Le 3/4 Fort de Nicolas Pellerin

Nicolas Pellerin... (Olivier Croteau, Archives Le Nouvelliste)

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Nicolas Pellerin

Olivier Croteau, Archives Le Nouvelliste

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Linda Corbo
Linda Corbo
Le Nouvelliste

(TROIS-RIVIÈRES) Dès le moment où il a pu intégrer sa nouvelle maison en bois qui lui donne l'agréable impression de vivre dans un violon, Nicolas Pellerin a tôt fait de tester la sonorité du lieu. Un exercice qui a rapidement mené le musicien à composer une première mélodie, puis une seconde, et une autre...

Des airs qu'il dédie aujourd'hui aux Artisans du patrimoine, cette joyeuse bande de constructeurs venus de Saint-Mathieu-du-Parc pour lui bâtir ce havre en plein bois à Saint-Élie-de-Caxton.

Marteau en main, ils étaient loin de se douter qu'ils avaient aussi le pouvoir d'inspirer une certaine musicalité. Et pourtant.

Les gars sont devenus des amis et les airs de violon ont fait leur bout de chemin jusqu'à s'intégrer aujourd'hui au nouvel album de Nicolas Pellerin et les Grands Hurleurs, voire jusqu'à en inspirer le titre. En fait, il s'en est fallu de peu pour que ce troisième album s'intitule Le 6/8 des artisans, afin d'évoquer une métrique en musique. Rien toutefois qui sonnait familier aux oreilles des constructeurs, qui se disaient pour leur part passablement plus à l'aise avec du 3/4, et même du 3/4 fort, sourit Nicolas Pellerin, qui s'est rallié volontiers au choix des bâtisseurs.

Quatre ans après la sortie de Petit grain d'or, qui lui avait valu le Félix de l'album traditionnel de l'année en 2012, le groupe propose donc cette fois 3/4 Fort, un album inspiré, dans lequel le genre traditionnel se laisse infiltrer par divers autres genres, faisant tantôt place au bluegrass, tantôt à quelques touches manouches ou à quelques secousses plus électro.

Outre ces influences plus affirmées du côté contemporain, l'album se distingue aussi des deux précédents du fait que Simon Marion a cédé sa place au guitariste Stéphane Tellier pour se joindre à Nicolas Pellerin et Simon Lepage. Or, on peut dire que le nouveau venu, originaire de Sorel, est un musicien de longue date.

«Il a quitté l'école en troisième secondaire par désir de jouer de la guitare», raconte Nicolas Pellerin. «Sa mère avait accepté à la condition qu'il passe toutes ses heures d'école sur son instrument alors, le matin, il remontait dans sa chambre et pratiquait jusqu'à la récréation... Il est devenu un musicien virtuose, d'une grande musicalité et d'une fluidité hallucinante.»

Avec Tellier en remplacement de Simon Marion, qui est parti cet hiver pour d'autres projets, le trio modifié a aussi révisé sa manière de faire. «On a appelé plusieurs musiciens qui nous faisaient tripper et la création de l'album est devenue un gros happening, autant musical que sur le plan des arrangements qu'on a créés avec eux. Tout cela a apporté la couleur de plein de musiciens sur le disque.»

Cette fois-ci donc, autant ils proposent des petites pièces acoustiques avec contrebasse, mandoline et violon pour des pièces plus fines et feutrées, observe Nicolas, autant ils visitent des pièces plus électro. «Le défi, c'était de trouver un fil conducteur pour que l'album se tienne, d'où l'idée des pièces instrumentales dédiées aux constructeurs qui sont devenues le 1\4 fort des artisans, la 1\2 des artisans et le 3\4 fort des artisans», dit-il.

L'album se détaille en quatorze pièces, dont cinq sont instrumentales, la plupart enregistrées au studio Pantouf de Saint-Élie-de-Caxton, avec un résultat qui donne la pleine mesure du raffinement musical qu'offrent actuellement Nicolas Pellerin et ses Grands Hurleurs.

Pellerin observe qu'il a profité de l'expérience des quatre dernières années. «Les chansons qui me touchent ne sont plus les mêmes. Je ne chante plus de la même façon et je ne joue plus du violon de la même façon non plus», dit-il. «Quand t'es jeune, tu veux que ça groove et que ça rentre au poste. J'arrivais en studio et, dans ma tête, fallait que je chante fort alors que maintenant, ce n'est plus ça. Je suis peut-être plus doux, plus calme. Avec le temps, j'ai appris que le groove n'est pas nécessairement dans la puissance, mais dans la manière de l'emmener. Et ça me fait vraiment tripper d'explorer ça.»

