.

Les chansons ont été endisquées cet été. L'album est arrivé «dans les bacs des quincailleries» le 23 septembre. Il est intitulé Rechut!, en référence au fait que Plume conçoit «l'écriture comme une maladie auto-immune dont [il] croyait avoir été guéri».

«Il faut croire que c'est chronique, chez moi...»

L'élaboration du disque a «commencé tout doucement, quand j'ai mis en musique le poème L'albatros de Baudelaire.» Il a poursuivi sur sa lancée en faisant la même chose avec deux courts poèmes de Verlaine, qu'il a réunis sous le titre Vers-de-laine.

Puis tout s'est enchaîné en accélérant. La création, «chez [lui], ça prend toujours la forme d'un train». La locomotive prend parfois du temps à lui rendre visite, mais quand elle le fait, elle tire toujours de nombreux wagons, image Plume Latraverse.

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