Sur la terre de Pierre Flynn

Pierre Flynn et ses acolytes étaient de passage... (Bernard Brault, Archives La Presse)

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Pierre Flynn et ses acolytes étaient de passage à la salle Jean-Despréz jeudi soir. Un spectacle qui a grandement plu à toutes les personnes présentes.

Bernard Brault, Archives La Presse

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Pierre Flynn, le troubadour aux carnets voyageurs, a posé jeudi son baluchon à Gatineau, le temps de parfaire dans les vibrations live les petites pensées poétiques qu'il a soufflées Sur la terre, nom de son plus récent album, paru en avril, quelque quatorze ans après Mirador.

Un moment rare et précieux.

Précieux parce qu'avec l'âge, l'auteur-compositeur-interprète a gagné en subtilité, en lucidité et en intériorité ce qu'il a perdu en énergie, lui qui ébouriffa le rock québécois à l'époque d'Octobre.

Et rare, parce que Flynn n'est pas tout seul. Certes, on a pu l'apercevoir parmi les 12 hommes rapaillés ou en mode Open country au côté des Moutain Daisies, mais c'est la première fois depuis plus de 10 ans qu'il écume les scènes du Québec autrement qu'en solo, pour défendre ses chansons.

Cette tournée lui permet de renouer avec son vieux complice d'Octobre, le bassiste Mario Légaré, avec qui il revisitera Le chant du guerrier, le temps d'une parenthèse prog-rock qui a ravi le public. «C'est beau de vous voir ensemble», a même lancé une voix dans la foule. André Papanicolaou aux guitares et José Major à la batterie complétaient le quatuor qui ne manque pas de densité.

Il prend toujours un peu son temps pour faire les choses, Pierre Flynn. Celui de composer. Celui d'installer les atmosphères qui épouseront le feutre de sa voix. Et on n'a qu'une crainte, c'est que le temps s'accélère et nous empêche d'apprécier toute l'étendue de ces mots et images qui planent, qui savent même réinventer des constellations, mais qui ont besoin d'air et d'espace.

«Je ne suis pas un sage», chante Flynn qui, de la «berceuse» métaphysique Tout blanc, tout bleu (annonçant l'entracte) à Capitaine ô capitaine (en clôture... coup de grâce!) observe les vagues en partageant ses interrogations sur le cap et la fin du grand voyage.

Pas sage, lui qui creuse sa condition humaine sans rien altérer de l'émerveillement de son regard sur le monde? Lui qui réconcilie le mouvement et l'immobilité (relative) du doute. Lui qui n'a besoin que de quelques secondes pour submerger l'auditeur dans la mélodie de ses propres questions existentielles.

Cette humilité est tout à son honneur. N'empêche, il ne doit plus être très loin de la sagesse, le poète contemplatif, en qui cohabitent un voyageur et un veilleur.

Jeudi soir, dans l'intimité de la salle Jean-Despréz, on se sentait à bord de son navire. À flotter dans cet espace émotif situé Entre l'accompli et l'inaccompli. «C'est un voyage qu'on fait tous ensemble... Sur la terre» a-t-il d'ailleurs rappelé, juste avant d'ouvrir le métronome existentiel de 24 secondes, puis de tirer une couverte Sous les étoiles.

Le bateleur rayonnait de joie et d'assurance, jeudi. Il a ouvert le bal à la guitare - sur Dernier homme, livrée avec éclat, puis Ariana, lancinante mais solidement soutenue par les voix de ses partenaires - avant de s'installer aux claviers, son instrument de prédilection.

Entre deux chansons, il a blagué, s'est laissé taquiner par ses collègues, s'est raconté généreusement en évoquant les «âmes errantes» de l'inspirant Parc Lahaie, où Flynn aime remplir ses carnets. Il a replongé dans l'énergie du «printemps des enfants de 20 ans» avec Si loin, Si proche, inspirée par sa fille. Seul au piano, il a creusé l'Abitibi de 1933 à travers l'émouvante Duparquet. Il a même daigné rapailler Rose Éternité.

Sans abuser des séquences nostalgie, la bande ne s'est pas gênée pour remonter le temps, levant ici un émouvant chapeau à Hank Williams (Alone And Forsaken), ou revisitant là - façon feu de camp, sans percussions - «Sur la route», Croire, En cavale, L'ennemi (souvent reprises sans hésitation par le public) et enfin Possession, nue et «libre comme un oiseau» dans une version a cappella.

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