Du traditionnel très peu conventionnel

Yves Lambert animera le parc des Cèdres le... (Courtoisie)

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Yves Lambert animera le parc des Cèdres le soir de la Saint-Jean-Baptiste.

Courtoisie

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Yves Lambert vient montrer sa bobine souriante à L'Outaouais en fête, le soir de la Saint-Jean-Baptiste. Il ne vient pas giguer en solo, mais avec la version 'lourde' de son spectacle Lambert dans ses bottines : «on est neuf musiciens. Ça fait 15 ans que j'ai pas eu un big band aussi gros, et je trippe comme un fou, j'adore », rigole-t-il.

Il s'agit du projet qu'il a monté avec le très inventif Socalled (lequel a grandi à Aylmer sous le nom de Josh Dolgin) derrière la console, afin de souligner ses 40 ans de carrière. Le but: survoler, tout en le dépoussiérant allégrement, ce répertoire trad-folk que notre Bébert national traînait dans ses bottines depuis quatre décennies. 

Vu que, sur disque, le terroir se métisse à sa guise avec des rythmiques tropicales, des cordes orchestrales, des ritournelles tziganes et des élans hip hop, ce dynamique projet peut se décliner à bien des sauces. Sur scène, il prend toutes sortes de configurations, selon la disponibilité des complices. Mais s'y greffent généralement Tommy Gauthier et Olivier Rondeau, du Yves Lambert Trio, ainsi que Socalled. Au menu, à Aylmer: «deux violons, un banjo, une mandoline, Socalled aux échantillonnages et claviers, un percussionniste et deux cuivres », se réjouit l'accordéoniste.

Il a étrenné cette formule à neuf têtes aux FrancoFolies de Montréal, la semaine dernière. Il la reprendra au Mondial des cultures de Drummondville, le 7 juillet, cette fois avec une petite surprise podorythmique: «Là, je renoue avec un comparse de La Bottine [Souriante], Michel Bordeleau, un multi-instrumentiste de talent. On s'était délaissé pendant 15 ans. Il vient jouer dans mon équipe. On est réconciliés», se réjouit le confondateur de La Bottine, qu'il a déchaussée en 2002.

«Ç'a été un long cheminement d'expérimentations axées sur un retour aux sources, la pureté du répertoire, la signification du patrimoine. J'ai fait un grand ménage - une grande recherche - pendant ces quinze années post-Bottine».

Lorsqu'est venue l'heure de fêter son Quarantième Rugissant, en 2015, Yves Lambert a voulu inverser sa démarche et mettre un grand coup de pied aux traditions, ou du moins à ses habitudes. 

«J'ai eu envie d'exubérance. J'ai eu besoin de lâcher mon fou. [...] Le trio va très bien - en 15 ans, on est passés par toutes sortes d'étapes dans nos relations ; à présent, il est extrêmement mature. Alors j'expérimente...»

La pureté ? « Pas capable ! »

Il est donc allé chercher Socalled, qu'il connaît depuis 2008. En 2011, Lambert a participé à sa comédie musicale The Season. «J'étais le seul comédien humain, au milieu de marionnettes extra-terrestres, et je faisais deux chansons. Les deux seules en anglais que j'ai enregistrées dans ma vie.» Ce qu'on ne ferait pas, pour un ami...

«J'ai un accent à couper au couteau, mais ce n'était pas un compromis, c'était... expérimenter des choses! » souligne Yves Lambert, qui a rempilé (en français) sur Booty­caller, chanson funky tirée du dernier album de Socalled. «J'axe sur l'ouverture. Et avec Josh, c'est une compatibilité de caractère. On voit la musique et on fait ce métier de la même manière.  Je l'aime bien.»

Lambert, qui «ne compte plus le nombre de Saint-Jean » passées sur les planches, a reçu, fin mai, le prix Artisan de la Fête nationale - en même temps qu'un autre «vieux comparse» de la Bottine, André Marchand, et de Gervais Lessard, du Rêve du Diable - «une grande source d'inspiration pour nous autres, à l'époque».

Il se désole toujours que la musique traditionnelle soit si «sous-estimée» au Québec, victime de «préjugés» et cantonnée aux 23-24 juin et 31 décembre, alors qu'en Europe et aux États-Unis, elle est gaillardement portée tout au long de l'année. 

«Ce problème de diffusion ne concerne pas que la musique traditionnelle, mais les musiques plus pointues - le jazz, le classique et la chanson francophone » mais c'est avant tout «un problème d'éducation» musicale et de «perception», se désole Yves Lambert. On ne considère pas assez la mémoire, déplore-t-il. Résultat: « Au Québec, ce qui marche, c'est le vedettariat. On n'a pas de culture musicale, on a des vedettes de la chanson», assène-t-il.

Les subventions vont de préférence aux entreprises culturelles déjà rentables plutôt qu'aux véritables esprits créatifs, estime-t-il. «Les politiques de financement de la culture n'ont [d'yeux] que pour les élites et les 'grandes réussites'. Alors que la culture, c'est la création, donc, c'est forcément underground, quelque part. Moi, je resterai underground toute ma vie, et c'est tant mieux, parce que la recherche se fait là, dans l'urgence » et la précarité.

Ses «recherches» l'ont incité à frotter sa musique aux sonorités d'horizons les plus variés - penjabis, berbères, klezmer, maloya de l'île de La Réunion. «Moi, c'est pas la langue, c'est la musique. C'est le langage universel, la communication, le partage. Et c'est ça, le plus important, on l'oublie trop souvent.»

«Il y a plusieurs façons de travailler avec le patrimoine. On peut approcher le trad' de façon obtue, ou en l'utilisant comme une matière meuble.» Alors Lambert sculpte en métissant à tout-va, sans s'imposer de limites, sinon l'«équilibre entre modernité et tradition». 

La démarche n'est pas osée, mais «complètement naturelle», pour lui. «Je suis très respectueux du vieux violoniste, mais je suis conscient du monde qui m'entoure». C'est grâce à cette modernité que, réarrangée par Fred Wesle, grand collaborateur de James Brown, La ziguezon zinzon peut prendre des accents funk complètement délirants, illustre-t-il.

«Moi, pendant 15 ans, j'ai essayé d'être 'pur', mais j'ai pas été capable! s'esclaffe-t-il, en mentionnant qu'il débarque à Aylmer entouré d'«un Juif, un Africain et trois Anglais». Et un Lambert métis: «j'ai dans mes veines du créole et du rasta», image-t-il.

Son big band traditionnel-peu-conventionnel montera sur la scène du Parc des Cèdres le 24 juin, à 22h, précédé par Jean-Pierre Ferland et Guy Perreault.

Pour y aller

L'Outaouais en fête

Parc des Cèdres

Du 23 au 26 juin

www.festivaloutaouaisenfete.com ; 819-684-8460

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