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Michel Cusson: composer une trame sonore... en spectacle

Créer de la musique pour l'image, ça vous transforme le compositeur. Quand on... (Hugo Lacroix)

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Hugo Lacroix

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Créer de la musique pour l'image, ça vous transforme le compositeur. Quand on doit mettre en notes une émotion spécifique et qu'on n'a qu'une ou deux minutes, voire quelques secondes pour y arriver, il faut savoir aller droit au but.

Ce que fait Michel Cusson depuis maintenant une vingtaine d'années. Presque pile-poil, car en janvier 1996, les téléspectateurs québécois découvraient les premiers épisodes de la télésérie Omertà - La loi du silence, celle qui a mis l'ancien Uzeb sur la carte des incontournables parmi les compositeurs québécois pour l'image.

Le reste est passé à l'histoire: de grands succès du cinéma, tels que Séraphin: un homme et son péché, Aurore et Maurice Richard; plusieurs films IMAX 3D; des séries télé, dont Tag, René Lévesque, Le dernier chapitre, Vice caché, Les rescapés et Unité 9; et même des spectacles à grand déploiement (Les légendes fantastiques, AO, Cavalia, Odysséo, Ulalena, présenté à Hawaï depuis 1999, et Era, installé à Shanghai depuis 2005).

«Mais ce que je fais en studio depuis tout ce temps, j'avais maintenant envie de le faire sur scène», explique le musicien originaire de Drummondville, qui n'avait pas foulé les planches depuis la tournée de l'album Café Élektrik, avec Luck Mervil et Térez Montcalm, en 2010.

«Je sentais qu'en 2015, j'avais des choses différentes à dire et j'avais le goût de retrouver ma guitare, d'improviser, mais avec un véhicule plus semblable à ce que je fais aujourd'hui comme compositeur. Autrement dit, créer une trame sonore en direct. Ça peut avoir l'air simple, mais non», confie Michel Cusson, qui a passé sept ou huit ans à mettre au point l'espèce de ministation musicale lui permettant, aujourd'hui, de concrétiser son idée.

Le résultat est un album, Solo, qui paraissait vendredi dernier, ainsi qu'un spectacle où le musicien, uniquement armé de ses guitares et entouré de son équipement informatique (lequel demeure assez discret, insiste-t-il), crée en direct la trame d'images projetées sur écran derrière lui.

Et le musicien, qui a même consulté des réalisateurs lors de l'élaboration de son concept (il remercie d'ailleurs Denys Arcand et François Girard dans le livret de l'album) est plus que satisfait. Il a déjà fait quelques tests, notamment lors du dernier festival Jazz en rafale. «Ça me donne des possibilités incroyables, même d'influencer la structure de la musique en direct.»

Photos à la mer

L'autre élément déclencheur est cette histoire de photos rescapées qui a inspiré les compositions de Solo.

Il y a plusieurs années, alors qu'il marche sur une plage de la côte est des États-Unis, Michel Cusson est témoin d'un acte de désespoir: une femme en panique jette à la mer photos et albums avant de s'enfuir.

«Ça a duré deux minutes. Le plus particulier, c'est que personne, parmi tous les témoins de la scène, n'a pu se résigner à laisser les photos à la mer. Nous les avons toutes récupérées. Je ne sais plus trop comment, mais c'est moi qui en ai hérité. J'aurais trouvé sacrilège de les laisser là. Je les ai mises dans une boîte, puis je les ai oubliées pendant environ trois ans. Je n'étais pas capable de les regarder.»

C'est justement alors qu'il se cherchait un nouveau projet de création que le compositeur a ressorti les photos, conservées dans l'obscurité depuis tout ce temps. L'eau, le sel et le sable avaient délavé les clichés d'une façon étrangement magnifique, tels des tableaux où les personnages s'effacent.

«C'est touchant parce que tout le monde a de ces albums de photos là», commente Michel Cusson, qui nimbe volontairement l'anecdote de flou.

«Cette femme est toujours vivante et, à la limite, je pourrais la retrouver. Mais je n'ai jamais essayé, par respect. Dans le fond, ce n'est pas la vie de cette personne qui importe le plus, mais que cet événement soit devenu une source d'inspiration de ma propre vie.»

Notamment les virages et moments décisifs de l'existence. «Pour que cette femme en arrive là, c'est qu'elle a vécu des choses. On peut vivre des choses difficiles, mais on peut rebondir aussi. Tous les gens ont la possibilité d'aiguiller leur vie. J'ai pris le côté positif de ça et je le mets en musique.»

L'Orient par instinct

Solo contient ainsi neuf plages très planantes, souvent nostalgiques, avec des titres évoquant la perte, l'oubli, les cicatrices du temps, mais aussi l'espoir et l'émerveillement. Si l'album emprunte plusieurs sonorités moyen-orientales, c'est davantage par instinct, répond Michel Cusson. «Il y a dans cette musique des gammes qui font notamment ressortir le côté étrange. Mais tout ça est inconscient pour moi maintenant.»

Fait notable: tous les sons, même les percussions et les nappes électroniques, ont été réalisés avec des guitares. «Une guitare, tu branches ça à quelque chose, et c'est un son complètement inattendu qui sort à l'autre bout», résume-t-il.

À force de composer pour l'image, peut-on en arriver à développer une dépendance malsaine?

«Lors de mes tests, j'ai essayé sans projections et ça marche aussi fort. Il faut voir l'image comme une orchestration, comme un élément de plus. Au contraire, composer pour l'image te force à fouiller davantage. Aujourd'hui, pour moi, une pièce musicale doit absolument dire quelque chose. Si je dis à quatre musiciens jazz qu'on va jouer l'espoir, ils ne sauront pas quoi faire. Le jazz se limite souvent aux émotions excitantes.»

L'ancien jazzman n'est donc pas du tout fâché du virage qu'il a opéré dans sa carrière. «Le risque, avec le jazz, est de tomber dans la banalité et la prouesse. Rares sont ceux qui peuvent creuser davantage.»

Critique: «Solo», de Michel Cusson ***

Michel Cusson s'adresse aux tympans avertis plus qu'aux profanes.

Les premiers percevront - malgré les structures répétitives, la simplicité des motifs harmoniques et la similitude d'atmosphères - les fines ciselures de ses textures. Les autres auront probablement l'impression que Solo est un long morceau de 50 minutes.

Mais le propre d'une musique écrite pour l'image (ce que cet architecte sonore fait depuis plus de 20 ans) est justement d'étoffer l'ambiance sans se faire remarquer, d'où l'atténuation délibérée des contrastes. D'un côté, il y a cette étonnante variété de sons produits uniquement à partir de guitares (percussions et nappes électroniques incluses); de l'autre, on demeure quand même dans des univers circonscrits, inspirés par les musiques du monde, dont celle du Moyen-Orient à l'avant-plan.

Solo trouve une partie de sa personnalité dans les différents solos, joués par Cusson sur ses nombreuses guitares.

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