Les sons et sensations de Pandaléon

Jean-Philippe Levac, Marc-André Labelle et Frédéric Levac ont... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Jean-Philippe Levac, Marc-André Labelle et Frédéric Levac ont enregistré Atone dans la petite école désaffectée de Saint-Bernardin, explorant leur enfance et le passé.

Patrick Woodbury, LeDroit

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Les gars de Pandaléon lanceront leur nouvel album, Atone, jeudi à la Cour des arts d'Ottawa... sans toutefois jouer la moindre note.

Il ne s'agira pas d'un concert. Le public aura plutôt droit à l'écoute intégrale (et gratuite) de l'album. Mais aussi à une «expérience multisensorielle», sourit le chanteur-guitariste du trio rock ambient, Frédéric Levac, allusion aux images qui seront projetées durant l'écoute.

La bande a préparé un film retraçant le processus créatif de ce disque enregistré dans la vieille école primaire de Saint-Bernardin, dans l'Est ontarien - leur bercail. 

Surprenant? Pas tant que ça. Après tout, le trio revendique depuis longtemps le plaisir et la volonté de ne «rien faire comme tout le monde». Et «carbure à [l'idée de] se réinventer chaque fois», soutient le guitariste Marc-André Labelle.

La session poursuit donc un double but. Primo, permettre au public de s'imprégner de l'ambiance particulière de cette école laissée à l'abandon, transformée en studio temporaire. Et, surtout, de pousser les auditeurs à «prendre le temps d'écouter l'album au complet et dans le bon ordre au moins une fois», explique le guitariste Marc-André Labelle. Question de «respecter l'oeuvre», avant de se la réapproprier comme bon leur semble, tranche leur comparse à la batterie, Jean-Philippe Levac.

Pour voir les frères Levac et leur acolyte sur scène... il faudra patienter jusqu'au 19 mars, quand le Centre national des arts accueillera (au Studio) leur tout nouveau spectacle... mis en scène par Brigitte Poupart.

Leur excellente réputation, les gars de Pandaléon l'ont acquise moins sur les planches qu'à La Piaule, leur studio, dans le plaisir jubilatoire qu'ils ont à tripoter consoles, pédales et micros, et à expérimenter avec l'acoustique. Un trio de «bêtes de son», plus que de «bêtes de scène». Mais cela pourrait changer: «Ça fait maintenant six ans qu'on joue ensemble, et ça paraît sur scène», laisse entendre Jean-Philippe Levac.

«Seul le temps peut permettre à un groupe d'atteindre certains niveaux. Et c'est ça qu'on veut aller chercher... même si on ne sait pas encore précisément ce que c'est», complète son frère en rigolant. 

La scène, elle, ne les boude pas du tout. À preuve: un bref passage en vitrine de Contact Ontarois, il y a deux semaines, et hop! le trio raflait trois des quatre prix «scéniques» offerts là. Pandaléon est aussi reparti avec le prix ROSEQ. À la clef des trois premiers: des prestations assurées aux festivals de la chanson de Granby, de l'Outaouais Émergent et au «Franco». Le quatrième trophée? Un passeport pour monter sur la scène des prochaines Rencontres d'automne du ROSEQ, qui se tiendront à Rimouski. C'est ce qui s'appelle taper dans l'oeil des programmateurs...

Demandez-leur comment il se sentent, deux jours après le gala: «contents», lâchent-ils laconiquement, l'un après l'autre, pas atones, mais sans déborder d'enthousiasme. «On n'était même pas au courant des prix. Honnêtement, on ne fait pas ça pour ça. On voulait juste offrir le meilleur show possible, devant le plus grand nombre de gens possible», étaye le chanteur, Frédéric Levac. «En espérant en booker d'autres», enchérit son frangin. 

Parce que, oui, le trio «trippe à faire des shows», nous rassure le guitariste. «On veut sortir de scène en se disant 'Ayoye! Il s'est passé quelque chose entre nous trois et le public'. Peu importe s'ils étaient 30 ou 300. On carbure à ça, bien plus qu'aux [trophées] ou à la popularité», relance Fred.

Réveiller le passé

Les trois bidouilleurs sonores avaient hâte de faire découvrir les chansons d'Atone, enregistrées dans la petite école que les deux frangins avaient longuement fréquentée, gamins. Un mois durant, les musiciens ont composé et dormi dans ce studio délabré, jouant au milieu des courants d'air et des souvenirs de jeunesse, mixant les chansons dans la poussière crayeuse des murs et les particules amiantées du plafond. Le disque s'est nourri des sons et des silences de l'école, des bruits recueillis ou reconstruits par Pandaléon. Et l'ambiance des lieux, répercutée ici dans les textes, là dans les mélodies, a hanté chaque piste. Une sorte de «retour aux sources». «On était dans une bulle de création. C'était tellement trippant qu'on ne s'est peut-être même pas rendu compte à quel point on a eu du fun.»

Un graffiti retrouvé aux toilettes, logo énigmatique gisant sous la couche de peinture qui s'écaille, servira à illustrer la pochette. Soucoupe volante selon l'un, coquillage aux yeux de l'autre. Qu'importe: il s'agit d'une image «intrigante» et «percutante», que le trio embrasse sans s'embarrasser de considérations sémiologiques. Et en dépit du «bleu quasiment strident». La pochette ne fait nulle mention de Pandaléon. «Ça devenait trop laid, avec le nom du band!» s'amuse Fred Levac.

 «L'album parle beaucoup du passé, d'histoires que nous ou nos parents ont vécues. De tout ce qui te marque quand t'es jeune: le premier amour, les bons ou moins bons souvenirs d'école», expose-t-il. «De relations humaines. D'amour et de famille», renchérit Marc-André Labelle, selon qui ces textes, «plus personnels», ont le potentiel de toucher un public plus large que ceux d'À chacun son gibier.

En terme de production, Pandaléon s'est d'abord laissé aller à toutes sortes d'expérimentations,  y compris dans la mignardise pop, avant de se livrer à un exercice d'épure qui n'a rien de juvénile. «Il n'y a pas de nanane. C'est très rock. On s'est demandé: "C'est quoi le band? Qu'est-ce qu'on veut vraiment dégager?" Et on a fini par se débarrasser de tout ce qui était là juste pour faire cute», indique Fred Levac. 

«Ce n'est pas notre premier disque; pourtant j'ai l'impression que c'est un premier chapitre. Comme si ceux d'avant n'étaient que des intros», estime le chanteur.

Le titre vient quant à lui du nom du dernier morceau du disque. Une pièce post-partum, au tempo ralenti, dont le sens précis n'a pas encore fini de mûrir, comprend-on en écoutant les trois musiciens échanger leurs impressions. Chose sûre: Atone étant «la seule chanson qui parle du présent, c'était une façon pour nous de refermer le chapitre» de leur aventure à l'école.

Pour y aller

Où? Cour des arts

Quand? Jeudi 4 février, 18h

Renseignements: courdesarts.ca; 613-765-5555

***

Où? Centre national des arts

Quand? Samedi 19 mars, 20h

Renseignements: nac-cna.ca;  1 888 991-2787

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