La musique à numéros de Jeannot Bournival

«J'ai souhaité que chacun puisse entendre ces morceaux... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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«J'ai souhaité que chacun puisse entendre ces morceaux à sa façon», a indiqué Jeannot Bournival en référence à son nouveau disque.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Peut-on, en 2016, faire de la musique instrumentale en espérant en vivre? C'est le pari qu'a relevé le jazzman de formation Jeannot Bournival, réalisateur choyé, compositeur multi-intrumentiste à qui l'on doit les trames sonores des spectacles de Bryan Perro et celles de multiples documentaires, pièces de théâtre, spectacles de danse et publicités. Mais qui est aussi le chef d'orchestre des disques de Fred Pellerin, son vieil ami et voisin.

On pourra entendre Bournival mardi 2 et mercredi 3 février à la Maison de la culture de Gatineau, en solo au piano, en première partie de Pellerin (ici à titre de chanteur, et non de conteur). Le musicien jouera quelques morceaux de son album Page 36 (Musique à numéro), paru la semaine dernière. Puis on le reverra au côté de son acolyte Caxtonien, dont il est aussi le directeur musical. Deux soirs annoncés à guichets fermés depuis Belle Lurette.

Se mettre en musique

Certains artistes aiment se mettre en scène. Bournival, lui, préfère se mettre en musique. 

Le titre de son nouveau disque est une allusion à l'âge qu'il a atteint voici deux ans, lorsqu'il a décidé de composer «la musique du film de [s]a vie». De sa 36e année de vie, plus précisément. Une «grosse année, avec énormément de changements dans ma vie personnelle, de morts et d'affaires qui te poussent à te questionner un peu.» 

Sa musique est donc «toujours très inspirée d'expériences personnelles [...] et partagées à ma façon».

Tout part d'une émotion, de choses vécues, que ce soit ces «moments joyeux, influencés par la présence de 25 amis et la machine à café», ou ces  moments de «tristesse», emprunts de «réflexion, assis avec ma basse en avant du poële à bois». «Je suis parti d'un "tapon" de pièces, j'ai mis ça dans un entonnoir et j'ai fait des choix représentatifs.»

Fred Pellerin l'a un peu aidé dans sa sélection, convient-il.

Influencer les émotions

Musique à numéro, le sous-titre de son disque, fait référence à ces «peintures à numéro» et autres cahiers de coloriages pour enfants où le dessin, morcelé de petits champs numérotés, se révèle à mesure qu'on les remplit des couleurs censées correspondre. Un espace un peu neutre. Une proposition. 

Bournival, lui préfère laisser aux auditeurs le libre choix des couleurs. 

«J'ai souhaité que chacun puisse entendre ces morceaux à sa façon.» 

S'il n'a rien contre l'art figuratif, Bournival a un faible pour la peinture et la poésie «plus abstraites», dans lesquelles «on peut se perdre puis se retrouver». Or, pour lui, la chanson - qui, bien souvent, raconte une histoire - relève du figuratif, tandis que la musique est une forme d'abstraction. Dans cet esprit, il a soigneusement mis en retrait sa personnalité, ou du moins «tenté de trouver un équilibre» pour que ses expériences personnelles ne téléguident ou ne contaminent pas trop Page 36

Ses compositions, espère-t-il, se contentent de «déclencher une image, qui servira de point de départ».  

«J'essaie de laisser croire que j'avais une pensée, une émotion, derrière les titres énigmatiques [des pièces], mais j'espère plutôt que ça deviendra une musique qui pourra s'intégrer dans leur quotidien, les accompagner». Pour qu'on l'écoute comme quelque chose susceptible «d'aider à identifier nos propres émotions», voire «d'influencer» nos humeurs. Une musique pour «faire du bien».

Le dessein semble ambitieux. Mais c'est oublier l'évidence: «Prends une scène de n'importe quel film et remplace la musique par une autre: la scène change considérablement», illustre-t-il. 

N'allez pas croire que Bournival signe de petites mélodies timides ou bénignes. Certaines orchestrations sont franchement colossales. Les cuivres ne sont pas rares; les cordes du quatuor Mommies on the Run leur donnent de l'étoffe. Une quinzaine d'amis, musiciens et/ou réalisateurs de premier ordre se sont relayés à St-Élie de Caxton, dans son Studio Pantouf, pensé pour le confort. «J'ai même parfois écrit en fonction des musiciens qui allaient venir jouer.»

Fier artiste de soutien

Compositeur encensé, réalisateur récompensé (les trois disques de Pellerin sont certifiés platine ou double-platine), mais artisan humble, Jeannot Bournival ne se situe pas au-dessus de la masse, mais «en dessous». Sans aucune connotation péjorative, puisqu'il s'agit de «soutenir le reste».

«Moi, je mets de la musique en-dessous des chansons. Ou des images, quand il s'agit de spectacles comme Amos Daragon ou Dragao (de Bryan Perro). 'aime les contraintes, et être au service d'une vision artistique», dit-il.

Son album, «c'est un nouveau jeu», qui consiste à «se rendre au bout de son idée» avec pour seule direction artistique, la mienne.

Mais de façon générale, «mon souhait, c'est que l'auditeur se laisse emporter par la musique, pas qu'il la remarque - sauf si le metteur en scène, à un moment précis, veut que la musique prenne le plancher. Mais en général, je vais m'organiser pour que l'attention soit ailleurs, au bon endroit. C'est ça, de la bonne musique: quand on ne l'entend pas », explique celui qui a récemment composé la trame de la série documentaire St-Élie de légendes, pour ICI Radio-Canada.

De l'or dans la salle de bain

L'inspiration arrive toujours sans crier gare. Lorsqu'une mélodie se met à danser dans sa tête, Jeannot Bournival se dépêche d'aller la retranscrire aux toilettes.

«Je suis dans ma cuisine, je fais le café et, emporté par l'énergie d'un brunch avec 25 amis, j'entends de la musique... alors je me dépêche d'aller dans la salle de bain pour chanter le truc dans mon téléphone, pour ne pas l'oublier.»

Ses toilettes sont pratiquement «dédiées à la musique». On appelle parfois cette pièce un lieu d'aisance. Or, c'est bien souvent là qu'il se sent le plus à son aise pour retranscrire, fredonner ou se laisse inspirer.

En contemplant parfois certains trophées et disques d'or accrochés aux murs des latrines.

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