À chaque chanson son histoire

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Nicolas Pellerin

Olivier Croteau, Archives Le Nouvelliste

Plus le temps passe et moins Nicolas Pellerin n'a de recherches à effectuer pour dénicher les petites perles du patrimoine musical. Depuis quelques années, c'est le répertoire qui vient à lui, souvent par la voix de spectateurs qui ont le goût de lui en faire découvrir une ou deux de chez eux. Généralement, les pièces qu'il rapporte dans ses bagages sont ces petits coups de coeur bien sentis qui, en plus d'éveiller son instinct musical, font vibrer aussi les souvenirs qui s'y rattachent.

C'est ce qui est arrivé deux fois plutôt qu'une en Bretagne, où la chanson a une grande familiarité avec la chanson québécoise, et d'où proviennent la première et la dernière chanson de l'album (Entre la rivière et le bois et Fleur de Lison), deux pièces qui lui ont été chantées par une Bretonne après un spectacle. «Cette femme s'était mise à me chanter des chansons comme ça et moi je trippais. J'en ai enregistré avec mon téléphone, puis elle m'en a envoyé d'autres par Internet.» Celle qu'il a choisie pour ouvrir l'album propose un texte comme il les aime. «J'aime les histoires plutôt trash qui, en apparence, ont l'air de petites chansons à répondre alors que quand t'écoutes le texte, c'est autre chose qui se passe.»

La chanson Le ciel se marie avec la mer est un autre petit béguin musical, qui s'est produit celui-là à l'Isle-aux-Coudres, pour cette pièce portée par la voix de Geneviève Jodoin. «C'était une chanson très douce, seulement piano-voix. La mélodie et l'histoire me touchaient. Je lui ai demandé la permission de la chanter et on l'a viré un peu bluegrass», décrit Pellerin.

Bataille de Carillon a beau traduire une scène de guerre, elle le ramène directement à Saint-Élie-de-Caxton. Il était adolescent et un peu fasciné par un groupe d'artistes du Lac Castor à Saint-Paulin dans lequel se trouvait Marcel Goulet, un violoneux qui était aussi fin conteur qu'historien, et qui interprétait cette chanson traditionnelle. «Il racontait l'histoire, mais on avait l'impression que c'était un show d'humour qu'on avait devant nous.»

Les Filles de Lorient le ramène de nouveau en Bretagne où il a rencontré un guitariste qui a l'habitude de jouer avec des groupes là-bas. «C'était un peu moi, mais en Bretagne», sourit Nicolas Pellerin. «On était logé dans un petit village historique. On vivait dans une maison du 15e siècle toute en pierres avec deux foyers. On avait l'impression d'être dans un décor du Seigneur des Anneaux. À chaque soir, quand on revenait à la maison, ça finissait tout le temps en jam», raconte-t-il. «C'est là qu'un soir, Nicolas Kervazo a chanté cette chanson.»

Gros coup de coeur pour cette rythmique atypique, de celles qu'il préfère et qui font planer de nouveaux atmosphères. «Aujourd'hui, chaque fois que je la chante, je revois Kervazo dans notre petite maison de Hobbit et ces filles qui nous recevaient, qui dansaient dans la cuisine... C'était surréaliste. Dès que je commence à la chanter, j'ai le frisson.»

Et il y a cette autre intitulée Pis c'était et qui le fait voyager bien autrement. «Celle-là, c'est vraiment un texte bâtard», commente-t-il. «C'est une chanson que je chante normalement dans les soirées bien arrosées, quand il commence à être bien, bien tard et que je chante fort, fort, fort. Je monte sur la table pour la chanter et là, je prends ben du temps... Ça peut durer 20 minutes», sourit-il. «Mes amis de Saint-Élie, Jeannot (Bournival), mon frère (Fred) et compagnie finissent tout le temps par me demander de chanter ça après les soupers. C'est à la limite pas le fun... C'est notre toune masochiste.»

La pièce est devenue l'objet d'un pari quand Jeannot Bournival l'a défié de la mettre sur son album, en retour de quoi il l'enregistrerait gratuitement dans son Studio Pantouf. Sur l'album, Nicolas Pellerin nous a tout de même épargné la version masochiste, quoique. «On pouvait pas faire quelque chose de doux non plus», sourit-il. «Je joue des chaînes sur des percussions là-dedans et Jeannot joue de la poubelle.»

Pour y aller

Quand? Le 10 décembre, 20h

Où? Salle Jean-Despréz

Renseignements: 819-243-8000 ou www.ovation.qc.ca

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