Petit bonheur posthume avec les Cacochymes

Les Vigoureux Cacochymes formé de Paul Parent, Gilbert... (Courtoisie)

Agrandir

Les Vigoureux Cacochymes formé de Paul Parent, Gilbert Troutet et Maurice Boyer.

Courtoisie

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

« Brassens a été très influencé par Félix Leclerc, et non l'inverse, contrairement à ce que beaucoup de gens pensent », martèle le musicien Maurice Boyer, qui, tout en sirotant un café en compagnie de son complice scénique Gilbert Troutet, nous aura prouvé qu'il est un intarissable puits de connaissances en ce qui concerne la vie et l'oeuvre de Georges Brassens.

Si le poète français n'a plus guère de secrets pour les deux hommes, c'est qu'ils lui servent d'interprètes gatinois depuis belle lurette. M. Boyer, bien qu'il fût enfant de choeur au séminaire, estime avoir véritablement appris à chanter en entonnant Brassens à l'adolesence. MM. Boyer et Troutet explorent ensemble son répertoire depuis très exactement 10 ans.

C'est en effet en octobre 2006, à la maison des auteurs, que ces deux auteurs-compositeurs rendaient leur premier hommage au Sétois décédé 25 ans plus tôt.

Les deux Gatinois venaient de se rencontrer. Mais le ciment prend (« Nous nous amusâmes ferme », évoque Maurice Boyer, qui apprécie le passé simple et les virgules presque autant qu'il aime enclouer les diptères) et leur formule séduit. 

Aussi le duo s'adjoint-il un troisième guitariste, Paul Parent, plus orienté vers le rock. Leur série de concerts se prolongera au fil des ans, le long du Boulevard du temps qui passe, avec des spectacles sporadiques, Cacochymiques ou solitaires, donnés au Centre national des Arts, aux Brasseurs du Temps, à la Salle Jean-Despréz, St-André-Avellin et Montréal. Entre-temps, le trio officialise son existence sous un nom de baptême aux sonorités très Brassens : Les Vigoureux Cacochymes.

 « On nous demande souvent ce que veut dire 'cacochyme'. Enfin, ça ressemble plutôt à 'caquo-quoi ?' J'ai pris l'habitude de répondre : Ça signifie 'valétudinaire' », expose Maurice Boyer, le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

Les Vigoureux « vieillards » replongeront dans Brassens et les « plages » de Sète vendredi 30 septembre et samedi 1er octobre, au Cabaret La Basoche, histoire de souligner ce dixième anniversaire. Cette fois, ils seront cinq, sur scène. Le pianiste Bertrand Crépeault (un invité récurrent) et le guitariste Michel Morissette (un Copain d'abord.) se joindront au trio durant ces deux soirs de Petit bonheur posthume. Paul Parent tiendra la basse, plutôt que la contrebasse. L'idée est de « faire découvrir Brassens sous un jour nouveau », prévient Gilbert Troutet qui partagera le micro avec Maurice Boyer. 

Les facettes de Brassens

Le quintette se pique de reprendre plusieurs chansons inédites et de déclamer quelques poèmes de Brassens, tels La camarde et La vieille bretonne, plutôt que de se contenter de ses grands succès. Leur sélection tente de « représenter au mieux les différentes facettes de Brassens », abstraction faite des « gentilles grivoiseries des années 50 », de cette Ronde des jurons québécisée par Plume Latraverse et Renée Claude... et de quelques chansons trop colorées pour l'ère du temps, comme Misogynie à part

Ainsi, on soufflera ces 10 bougies en omettant consciencieusement d'emboucher Les trompettes de la renommée - pourtant incontournable - à cause de la présence d'un mot susceptible de froisser la communauté LGBT. Les Vigoureux Cacochymes s'en excusent, en rappelant que les chansons de Brassens furent largement censurées à son époque.

 Gilbert Troutet se dit particulièrement fasciné par l'aspect BD des historiettes du poète sétois. 

« C'est très rare, dans la musique contemporaine, de voir des textes aussi bien construits, avec un début, un milieu et une fin. Ça capte immédiatement l'attention. Il y a un peu d'exagération, un petit côté surréaliste... c'est comme lire Astérix ou Tintin », dit-il. L'Orage - dont les strophes dessinent justement une succession de vignettes - figure parmi ses chansons favorites. 

Mais des BD aux textes sont généralement « tellement denses que c'est difficile de tout comprendre du premier coup. 

C'est comme aller voir un spectacle de Sol », concède-t-il. 

Maurice Boyer se définit quant à lui comme quelqu'un qui « nage dans le politiquement incorrect ». 

Ce sympathique provocateur a trouvé en Brassens non seulement un maître de la prosodie et de la versification, mais aussi « une arme contre l'écoeurement » et l'amertume que lui inspire la société

. Cette arme, « c'est la dérision », lance-t-il. C'est dans les paroles de La mauvaise herbe que se reconnaît le mieux l'indomptable. On le croit volontiers, après l'avoir observé, en entrevue, jouer avec l'image d'ours un peu grognon, à l'humour grinçant, qu'il veille à projeter, quitte à s'attirer une Mauvaise réputation.

Distingué aïeul ou vieux sacripant, les deux Cacochymes partagent la même passion pour « la rigueur intellectuelle » de Brassens, poète-ciseleur dont « les mots coulent tout seul, ce qui fait qu'on ne se rend pas compte du travail colossal qu'il y a derrière ».

Pour y aller

Cabaret La basoche

Les 30 septembre et 1er octobre, à 20 h

819 243-8000 ; gatineau.ca ; ovation.qc.ca

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer