Folk bleu et robe rouge sang

Avec son quatrième album, Holding Patterns, Amanda Rheaume... (Courtoisie)

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Avec son quatrième album, Holding Patterns, Amanda Rheaume reste fidèle à ses racines.

Courtoisie

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L'auteure-compositrice-interprète Amanda Rheaume poursuit sa route folk-roots avec un quatrième album, Holding Patterns. La chanteuse d'Ottawa en offrira un avant-goût au Centre national des arts, jeudi, la veille de sa sortie dans les bacs.

Bien qu'on retrouve à nouveau sur ce disque un récit familial - The Day The Mountain Fell retrace «l'histoire d'un membre de ma famille qui fut l'unique survivant d'un glissement de terrain en Colombie-Britannique, à la fin des années 1950» -, la chanteuse métis s'éloigne un peu l'exercice entamé en 2013, à l'époque de Keep A Fire, collection de portrait tirés de son arbre généalogique, que lui avait transmis son grand-père, le député fédéral Eugene Rhéaume.

C'est encore ce grand-père porteur des voix et de la mémoire métis - et aujourd'hui décédé - qui lui avait raconté l'histoire de ce lointain cousin: un bébé miraculé dont le berceau avait été doucement surélevé, mais pas emporté, par la coulée de boue.

Avec Holding Patterns - qu'elle a enregistré au Bathouse, le studio des Tragically Hip situé aux abords de Kingston, en compagnie de l'Ottavien Jim Bryson, son réalisateur -, Amanda Rheaume dresse cette fois son propre portrait, tout en intériorité et en vulnérabilités.

«C'est un album très personnel. On y trouve des chansons de rupture», reflets de la relation amoureuse compliquée dont la chanteuse a récemment trouvé le courage de s'extirper. Après de longues souffrances causées autant par l'Autre que par ses propres Patterns (récidives comportementales) auxquelles elle s'accrochait. Elle ne s'y fait toutefois pas larmoyante, mais digne, «lucide», et parfois même «sarcastique». «Artistiquement, Jim m'a beaucoup poussé à essayer des choses différentes, et on s'est beaucoup amusés.»

En marge de ces diapositives intimistes se glisse un titre plus politique, Red Dress, dont elle a fait son premier extrait. Ce morceau, qui lui tient particulièrement à coeur, traite poétiquement et subtilement «des meurtres et disparitions des femmes indigènes au Canada». Les paroles de ce duo interprété avec son «amie» junoïsée Chantal Kreviazuk ont été «inspirée par la violence intergénérationnelle et le fait que l'on blâme les victimes» plutôt que leurs bourreaux. 

Amanda Rheaume demeure scandalisée par le verdict de non-culpabilité rendu l'an dernier dans l'affaire Cindy Gladue, une prostituée morte au bout de son sang dans la baignoire d'une chambre d'hôtel, à quelques pas de son client, lequel dormait paisiblement après leurs ébats violents. 

La chanteuse enrage de constater qu'on puisse estimer des femmes responsable de leur mort ou de leurs cicatrices simplement parce qu'elles sont entrées dans l'engrenage de la prostitution. «Ces femmes sont diminuées et bafouées même après leur mort. Qu'on ait pu acquitter le méchant de cette histoire, ça me dépasse complètement!» 

«Tous les profits tirés de cet extrait serviront à aider la campagne de financement de l'Association des femmes autochtones du Canada, et j'en suis très heureuse», note Amanda Rheaume. Elle en a tiré un vidéoclip inspiré du REDDress Project que l'artiste visuelle Jaime Black, une Métis manitobaine, avait conçu en 2014 en réponse à ce millier de femmes disparues.

«Alors, oui, Jaime Black m'a influencée - et j'ai obtenu son aval. Je trouvais que l'image de la robe est rouge est parfaite parce que c'est normalement pour sortir et passer du bon temps que les femmes vont porter une robe, mais dans ce cas, le vêtement représente l'esprit de quelqu'un qui a disparu ou été assassiné. Il devient une façon d'honorer sa mémoire.»

Fière porteuse de son héritage autochtone, elle est convaincue que chanter a un pouvoir de guérison. «Peut-être pas dans le cas de Red Dress, mais j'ose espérer que cette chanson a un pouvoir de conscientisation, de paix, et celui de faire un peu réfléchir.»

Le public aura l'occasion de s'en émouvoir, jeudi, à la Quatrième salle du CNA, où elle se produit à guichets fermés, avant d'amorcer une grande tournée pancanandienne.

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