La force d'équilibre d'Oumar N'Diaye

Le Néogatinois Oumar N'Diaye lance un nouvel album au Troquet, ce soir. Le... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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Le Néogatinois Oumar N'Diaye lance un nouvel album au Troquet, ce soir. Le chanteur d'origine sénégalaise n'en est pas à ses premières armes, puisque Soutoura est son neuvième album. Mais le disque revêt une importance particulière pour lui, car c'est le tout premier disque entièrement «produit et conçu» sur sa nouvelle terre d'accueil, signale-t-il.

Oumar N'Diaye a pourtant déjà publié trois albums depuis qu'il a débarqué au Québec, en décembre 2008 - «en chaussure de ville sur la chaussée glacée» chante-t-il sur Un Africain au Québec, seul morceau francophone de l'album. Mais ses disques Tukki, en 2008, Talibé, hébergé en 2010 par l'étiquette hollandaise Coast to coast, puis Montréal-Dakar, en 2012, furent enregistrés au Sénégal. «Cette fois, c'est le contraire», se réjouit le musicien, qui y voit une étape supplémentaire à son «intégration». Les mots «métissage» et «ouverture» reviennent comme un leitmotiv dans sa bouche.

Oumar N'Diaye - auquel on peut ajouter le suffixe Xosluman, signifiant en wolof «celui qui ne baisse pas les bras», ou «guerrier», qu'on lui accole depuis son premier album, Xoslu (1995) - nous a accueilli chez lui, vêtu à l'africaine, en bras de chemise. «C'est juste pour l'intérieur», rigole-t-il quand on lui fait remarquer que, de l'autre côté de la porte, le thermomètre indique - 15ºC. 

«C'est important, l'habillement. C'est ce qui te rend toi-même. J'essaie de garder 'l'âme de l'Afrique' à domicile. C'est la seule façon de ne pas se déraciner. Je ne voudrais jamais perdre ma culture.»

L'artiste n'a pas de leçon d'intégration à recevoir, lui qui a participé à la conception des trames musicales des films Un cargo pour l'Afrique de Roger Cantin, et du Journal d'un coopérant de Robert Morin. Lui qui s'est fait pont entre les deux communautés en participant activement au festival Afrique en fête. Lui qui se produit régulièrement sur scène au côté d'Élage Diouf et Élage M'Baye, mais aussi de Sébastien Lacombe et Gilles Bélanger.

Soutoura est fermement ancré dans ses racines ouest-africaines, celles que font voyager son compatriote Youssou N'Dour ou le Malien Salif Keita. Le disque baigne dans les cordes de la kora (la harpe-luth mandingue) et du xalam (joué par Barrou Sall, un collaborateur de Youssou N'Dour), vibre au son du balafon et au rythme des percussions traditionnelles. Mais l'album s'amuse aussi à incorporer des instruments occidentaux, comme la clarinette et l'accordéon, manipulés par Paulo Lima, indique M. N'Diaye.

Le titre lui-même renvoie au métissage. Concept wolof réunissant les notions de «dignité», de «discrétion» et de «respect d'autrui», le soutoura serait un des fondements des relations sociales. Aux yeux d'Oumar N'Diaye, le terme symbolise avant tout «l'équilibre».

«C'est une force intérieure qui surgit chaque fois que tu es dans une période sombre, et qui te permet d'avancer. Si le monde était une maison soutoura, nous en serions les piliers, image-t-il. Moi qui chante le respect et l'amour qu'on se doit entre êtres humains, je veux du soutoura.»

Au côté des chansons Adouna, qui parle de partage «et de la part de nourriture que ma mère réservait toujours pour l'étranger, car on ne sait jamais quel visiteur peut passer à l'improviste», et Balajeuf, prônant la responsabilité et la fraternité, se glissent des portraits de grandes figures historiques du Sénégal, dont celui de Ndiadiane N'Diaye, son très royal ancêtre.

Si certaines mélopées plaintives évoquent le blues africain, «c'est parce qu'on se sert de la gamme pentatonique, qui nous vient de la musique peule, et qui peut faire penser au blues», explique-t-il. C'est le cas de Gakwaya, chanson sur le génocide rwandais, qui se penche sur le parcours tragique - et authentique, insiste le chanteur - d'un Hutu qui sauva la vie de plusieurs Tutsis, mais fut contraint à l'exil après avoir été dénoncé par un enfant qui s'était fourvoyé sur ses intentions.

Installé à Gatineau depuis 2013 avec son épouse Marie-Hélène, une Québécoise «pure laine» rencontrée au Sénégal, Oumar Ndiaye promet de mettre en place un «Festival de la fiesta africaine» à Gatineau sous peu.

Ce soir au Troquet, pour que tout le monde puisse «danser et se défouler», Oumar N'Diaye sera entouré de plusieurs invités, dont le percussionniste Fa Cissokho et le chanteur Ilam Ilam, coqueluche montréalaise repérée par l'équipe Spectra.

Pour y aller:

Où: Le Troquet

Quand: samedi, à 21 h 30

Infos: www.facebook.com/oumarxoslum

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