Pour l'amour de la langue

Contrairement à son dernier passage au Québec - une minitournée acoustique -... (Courtoisie, Claude Gassian)

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Courtoisie, Claude Gassian

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Contrairement à son dernier passage au Québec - une minitournée acoustique - Francis Cabrel n'est plus seul sur scène. Profitant du printemps pour venir présenter les ritournelles aigres-douces d'In Extremis, son plus récent album, le Français s'arrête à Gatineau ce samedi 7 mai (à guichets fermés). Précédé de la Franco-Ontarienne Céleste Lévis, qui assure toutes les premières parties de cette tournée.

C'était «la première fois de ma vie que je partais seul», note-t-il, d'un ton laissant deviner qu'il ne court pas après cet exercice solitaire, lui qui n'a jamais caché l'anxiété qui le tenaille chaque fois qu'il s'apprête à monter sur scène. Même après 40 ans de carrière, il continue toujours d'appréhender un trou de mémoire, un accord mal plaqué, un élan vocal qui faiblit.

Cette fois, quatre musiciens et trois choristes l'entoureront. Reste que la présente tournée demeure dans les mêmes tons feutrés: «Ça tourne encore autour de la guitare acoustique», indique le chanteur. «C'est un peu la suite logique de la tournée que j'ai faite ici il y a un an et demi.» 

«J'ai demandé aux musiciens que ce soit assez léger, qu'ils fassent un peu comme de la dentelle autour [de la guitare acoustique]. Je ne voulais pas de groupe fort et puissant» qui viendrait accaparer l'attention du public. 

La langue...

Francis Cabrel entretient depuis longtemps «une relation d'admiration» avec le Québec. «Tous les francophones [l]'intéressent, [l]'émeuvent», aussi se fait-il un devoir - et le plaisir - d'aller à la rencontre de la grande francophonie, «que ce soit à l'île de La Réunion, en Europe ou par chez vous». 

Mais le combat, «tant historique que quotidien» mené en Amérique du Nord «pour tenir la langue française dans un océan d'anglais, c'est une forme de résistance à laquelle je suis sensible. C'est une sorte de vengeance historique».

À cela s'ajoutent «l'éloignement et la beauté» de nos contrées. «Le rêve américain, pour un petit français qui vient du fin fond de la Gascogne, c'est toujours très impressionnant», lance Francis Cabrel, qui ne repartira pas sans emporter un ou deux disques québécois, pour le plaisir de la découverte, et le dernier Jean Leloup. 

Il a d'ailleurs toujours aimé rapprocher les deux continents, que ce soit en faisant découvrir Richard Desjardins aux Français, en reprenant Cash City en duo avec Luc de Larochellière, en adaptant en français des chansons de J.J. Cale ou de Creedence Clearwater Revival, et en consacrant à Bob Dylan un album complet (Vise le ciel, recueil de chansons de Dylan adaptées dans la langue de Cabrel). 

Le Français  caresse le projet de refaire l'exercice, cette fois avec le répertoire de Leonard Cohen.

Mais on ne mélange pas. À l'heure où les voix artistiques sont de plus en plus nombreuses à mêler l'anglais et le français - par créativité, pour jouer avec la langue, disent-elles - Francis Cabrel préfère faire acte de «résistance».

«Bien sûr, il y a tous ces métissages contre lesquels on ne peut rien, mais il faut résister pour garder le plus longtemps possible cette langue qui a tellement de nuances et de beautés en elle qu'on peut en faire des choses merveilleuses.» Écrire des chansons, «c'est ma façon de dire mon amour à la langue et la littérature française. Je suis un amateur de Charles Baudelaire, d'Apollinaire, de Verlaine [...] et moi, bien humblement, loin derrière, j'essaie de respecter ceux qui ont écrit ces chefs-d'oeuvre.» 

S'il ne trouve rien à redire aux emprunts linguistiques ponctuels et mesurés - «à l'arabe, à l'italien ou au hollandais» -  qui ne font que refléter le brassage culturel qui caractérise l'Europe, Francis Cabrel déplore en revanche cette «forme de soumission à l'anglais» qu'il observe en France. «À sens unique, ce n'est plus du métissage, c'est une subversion [de la langue], à laquelle il faut tenter de résister.»

«Quand je lis Balzac, je n'ai vraiment pas envie d'écrire des couplets en anglais, pour faire plaisir à la mode», souffle-t-il.

...et Céleste

Francis Cabrel a pris l'habitude d'aider les jeunes artistes à briller en leur confiant ses premières parties. Benoît Doremus, «un des plus doués des chanteurs français actuels, même si les radios sont encore dubitatives», a ouvert toute sa tournée en France. 

Au Québec, ce privilège a été confié à Céleste Lévis, qui, dans la foulée de son passage à La Voix, l'an dernier, a intégré l'écurie de Tandem... dont le producteur, Paul Dupont-Hébert, s'occupe de la carrière de Cabrel au Québec.

Cabrel avoue qu'il «ne savait pas exactement ce qu'elle chantait» lorsqu'il a rencontré la jeune franco-ontarienne, l'an dernier. «Là, je viens de la voir sur scène cinq ou six fois. C'est quelqu'un de déjà très affirmé. Bien qu'elle soit jeune, elle a une belle assurance vocale - mais ça, c'est un peu le point commun à tous les chanteurs du Québec. Elle a une jolie technique, de la puissance, mais c'est aussi une vraie musicienne, qui peut jouer toute seule, ce qui ne l'empêche pas d'être très bien accompagnée par ses deux comparses.»

«Les chansons sont jolies. Il y a beaucoup d'émotion. Quand elle reprend Léo Ferré, c'est assez impressionnant. Et culotté, parce que c'est une chanson difficile. Qui est entrée dans les fondements de la chanson française.»

Pour y aller

Quand : samedi 7 mai (complet)

8 octobre 2016 - Supplémentaire

Où : Théâtre du Casino du Lac-Leamy

1 877 977-7970 ou www.ticketmaster.ca

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