Manu Militari: un anniversaire inespéré

Manu Militari célèbre 10 ans de carrière avec son... (Patrick Woodbury, LeDroit)

Agrandir

Manu Militari célèbre 10 ans de carrière avec son quatrième album. Il sera de passage à Gatineau le 9 janvier.

Patrick Woodbury, LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Avec son quatrième album, Océan, Manu Militari célèbre 10 ans de carrière. Un anniversaire que le rappeur n'aurait «jamais même pensé» souligner, et qu'il ne prend pas «pour une finalité», mais plutôt «une chance» de se faire entendre.

«Je ne sais pas si ce que je fais a une grande importance, mais j'ai encore envie de sortir les gens de leur confort à travers les personnages que je mets en scène dans mes chansons», soutient l'auteur, compositeur et interprète.

De son «flow fusillade», il braque donc les projecteurs sur ces «immigrants qui parlent mieux français qu'[lui]», sur «l'accent fleur de lysée par l'accent d'Eugénie», autant que sur cette «poule [...] partie faire son shift» entre Tanguay et Joliette.

Des «minorités insultés chaque matin par Martineau» aux faux pions jouant «les Bugingo», Manu Militari persiste et signe des textes mordants, cinglants.

«Le premier disque (Voix de fait), je l'avais fait pour moi. Rendu au quatrième, il est plus pour ceux qui sont prêts à écouter ce que j'ai à dire», déclare le trentenaire.

Un voyage au Costa Rica, région du monde qui lui était encore mal connue, a déclenché le processus de création d'Océan. C'est là que la pièce Mami Chula est née, témoignant du fait que Manu Militari était bel et bien rendu «ailleurs dans [s] on inspiration et sonorités», flirtant autant avec les rythmes latins que plus cinématographiques; ici avec le bruit des vagues, là faisant résonner des coups de feu.

Le trentenaire évoque aussi ses cheveux gris dans Volonté. Il fait surtout le constat de ses désillusions face à la «haine aveugle» de l'Autre.

«En vieillissant, tu t'occupes plus de ta famille, tu as moins envie de monter aux barricades...» souligne celui qui, était pourtant «retombé en enfance» devant l'espoir alors qu'il s'était retrouvé «au milieu de la révolution» égyptienne, déclenchant son précédent Marée humaine.

Or, Océan a beau être porté par son goût du voyage, de liberté, par le désir de «briser la routine», il n'en demeure pas moins enraciné dans la réalité, empreint d'une lucidité crue, dure, dérangeante.

«Je n'ai pas toujours envie d'être dans le bon jugement. Ce serait plate si un artiste, qu'il soit humoriste ou rappeur, n'avait pas le droit de choquer un peu!» fait-il valoir.

Un choix «qui est aussi une fatalité», reconnaît-il du même souffle.

Car Manu Militari a déjà testé le public, il y a un peu plus de trois ans, provoquant la controverse avec L'Attente. Dans cette pièce et le clip tourné dans la foulée, il voulait dénoncer la guerre en donnant la parole à un insurgé afghan allant jusqu'à tuer des soldats canadiens pour repousser l'envahisseur dans son pays. Au final, il a retiré la chanson de son disque et la vidéo d'Internet.

«Il n'y a pas de règles claires sur les limites de la liberté d'expression, rappelle l'auteur-compositeur-interprète. Cela dit, les mots ont l'importance qu'on leur donne. Tout est donc question de sensibilité.»

S'il est capable de les graver sur un album, c'est parce que ces mots, il les assume, qu'ils ne l'empêchent pas de dormir.

«Mais je ne peux pas toujours mesurer l'impact qu'ils auront sur les autres, ceux qui les écouteront... Le problème, c'est que tu ne peux pas nécessairement penser à ça, quand tu crées, sinon tu n'arriveras jamais à rien...»

Constamment à l'écoute, Manu Militari est depuis ses débuts plus porté à parler des autres que de lui. Il fait ici une exception, avec Peace And Love, qui relate la rencontre de ses parents, sa naissance et l'abandon de son père.

«Je n'ai pas voulu parler de moi, mais d'eux. Curieusement, c'est un texte que j'ai écrit rapidement, d'un jet, contrairement à d'autres que je peux réécrire 10, 15 fois.»

Cette histoire, il ne l'aurait jamais racontée à ses débuts. «Je n'aurais pas voulu m'exposer de cette manière... Aujourd'hui, je suis plus détaché.»

Peace And Love ne relève pas de l'exercice cathartique pour autant, tient-il à préciser. «Je n'avais pas besoin de l'écrire. Elle a juste surgi, c'est tout.»

Il l'a enregistrée «une seule fois». En attendant maintenant de savoir si elle s'insérera dans la liste des pièces qu'il interprétera en tournée, Manu Militari s'entraîne à remonter sur scène, en mode trio avec un DJ et Stan, son «acolyte des débuts».

«La musique, c'est un peu comme le hockey: tu peux bien pratiquer pendant des heures, il faut à un moment donné que tu sautes dans la mêlée pour jouer devant le monde!»

Manu Militari était de passage à Gatineau le 9 janvier.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer