Au coeur d'Ingrid

Ingrid St-Pierre... (Photo archives La Presse)

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Ingrid St-Pierre

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Au moment de prendre une pause au terme de sa précédente tournée, en août 2014, Ingrid St-Pierre s'était donné un an «pour vivre des trucs marquants, chercher des histoires à raconter, [s]e dépayser». L'auteure-compositrice-interprète aura ainsi profité de 2015 pour: franchir le cap de la trentaine, déménager à Montréal, voyager au Japon et donner naissance à son fils Polo. En plus d'accoucher d'un nouvel album: Tokyo.

Ingrid St-Pierre ne cache pas avoir douté, quand est venu le temps d'envisager son troisième disque en carrière. Elle a toutefois résisté au piège tendu par La Dentellière, sa pire ennemie: c'est-à-dire elle-même.

«Je suis ma pire critique, toujours en train de remettre en question la qualité de ce que je fais. Bref, je l'entends souvent, cette Dentellière capable de tendre des idées noires dans ma tête, pour me faire peur. J'ai toutefois fini par lâcher prise et choisir d'écrire et de composer pour moi toute seule», confie-t-elle.

La trentenaire chante aussi bien le beau que le triste. Sur des mélodies minimalistes où la batterie de son conjoint Liu-Kong Ha, la harpe d'Eveline Grégoire Rousseau ou les basse, clavier, guitare et percussions de Philippe Brault (qui a également réalisé Tokyo), entre autres, accompagnent avec autant de délicatesse que de minutie son piano et sa voix.

Ainsi, celui qui est «comme tombé du ciel à Tokyo», c'est Polo, aujourd'hui âgé de deux mois. Le bambin l'a accompagnée tout au long du processus de création de l'album, dans son ventre ou dans ses bras.

«Cet été, Philippe et moi avons passé près de 85% de notre temps seuls en studio, pendant que Polo me donnait des coups de pied dans le ventre, au point où j'étais sûre que j'allais accoucher sur le banc du piano! raconte-t-elle en riant. Moins de deux semaines après l'accouchement, nous étions de retour en studio, Polo et moi, avec mon chum et les autres musiciens, pour compléter le disque avec Philippe.»

Il y aura aussi eu, l'année précédente, l'enfant qui l'aura «fleuri au passage» sans venir au monde. Une fausse couche survenue quelque temps avant que l'artiste monte sur scène pour son spectacle symphonique avec I Musici lors des FrancoFolies, en juin 2014.

«C'est pour ça que mes chansons s'avèrent si personnelles: personne ne les avait entendues avant que je me retrouve en studio, pas même mon amoureux! J'avais oublié à quel point je m'étais livrée en toute impudeur... Mais j'ai décidé d'assumer, car je préfère risquer que stagner!»

«J'ai écrit Monoplace deux ou trois jours avant de la chanter ce soir-là, pendant la première partie piano-voix, se souvient-elle. Cette chanson m'a fait du bien, autant que Ficelles, quand j'ai appris la maladie de ma grand-mère.»

Ingrid St-Pierre s'est par ailleurs plu à imaginer l'existence d'autres destins, incluant celui de cette veuve qui doit quitter sa maison du 63 rue Leman, après y avoir passé toute son existence. «Je visitais des maisons à Montréal et je m'amusais à inventer l'histoire des lieux, des familles ayant vécu là, des mesures de grandeur des enfants cachées sous les couches de peinture... Les murs d'une maison sont témoins de tant de choses!»

La chanteuse a de plus repris plaisir à se glisser dans la peau de «personnages». Elle incarne ainsi La Ballerine (pièce écrite du point de vue de la maîtresse, offerte à Brigitte Boisjoli, mais qu'elle se permet de reprendre ici) ainsi que la vieille dame qui, à travers ses jumelles, suit les trajectoires du couple d'amants habitant dans l'édifice d'en face. Pour mieux les rediriger à distance l'un vers l'autre, comme des Aéronefs.

La figure de l'amant

La figure de l'amant imprègne d'ailleurs fortement Tokyo, tel un espoir de flamme sans cesse renouvelée. Un espoir que la principale intéressée fait sien.

«Il y a, pour moi, quelque chose de la passion qui reste dans le mot amant. Je trouve ça beau, dans un couple, cette grande euphorie amoureuse qu'on prend soin d'entretenir, de nourrir. Comme dans les romans d'Alexandre Jardin, qui est mon auteur préféré.»

La femme confie avoir besoin de croire qu'il est possible de garder cette flamme allumée. «J'ai besoin de cette exubérance, de cette part de folie, dans ma vie!»

On ne s'étonne pas, dès lors, qu'elle fasse L'Éloge des dernières fois, histoire de bercer comme il se doit ses désirs de beauté et d'amour réinventé. «J'voudrais dormir avec toi/pour la dernière fois toute la vie», chante-t-elle tendrement . Une telle déclaration pourrait autant s'adresser à son amant qu'à son enfant, mentionne Ingrid St-Pierre. 

«Sur mes deux premiers albums, il y avait des textes qui remontaient à la fin de mon adolescence. Celui-ci représente vraiment la femme de 30 ans que je suis, ce que j'ai vécu en 2015. Certes, il reste quelque chose de la gaffeuse que je suis encore, mais elle n'est plus gamine, cette gaffeuse: elle est femme, amoureuse et mère, aujourd'hui! Je ne peux donc qu'espérer que les gens vont me reconnaître, me retrouver dans ces nouvelles chansons», clame celle qui, heureuse et sereine, se prépare à repartir en tournée, début 2016.

La critique: «Tokyo», d'Ingrid St-Pierre ***1/2

Épuré et zen, même dans la tristesse: ces qualificatifs rendent bien l'état d'esprit qui sous-tend le troisième album d'Ingrid St-Pierre.

L'auteure-compositrice-interprète de 30 ans se met ici à nu, qu'elle se raconte (Monoplace, sur sa fausse couche; Tokyo Jellybean en hommage à son fils de deux mois, Polo) ou qu'elle relate les trajectoires d'autres personnages (Les Aéronefs, servie en clin d'oeil à Alexandre Jardin).

Son piano (dont les envolées lyriques rappellent Érik Satie, Yann Tiersen et Pierre Lapointe) et les ambiances minutieusement ciselées par Philippe Brault servent d'écrins minimalistes à sa voix, toujours cristalline, mais aux accents plus matures. La harpe d'Eveline Grégoire Rousseau et la batterie de Liu-Kong Ha ajoutent aux impressions «Soleil levant» ressenties: de la pochette aux textures musicales, Tokyo évoque une certaine épure nippone.

Ingrid St-Pierre y déplie ses chansons comme autant de pièces d'origami soigneusement conçues autour du coeur.

Pour y aller

Quand? Le 5 mai 2016, 20h

Où? Salle Jean-Despréz

Renseignements: 819-243-8000 ou www.ovation.qc.ca

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