Elle s'appelle Simone, Lisa Simone

Lisa Simone ne fait pas que chanter son monde, elle le vit, voix et coeur... (Courtoisie)

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Lisa Simone ne fait pas que chanter son monde, elle le vit, voix et coeur grands ouverts. En paix avec qui elle est. Avec son deuxième album, intitulé My World, l'auteure, compositrice et interprète de 53 ans s'affranchit une fois pour toutes de son statut de «fille de» la légendaire Nina. Après avoir chanté que tout va (maintenant) bien sur All Is Well, lancé en 2014, Lisa Simone invite les gens à entrer de plain-pied dans sa musique à elle.

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«J'ai attendu longtemps avant d'arriver là où je suis aujourd'hui. À faire écouter ma voix sans que personne espère entendre celle de ma mère», lance sereinement Lisa Simone.

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«J'ai attendu longtemps avant d'arriver là où je suis aujourd'hui. À faire écouter ma voix sans que personne espère entendre celle de ma mère. Les gens sont enfin prêts à tendre l'oreille à ce que je fais, moi. Avec pour résultat que je suis rentrée à la maison, ce lieu auquel j'appartiens, où je me sens bien et dont je ne peux plus nier qu'il fait partie de qui je suis: la musique!» lance-t-elle sereinement, entre deux gorgées de thé chaï, qu'elle vient de commander (dans un français coulant) dans une rue de Paris où on la joint sur son portable.

Lisa Simone chante pourtant depuis l'enfance. Ce qui ne l'a pas empêchée de prendre quelques chemins de traverse avant de retrouver la voie qui allait la ramener jusqu'à elle-même. «Disons que ça n'a pas toujours été simple d'être la fille de Nina Simone...» fait-elle valoir à l'autre bout du fil.

Trimballée au gré des engagements et des humeurs de sa mère, elle décide de prendre ses distances. À 18 ans, elle s'enrôle au sein de l'US Air Force (elle sera notamment déployée en Irak, en pleine guerre du Golfe). Par la suite, si elle foule les planches dans les années 90, ce n'est toutefois jamais seule: elle préfère accompagner les uns (Raphael Martos, la vedette hispanophone) ou faire partie des autres (le groupe Liquid Soul). Pour ensuite joindre les rangs de différentes troupes sur Broadway, où Simone (elle utilise son seul patronyme comme nom professionnel) gravit les échelons un à un, de chanteuse remplaçante à ses premiers rôles, de Rent au Roi Lion, en passant par Aïda, pour laquelle elle reçoit en 2002 le National Broadway Theatre Award en tant que meilleur actrice de comédie musicale.

Sa mère chamboule ses plans de carrière, en mourant en avril 2003. «Simone est morte en même temps que Nina», confie sobrement Lisa.

Cette dernière quitte donc Broadway pour s'occuper de la succession familiale. Renoue avec la scène, mais plus aux États-Unis et toujours une parmi d'autres artistes (les Daughters of Soul ou les Sing the Truth, avec Angélique Kidjo). Elle se cherche encore, toujours. Chante le répertoire de sa mère (Simone on Simone, en 2008). Trouve finalement dans la méditation l'espace nécessaire pour faire lentement mais sûrement place en elle à Lisa Simone.

«La méditation, c'est le socle que j'ai trouvé pour me rebâtir, pour trouver la paix au coeur du chaos qu'était ma vie. Pour me réapproprier mes prénom et nom de famille. Je ne veux pas renier mon héritage, au contraire, mais je me donne la possibilité d'être moi, librement, pour la toute première fois.»

L'artiste qui sommeille depuis longtemps en elle rencontre parallèlement, en 2014, le bassiste et directeur musical Hervé Lamb, Sénégalais de naissance, Parisien d'adoption. Entre eux, le courant passe. Et lui permet enfin de faire entendre qui elle est, ce qui s'écrie en elle depuis des décennies... mais reste tu.

«Plusieurs des textes aujourd'hui mis en musique étaient dans mes tiroirs depuis très longtemps. Child In Me, par exemple, s'est retrouvée sur All Is Well 20 ans après que je l'aie écrite pour évacuer toutes les larmes que je n'avais pas laissé couler, enfant...»

Ode to Joe, qu'elle dédie à son fils Joel de 33 ans sur My World, revient sur une période plus tendue de leur relation. «Qu'on le veuille ou non, nos enfants nous reprochent parfois ce que nous avons nous-mêmes reproché à nos parents, parce que malgré tous nos efforts, il nous arrive de répéter les erreurs ou absences de la génération précédente sans le vouloir...»

De mère en fille

Sur My World, Lisa Simone chante sa mère: à travers If You Knew, que Nina avait écrite pour elle; Tragique Beauty, que la quinquagénaire a pondu à la mort de la diva il y a une douzaine d'années; et This Place, référence à la dernière maison de Nina, située à Carry-le-Rouet, en France, et dont Lisa a fait son domicile.

Elle chante surtout sa fille, RéAnna. Qu'elle lui offre son amour inconditionnel (Unconditionally) ou qu'elle fasse siens ses mots. Car, sans surprise, RéAnna suit les traces de sa grand-mère et de sa mère, en écrivant et en chantant.

«RéAnna m'a présenté I Pray il y a un peu plus de trois ans. Quand je lui ai demandé de pouvoir l'enregistrer sur All Is Well, elle m'a dit qu'elle préférait la garder pour son album à elle!»

C'était jusqu'à ce que, l'an dernier, l'adolescente de 16 ans décide de troquer son texte contre le piercing à la lèvre que sa mère lui refusait.

«Elle n'a pas mis beaucoup de temps, après que je lui aie dit non, à revenir me voir en me lançant: "Tu sais, la chanson que tu voulais pour ton album..." Bref, elle sait négocier! Je l'ai donc accompagnée quand elle est allée se faire faire son piercing - qui, ma foi, lui va plutôt bien!»

Or, contrairement à Nina, «dont peu de gens savaient qu'elle avait une enfant», Lisa Simone n'avait pas l'intention de laisser RéAnna dans l'ombre.

«Il était clair que nous allions partager le micro sur I Pray. D'ailleurs, nous avons partagé un magnifique moment en famille, avec son père, en studio! Elle fait ses débuts sur disque, elle le fait avec moi, et je ne pourrais pas être plus fière!»

Critique: My World, de Lisa Simone ***1/2

Sa voix riche vibrant sur des incantations aux accents tribaux ou portée par la basse envoûtante de son complice Herbé Lamb, Lisa Simone nous convie dans son monde, tout en embrassant fièrement l'héritage musical de sa célèbre mère Nina.

L'auteure-compositrice-interprète de 53 ans ne renie pas ses racines, mais les chante affranchie de son passé.

Let It All Go donne d'emblée le ton de son lâcher prise, en équilibre entre la réalité de son amour inconditionnel pour sa fille RéAnna (avec qui elle chante aussi la sublime I Pray), les attentes (dont celles de son fils aîné, sur Ode To Joe) et ses espoirs humanistes (la pièce-titre). Elle reprend un texte que sa mère avait écrite pour elle, enfant, pour mieux faire la paix avec elle (tendre If You Knew), en plus de lui dédier Tragique Beauty (racontant comment elle a vécu sa mort) et This Place (la maison de Nina, à Carry-le-Rouet, en France, qui est devenue la sienne aujourd'hui).

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