Les derniers miles d'Oliver Jones

Après 76 ans de piano, difficile de croire... (Courtoisie)

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Après 76 ans de piano, difficile de croire qu'Oliver Jones refermera son instrument à tout jamais.

Courtoisie

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Victime d'un infarctus l'an dernier, le pianiste Oliver Jones a annoncé qu'il ferait ses adieux à la scène. S'en tiendra-t-il à ses promesses ou cédera-t-il, comme beaucoup avant lui, aux sirènes du come-back? «Je dois ménager ma santé si je veux encore être là les 15 prochaines années!» a déclaré le jazzman en entrevue.

À 81 ans, cette icône du jazz canadien a entamé au printemps une tournée d'adieu pour partager ses derniers moments avec le public. Il sera de passage au CNA le 19 mai lors d'un ultime concert à guichets fermés, à 19h30.

En attendant la fin des festivités scéniques, Oliver Jones a choisi de tirer sa révérence au sommet de son art sans ménager ses efforts. Une cinquantaine de prestations sont prévues cette année, d'un côté à l'autre du Canada. Son épopée musicale devrait s'achever en janvier 2017 à La Barbade. «Mes parents y sont originaires, raconte-t-il, j'y passe plusieurs semaines chaque année.» Une façon de boucler la boucle au soleil et en famille, pour bien finir l'histoire. 

«Et après, c'est tout!» lance-t-il dans un français chaloupé d'accent anglais.

L'effet Peterson         

Cette tournée sera forcément chargée en émotions. «La scène va me manquer, dit-il, mais ce qui me manquera le plus, c'est de voir mes amis, de Vancouver à la Nouvelle-Écosse. Les concerts étaient un fabuleux moyen de revoir ma famille dispersée au Canada.» 

Oliver Jones n'a jamais vraiment quitté Montréal depuis qu'il y est né, à quelques pas de chez Oscar Peterson. Enfant, il étudie d'ailleurs le piano classique auprès de Daisy, la soeur du grand compositeur. S'il n'avait qu'une seule pièce de musique à garder dans sa carrière, ce serait Hymn to Freedom d'Oscar Peterson.

«Oscar a eu une grande influence sur ma carrière, dit-il. Si j'avais été payé chaque fois que j'ai joué ses morceaux, je serais millionnaire aujourd'hui.» 

Fidèle à l'esprit d'improvisation du jazz, le grand musicien continue de s'inspirer de l'humeur et des suggestions du public en concert: «Ainsi, je n'interprète jamais le même programme. L'idée m'était venue en rencontrant les spectateurs. Ils me faisaient partager leur déception que je n'aie pas joué tel morceau de tel album.»

Au programme de la tournée d'adieu: des standards jazz, certes, mais aussi Bach ou Chopin. «J'aime interpréter les compositeurs américains et certaines de mes pièces», complète le musicien. Il se produira en trio, complété par le batteur Jim Doxas et le contrebassiste Éric Lagacé, avec qui il tourne depuis plus de dix ans.

«Bien que j'aime jouer avec des cordes, pour une ambiance chaleureuse, le trio me confère plus d'indépendance. D'un point de vue pratique, je bénéficie d'une meilleure autonomie en jouant avec de plus petits ensembles, j'ai toujours préféré le format du trio qui marche pour moi.»          

Après 76 ans de piano, difficile de croire qu'Oliver Jones refermera son instrument à tout jamais. Il espère encore un ou deux enregistrements de disques, sans trop y croire cependant pour des «raisons pratiques». 

«Je sais que je ne peux pas complètement tout arrêter, reconnaît-il. Il y a tant de jeunes instrumentistes talentueux au Canada qui méritent d'être connus!» Une reconversion imminente dans la promotion de nouveaux talents? «J'ai déjà recommandé certains artistes pendant que je voyageais», répond-il. 

Passer le flambeau

Désormais, l'essentiel pour lui est de donner en retour, de passer des feux de la rampe au parrainage discret de jeunes musiciens virtuoses. «J'ai eu une carrière magnifique, j'avais l'habitude de voyager 300 000 miles par an, mais c'est devenu impossible à mon âge. Il est temps de présenter d'autres talents.» 

Cette tournée d'adieux n'aura rien d'une sinécure pour l'octogénaire: après avoir déjà voyagé en Suisse et à Haïti cette année - «pendant les élections, une période difficile où il était impossible de sortir à cause des manifestations» - il se produira au Brésil, cet été, à l'occasion des Jeux olympiques. 

Une ultime tournée immanquable pour les amateurs de piano.

Pour y aller

Quand? Le 19 mai, 19h30 (à guichets fermés)

Où? Centre national des arts

Renseignements: Billetterie du CNA, 613-947-7000; Ticketmaster.ca, 1-888-991-2787

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