La clairvoyance symphonique d'Émilie-Claire Barlow

Le plus long, le plus bouleversant et le... (Martin Chamberland, La Presse)

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Le plus long, le plus bouleversant et le plus significatif voyage d'Emilie-Claire Barlow s'est amorcé il y a quatre ans, sur le pont du brise-glace Amundsen, au Nunavut.

Martin Chamberland, La Presse

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<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(SHERBROOKE) Le plus long, le plus bouleversant et le plus significatif voyage d'Emilie-Claire Barlow s'est amorcé il y a quatre ans, sur le pont du brise-glace Amundsen, au Nunavut. Et il s'est terminé en octobre dernier, par un déménagement de Toronto à Montréal. Ce grand périple, principalement intérieur, tient maintenant sur une petite galette turquoise de 14 plages baptisée Clear Day.

C'est que, à l'image des profonds changements vécus par l'interprète torontoise, chacune des nouvelles chansons reflète une émotion ou un moment particulier de ces quatre années. Et comme au point de départ, l'album fracasse aussi une banquise: c'est la première fois qu'Emilie-Claire arrange des chansons pour un orchestre symphonique.

«C'est d'ailleurs lors d'un concert en octobre 2014 avec l'Orchestre symphonique de Québec (OSQ), dirigé pour l'occasion par Stéphane Laforest [chef de l'Orchestre symphonique de Sherbrooke] que j'ai expérimenté mes premiers arrangements orchestraux avec certaines de mes anciennes chansons, mais aussi d'autres qui se retrouvent maintenant sur Clear Day», raconte-t-elle en français, avec ce charmant accent qu'on ne lui souhaite pas de perdre.

Sous le soleil de minuit

L'expérience avec l'OSQ a ainsi été assez concluante pour décider d'enregistrer avec les 70 musiciens du Metropole Orkest d'Amsterdam. Il faut dire que les arrangements sont la spécialité d'Emilie-Claire. Non seulement était-ce son champ d'études au Collège Humber de Toronto, mais le démontage, la reconstruction et la réinvention des chansons, parfois dans des habits méconnaissables, lui procurent une grande partie de son plaisir de musicienne.

«Réaliser les arrangements pour tout un orchestre demeure un travail énorme», concède celle qui a notamment reçu l'aide de son conjoint, le bassiste et compositeur Steve Webster (également coréalisateur de Clear Day). «J'ai eu une équipe qui a vérifié toutes les partitions. Mais ce fut un sentiment extraordinaire d'entendre le résultat, en me tenant debout devant l'orchestre.»

Retour en août 2011, alors qu'Emilie-Claire Barlow, grâce au programme Artist on Board, est invitée pour une semaine sur l'Amundsen par l'équipe de scientifiques ArcticNet de l'Université Laval. Le soleil de minuit et le sentiment d'être au bout du monde placent l'interprète dans un état de réflexion profonde. C'est le fameux Jour clair de Burton Lane, qui ouvre l'album et qui provient de la comédie musicale de Broadway On a Clear Day You Can See Forever, popularisée ensuite par Barbra Streisand au cinéma.

«J'ai eu un moment de lucidité où j'ai compris que je devais changer ma vie à mon retour», rapporte celle qui a mis un terme à une relation amoureuse, en a amorcé une autre et a passé six mois au Mexique avec son nouveau conjoint.

«Certaines décisions ont été difficiles, car elles ont eu des répercussions sur des gens que j'aime. J'ai vécu la perte, le tourment, mais aussi la libération. J'ai aussi fait la paix avec l'incertitude. Ne pas savoir ce qui va arriver est désormais un sentiment confortable pour moi.»

Emilie-Claire Barlow a choisi ses chansons en identifiant chaque point important de sa traversée. «Quand j'ai vu toutes les émotions qui y étaient rattachées, j'ai senti que j'aurais besoin de toutes les couleurs d'un orchestre pour les exprimer.»

Clear Day passe ainsi du Because des Beatles au Feelin' Groovy de Simon & Garfunkel, avant d'aborder Joni Mitchell (I Don't Know Where I Stand), Coldplay (Fix You), David Bowie et Queen (Under Pressure), Van Morrison (Sweet Thing)... Au beau milieu se glisse Si j'étais un homme de Diane Tell.

«C'est à la fois un rêve éveillé, mais aussi l'expression de ce que je ferais pour moi si j'étais un homme. L'idée d'une romance démodée, même si cette chanson est aussi féministe.»

Emilie-Claire Barlow est allée jusqu'à coucher des paroles de son cru sur des pièces instrumentales, dont It's Just Talk de Pat Metheny. Elle a même osé le faire en français avec Mineiro de Coraçao. «Ça m'a peut-être donné un peu plus confiance», commente-t-elle.

D'ailleurs, n'a-t-elle pas gagné son premier Juno (à sa cinquième nomination) grâce à l'album Seule ce soir, le seul qui soit entièrement en français?

«J'ai trouvé ça incroyable! Ça m'a vraiment fait plaisir. C'est un honneur d'avoir fait découvrir Sylvain Lelièvre, Diane Tell et plusieurs autres au reste du Canada et même jusqu'au Japon.»

Comme pour refermer la boucle, Emilie-Claire Barlow a acheté, sur un coup de tête, un appartement à Montréal, qu'elle occupe depuis octobre. «Ça s'est réglé en une semaine! Ça fait partie d'un nouveau chapitre. Mais je me sens bien. Il y a ici une énergie et une communauté musicale que j'adore.»

La samba de Noël d'Emilie-Claire Barlow

Paru en 2006, l'album Winter Wonderland occupe une place particulière dans le coeur d'Emilie-Claire Barlow. Il marque d'abord le début de sa relation avec le Québec.

«C'était aussi une des premières fois où j'écrivais des arrangements pour les cordes. Je me souviens que ça me faisait très peur. À l'époque, on ne pouvait pas encore écouter ses partitions sur l'ordinateur. Ce n'est qu'une fois en studio, avec tous les musiciens, qu'on savait si ce qu'on avait écrit sur papier était réussi.»

Mais la chanteuse a gagné son pari, celui d'aborder les chants de Noël par le jazz. «Je me doutais bien que ça marcherait, parce que la plupart de ces chants ont un swing et respectent les formes d'un standard. On n'a pas besoin de trop les modifier.»

La plus audacieuse des versions est sans conteste son Sleigh Ride, qu'elle a couché sur un rythme de samba, avec percussions, flûte et tout ce qu'il faut pour faire penser aux tropiques plutôt qu'aux pôles. «C'est une promenade en traîneau sur la plage! Elle n'est pas facile à chanter, à cause de son rythme très rapide.»

La chanson, arrangée pour orchestre, clora d'ailleurs le concert du 18 décembre avec l'Orchestre du Centre national des arts, sous la baguette d'Alain Trudel, et l'invité spécial David Myles. Au programme figurent aussi d'autres pièces de Winter Wonderland, un nouvel arrangement de Christmas Song, le fameux Jardin d'hiver d'Henri Salvador (qu'elle a endisqué deux fois) ainsi que quelques extraits de Clear Day.

Et à ceux qui craindraient le manque de magie de Noël, sachez que toute la première partie sera consacrée à la musique que le compositeur britannique John Rutter a écrite autour de la Nativité.

Quand? Le 18 décembre, 19h

Où? Centre national des arts

Renseignements: 1-888-991-2787 ou TicketMaster.ca

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