La magie instantanée de Vintage

«[Vintage] est un spectacle unique. Pas seulement parce... (Etienne Ranger, LeDroit)

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«[Vintage] est un spectacle unique. Pas seulement parce qu'il ne se répète jamais, mais pour le résultat. [...] Ç'a vraiment l'air d'un spectacle de magie», estime Gregory Charles.

Etienne Ranger, LeDroit

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«Interactif». Ça pourrait être le deuxième prénom de Gregory Charles, qui vient présenter Vintage au Théâtre du Casino du Lac-Leamy, du 10 au 12 décembre.

La formule interactive est bien rodée pour le chanteur, qui, dès 2002, modelait en deuxième partie de Noir et Blanc un concept de spectacle reposant sur les demandes spéciales du public, via «des coupons pigés au hasard».

Les 13 années subséquentes ont permis au chanteur-pianiste-animateur-radio et homme d'affaires de peaufiner cette formule folle. De l'adapter parfois à des thématiques précises: après MusicMan, il y a eu Plamondon, qui a réuni cet été de nombreuses têtes d'affiche (dans Le Qube, la salle de spectacle itinérante qu'il a conçue) puis Tout l'opéra, présenté en compagnie du ténor Marc Hervieux.

Le performeur estime avoir ainsi revisité «11 000 chansons différentes, à travers les spectacles», à raison de 60 à 70 demandes spéciales par soir.

Vintage - spectacle avec lequel il a célébré ses 25 années de scène, le printemps dernier à New York - est le plus ambitieux, car il n'y a aucune limite au répertoire exploré. Les musiciens peuvent ainsi «sauter d'un air de Broadway à une chanson pop, puis à un obscur groupe norvégien», et il est impossible que deux soirs se ressemblent.

«C'est un spectacle unique. Pas seulement parce qu'il ne se répète jamais, mais pour le résultat. [...] Ç'a vraiment l'air d'un spectacle de magie», estime-t-il, heureux d'avoir constaté que «l'habileté de son orchestre» a impressionné l'orchestre-maison de David Letterman, pourtant rompu à des exercices similaires.

En 2015, l'interactivité passe par une «matrice» technologique à laquelle se connectent les téléphones intelligents.

Elle est complètement instantanée, ce qui permet à l'équipe de Gregory Charles de repousser plus loin ses limites. «Avec Vintage, les gens communiquent avec moi en temps réel. Ils peuvent donc non seulement faire des demandes spéciales, mais aussi s'inspirer de ce que les autres [auditeurs] ont demandé.»

Les volontaires peuvent aussi remplir un «profil musical» en indiquant «quel est leur groupe favori, leur icône, ou leur décennie préférée en musique, ou avec quelle chanson ils voudraient qu'on commence. C'est comme un fil de communication en temps réel, un genre de Twitter.»

Langage signé

«C'est une grande fête musicale. Pleine d'imprévus. Et c'est justement pour ça que c'est excitant», poursuit-il. Cet exercice de haute voltige n'est possible que parce que Gregory Charles est entouré «d'excellents musiciens». Il a recours au «langage signé dont se servaient les Big Bands dans les années 1940-50» pour indiquer précisément «où on s'en va, quelle partie d'une chanson on prolonge, et comment on va s'arrêter», sans avoir à interrompre la performance.

Si le public est largement composé de gens qui prennent simplement plaisir à demander «une chanson qui va les rendre heureux, car leur rappelle leurs parents, leurs enfants ou leur premier amour», d'autres sont de véritables mélomanes «qui savent par exemple que telle pièce est en C (do) majeur, donc qu'elle pourrait bien s'aligner avec telle autre», et qui s'amusent à orienter live la direction artistique.

Son seul talon d'Achille? «Les chansons grivoises... je n'en connais pas tant que ça», avoue Gregory Charles. «Et certaines personnes me surestiment en me demandant d'interpréter une chanson écrite par leur beau-frère, ce que je suis évidemment incapable de faire.»

Bien qu'il reçoive les demandes du public directement sur son piano, il ne triche pas avec le concept, et ne reçoit pas les paroles ni les partitions en même temps. Pas besoin.

Des «sanctions»

Il se fait rarement prendre au dépourvu. «C'est arrivé une cinquantaine de fois en quinze ans, surtout en France», sourit-il.

Dans ces cas-là, il s'impose une «sanction»: «On va chez la personne qui a demandé la chanson, et on fait un spectacle gratuit.»

À l'inverse, même lorsqu'on lui suggère une chanson entendue ad nauseam, il est «toujours partant». «J'ai le band idéal pour les réinterpréter [...]. Je me souviens d'un spectacle où j'ai pigé trois fois Bohemian Rhapsody (de Queen). La troisième fois, [on l'a transformée] en succès country. On s'est follement amusés.»

Le seul casse-tête, finalement, concerne les droits d'auteurs, signale le chanteur, dont l'équipe contacte soigneusement les ayants droit de chaque morceau, après chaque représentation.

Jamais pareil

«Chaque région est différente», analyse Gregory Charles, qui imagine à l'avance l'ossature d'un show, mais n'a aucune idée des tons de la chair qui viendra s'y greffer.

Montréal et Washington sont «des villes très internationales», dit-il tandis que «Québec est difficile à saisir parce que les gens aiment autant Léo Ferré que Scorpions», illustre-t-il. Dans la Grosse Pomme, «c'est très pointu; on nous a demandé beaucoup de trucs qui appartiennent au répertoire de New York; on a joué énormément de hip hop».

Et l'Outaouais? «Ce sera une de nos rares visites à Gatineau; j'ai hâte de voir quel genre de musique vont demander les gens d'Aylmer, de Buckingham, Thurso, Ripon et ceux de l'Ontario», lâche l'ex-Génie en herbe, qui s'attend à quelque chose de festif et de très rythmé.

Enfant, il jouait déjà sur commande

Satisfaire «sur le champ» un public, «c'est ce que j'ai toujours fait, depuis que je fais de la scène», explique Gregory Charles, qui, même à ses débuts professionnels, dans les années 1990, quand il faisait «du corporatif», avait développé l'interactivité de ses prestations. «J'ai trouvé très tôt que c'était la façon la plus évidente, la plus immédiate, de faire plaisir au public.»

Lorsqu'il était haut comme trois pommes, sa mère conduisait Gregory dans une résidence pour personnes âgées, où il donnait des récitals de piano.

«Elle me présentait en disant:"Mon fils va vous jouer une sonate de Haydn et des airs de Chopin; après ça, en deuxième partie, demandez-lui ce que vous voulez.." Ç'a été vraiment ça, ma formation. Du coup, j'ai toujours su jouer sur demande.»

Pas assez prolifique

«J'écris aussi des chansons, mais je ne suis pas un chanteur de répertoire. Roch Voisine ou Isabelle Boulay, par exemple, peuvent faire leur palmarès, tout en glissant des chansons moins connues [sans déplaire à leurs fans]. Moi je ne suis pas assez prolifique pour ça», estime Gregory Charles.

Il préfère donc charrier «un répertoire universel», aussi à l'aise dans le disco que la pop, les crooners, l'opéra, et la chanson française. «Et mon but, c'est de leur resservir sur-le-champ ce qu'ils ont envie d'entendre.

Pour y aller

Quand? Du 10 au 12 décembre, 20h

Où? Théâtre du Casino du Lac-Leamy

Renseignements: 1-888-978-6471; www.reservatech.net

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