Travelling LeBlanc : Lisa à l'anglaise

Mais quel formidable leurre que ce rythme de vieux 33 tours hawaïen sur la... (Courtoisie, John Londono)

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Courtoisie, John Londono

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Dominic Tardif
La Tribune

Mais quel formidable leurre que ce rythme de vieux 33 tours hawaïen sur la houle duquel Lisa LeBlanc sermonne gentiment une meilleure amie prise dans la toile visqueuse, tissée de fausses promesses, d'un gars détestable.

« And I understand that you love him / And I respect that / But I kinda wanna punch him in the balls», laisse-t-elle tomber de sa voix mutine, juste avant le refrain étonnement enjoué de Dump the Guy ASAP, premier extrait de son troisième album à paraître le 30  septembre - qu'elle terminait d'enregistrer, quelques jours avant notre rencontre. « On a un peu partyé pour souligner ça », confie-t-elle, afin d'excuser le latte glacé trônant devant elle en cette splendide fin d'après-midi.

Peu importe qu'elle chante désormais en anglais (son nouveau disque comportera seulement deux titres en français), l'Acadienne n'a rien perdu de sa précieuse, rieuse et dévastatrice verve, authentique machine à dépouiller la vérité de cette couche de politesses superflues et de circonlocutions dans laquelle notre époque aime l'emballer.

Straight to the point

« Je ne sais pas d'où ça vient, cette espèce de f**k you attitude, rigole la chanteuse. Quand le premier album est sorti avec Aujourd'hui, ma vie c'est d'la marde, il y a eu une période où les gens répétaient : 'Non, c'est la pire toune au monde, une fille ne devrait pas être en train de dire ça.' À toutes les fois, j'avais le goût de répondre : Voyons, ça se peut pas que tu n'aies pas déjà pensé ça toi-même », s'étonne-t-elle, alors que je lui fais remarquer que notre société à tendance à sourciller en entendant les filles au franc-parler aussi décomplexé.

Mais en toute franchise, Lisa, sommes-nous, les gars, aussi bêtes et barbants que tu le laisses entendre dans Dump the Guy ASAP?

« Non, faut juste pas que tu sois un f**kin' douchebag! » lance-t-elle, aussitôt submergée par un grand éclat de rire solaire. « Dans celle-là, je parle à une amie, mais il y a une autre toune sur l'album qui est pretty straight to the point. Je bitche about a guy - encore - pis je dis, you know, de la dirt sur cette personne-là. C'est la seule affaire que je peux faire, parler de ma vie, je ne peux pas écrire de fiction, mais ma vie est pas si pire que ça non plus. C'est juste que, des fois, tu tombes sur une personne qui finit par être une muse pour quatre tounes ! C'est f**ké, le monde qui écrit des tounes... »

Après un premier disque dont vous pouvez sans doute fredonner tous les refrains, puis un EP en anglais (Highways, Heartaches and Time Well Wasted), se dérober à l'ombre de questions existentielles anxiogènes n'aura pas été complètement possible.

« Je me suis beaucoup demandé ce qui fait qu'il y a des artistes dont les deux ou trois premiers albums sont amazing, pis all of a sudden, ça vire moins bon », confie-t-elle alors que nous discutons de Fleetwood Mac et de Stevie Nicks, dont les posters ornaient sa chambre d'adolescente. « Qu'est-ce qui change dans la façon d'écrire de quelqu'un qui a eu du succès? C'est-tu le fait que tu penses plus, t'es moins naïf? Holy shit, je suis-tu une one-hit wonder? Je me la suis posée, la question. »

Grande voyageuse

On lui demande si elle s'est déjà intentionnellement propulsée dans le pétrin, avec l'espoir que de son désarroi jaillissent de grandes chansons : « Oh yeah, totally! Avant, j'aimais me mettre dans des weird situations pour me sentir en vie. C'est fucké, le monde qui écrit des tounes, han? Asteure, je vais plus voyager pour me mettre dans une shit qui va m'inspirer. Amoureusement, je vais être chill. »

« Mes parents, ce sont pas des long-distance voyagers, mais ils connaissent les Maritimes comme le back de leur main », se rappelle Lisa LeBlanc, en évoquant son propre goût pour les longues balades en voiture sans destination précise. « Les samedis matins à 6 h, c'était : 'Envoye, les enfants, let's go!' On partait en ne sachant jamais si on allait tourner à droite ou à gauche. Mes parents adorent driver. »

Elle ne conduit peut-être pas une Buick, comme son père - « C'était un vrai salon sur roues » - mais la elle est souvent tiraillée par le même appel pour le grand chemin que papa et maman. Incapable de réellement embrasser le quotidien d'une vie montréalaise forcément plus balisée que durant ses escapades, elle repartait l'automne dernier sur les traces des musiques qui la nourrissent.

« Si tu joues du banjo, faut que t'ailles faire un tour aux States. Je suis allée à Asheville en Caroline du Nord. J'ai suivi un cours avec un vieux monsieur, une légende du old-time banjo. Je voulais apprendre des affaires. On décrit souvent les États-Unis comme le big bad US, mais j'ai fait du couchsurfing partout et j'ai rencontré le nicest monde! J'aime assez ça être partie, c'est awesome. Je suis bien sur la route! »

Sam Roberts

Lisa LeBlanc, gipsy des temps modernes? « Ça dépend de quel genre de gipsy tu parles. Ils ont pas tous bonne réputation », rétorque-t-elle affectueusement. Le mot revient néanmoins souvent dans ses textes et se conjugue parfaitement à l'histoire de cette adolescente qui, à 17 ans, déposait son démo sur le zinc d'un bar de Miramichi. Elle y sera engagée en tant que chansonnière. « Je jouais du nineties stuff, des hits, du Blind Melon, du Sam Roberts. » 

Sam Roberts qui, parce que les rêves s'immiscent parfois dans la réalité, interprète des choeurs sur son prochain album, réalisé par Joseph Donovan, proche collaborateur de... Sam Roberts!

« Au début, fallait que ma mère soit là, j'avais besoin d'un chaperon, poursuit-elle. Au lieu d'être ma soccer mom, c'était ma music mom. Ma mère est amazing, elle m'a suivie longtemps dans tous mes shows. Elle chantait et jouait de la guitare quand elle était jeune. Je suis contente, parce qu'elle a recommencé à prendre des cours depuis qu'elle est à la retraite. »

Tandis qu'on discute de ses musiques de jeunesse, une voiture dont le système de son hurle Pour Some Sugar on Me de Def Leppard s'immobilise au coin de la rue. Nous jouerons du air drum jusqu'à ce le serveur nous interrompe.

Lisa LeBlanc monte sur la scène du Festival de la Curd, ce samedi 20 août. Elle sera de retour le 10 novembre à la Salle Jean-Despréz, cette fois avec les chansons de son nouveau disque.

Pour y aller

Quand: Samedi 20 août

Où: Fromagerie St-Albert

Renseignements: festivaldelacurd.ca

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